II. q
de grands pécheurs, et votre crime est grand, mon enfant!
Auguste. Oh! oui , mon crime est grand et terrible , mon père ; oh! c'est un épouvantable crime que celui-là , qui l'a perdue elle ! vous avez raison, mon crime est grand! Jamais, jamais mon repentir ne pourra l'expier , et Dieu ne pourra peut-être me pardonner d'avoir perdu Louise ! Hélas , hélas ! être séparé d'elle pour l'éternité... [y^i^ec terreur. ) Mais non, non! n'est-ce pas, mon père?... Oh! par pitié , dites que Dieu me pardonnera ?
Le jésuite. Mon enfant! mon enfant! ce souvenir d'une affection terrestre revient sans cesse; il est au fond de toutes vos pensées , il est le but de toutes vos espérances , il est la cause de toutes vos terreurs. Si vous espérez les saintes joies du paradis , c'est moins pour jouir comme les élus de la contemplation du Seigneur, que pour partager cette félicité divine avec une autre âme... Si vous craignez que Dieu vous soit impitoyable , vous tremblez encore moins de la crainte d'être à jamais privé de cette suprême récompense , que de la crainte d'être séparé d'une autre âme !
LE CHEVALIER AUGUSTE DES PRÉAUX. l\26
Auguste. Oh, oui, mon père! cela est vrai.e mais, hélas l est-ce donc un mal?
Le JÉSUITE. Oui, mon fils, l'espoir d'être appelé à jouir, pour l'éternité, delà vue du Seigneur, ou la crainte d'en être à jamais privé, doivent éveiller en nous de si hautes et de si terribles préoccupations, que toute autre pensée doit s'y absorber
Auguste. Hélas! mon père, que le Dieu toutpuissant ait donc pitié d'une pauvre et faible créature. . . mais je ne puis détacher ma pensée de celle de Louisi; ; malgré moi , elle se lie à toutes mes idées, à toutes mes espérances ; mais Dieu est bon... il est grand... il voit bien, lui, que si mon cœur est ainsi remplie cVeUe, . . à ce moment terrible... il s'élève vers lui avec une foi, une espérance plus religieuse, plus profonde encore ! lui de qui tout vient , et à qui tout retourne, lui le créateur et le maître de tous les mondes, il aura pitié de moi, n'est-ce pas, mon père, si, à ce moment fatal, je ne puis, hélas 1 m'empêcher de songer encore à Louise... si tout mon espoir est de m'agenouiller au pied du redoutable et divin tribunal et de dire : Seigneur, pardon pour elle, car c'est moi qui l'ai rendue coupable 1
Eiilt'onl un exempt et un homme velu de rouge. Auguste les vojanl frissonne, cache sa lête dans ses main? , et dit avec horreur :
— Ah! déjà^ mon père ?
Le JÉSUITE. Non, mon enfant, mais...
L'exempt. Mais... vos cheveux sont trop longs, monsieur le chevalier...
Ce 27 nowcmbrr 1674.