MADAME L\ MAP.QUI5K DE VILARS
un regret /joignant. ) Mais si j'avais su, mon Dieu, au lieu d'avouer tout... j'aurais tout nie ! employé tous les moyens possibles pour me faire absoudre, au lieu de vouloir mourir avec Auguste... j'aurais imploré la pilié de mes juges!... je serais descendue jusqu'à la bassesse! jusqua toute l'infamie du mensonge , pour sauver la fortune de mes enfants. Mais hélas ! sans avocat , sans conseil , livrée à moi-même, que savais-je des confiscations, moi ?... je n*ai appris cet horrible droit de la loi qu'après ma sentence ... mais cela ne m'excuse point. Dieu est juste , et il me punira dans l'éternité.
M. DE Sarrau. Mais, Louise, Dieu ne vous tiendra- t-il pas compte de l'admirable pureté de votre vie? Chassez une aussi affreuse pensée !
Louise , se parlant à elle-même , les yeux fixes. Cette pensée est d'autant plus affreuse, que ma mort me semble honteusement égoïste! J'ai l'air de m'y réfugier après avoir fait le mal... sentant que je ne puis pas le réparer ! Ah ! sans cela , sans ce remords terrible , que craindrais-je?... Mon sort invariablement fixé, je l'aurais subi avec fermeté ; car mourir avec lui^ n'était-ce donc rien que cela? [Une pause.
Elle reprend d'un air sombre^ se parlant à soimême : ) Que cela est étrange î nous voici au vingt-sixième jour du mois de novembre, c'est à peu près 1 époque à laquelle M. de Vilars m'avait priée de remettre mon union avec Auguste... mon union 1 1 î Cela aussi va être une union!!! Inconcevable destinée!,., terribles fiançailles!... Depuis deux mois, je n'ai pas vu Auguste ; je vais le revoir pour la première fois au pied de l'échafaud... Quelle fin... pour tant de rêves! pour tant d'espérances de bonheur!... Fatalité ! fatalité! [Elle reste un moment absorbée ^ et répand des lai^mes silencieuses ; puis , tout-à-coup , elle s'écrie avec un accent déchirant: ) Mais est-ce qu'il m'est permis dépensera mes misères, à moi?... Et mes enfants ! mes enfants! Que vais-je répondre à Dieu quand il va me demander : Femme , qu'as-tu fait de leur avenir? [Elle cache sa tête dans ses mains liées de cordes, ) Ah ! les laisser ainsi ! ! !
M. DE Sarrau. Et l'espoir de les revoir un jour, Louise, ne le comptez-vous pas? Qu'est-ce que ce passage si rapide de la vie pour arriver à l'éternité?... Une seconde, comparée à la durée des siècles... Eh bien! oui, je le veux, ils seront privés des biens de la terre î mais le
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ciel les allcnd... Oui, Louise... car, hélas 1 si, étant pauvre moi même, je ne puis leur donner la fortune qu'on leur ravit, croyezmoi, croyez-en leur bon et noble naturel , je leur donnerai les trésors de l'âme... grâces auxquels un jour ils retrouveront leur mère au milieu des élus.
Louise, secouant tristement la tête. Hélas ! à cette heure terrible , je vois ce que j'aurais dû faire : j'aurais dû vous substituer mes biens, et alors , n'engager ainsi que ma tête dans ce complot... mais il est trop tard... Encore une . fois, Dieu me pardonnera-t-il jamais ?
M. DE Sarrau. S'il vous pardonnera, noble créature? Est-ce que toute votre vie n'a pas été sainte , et grande et vertueuse? Est-ce que tout ne compte pas devant sa divine impartialité? Est ce qu'enfin, vous voyant comme il vous voit à cette heure fatale , calme , résignée^ au lieu d'être abattue par les terreurs d'une mort qui approche de minute en minute, lorsqu'il vous voit enfin n'avoir qu'une seule et unique pensée, pensée fixe et dévorante qui absorbe toutes les autres: J.e sort de vos enfants l oh 1 n'est-ce pas là un noble repentir qui vous sera compté!... Allez, allez, courageuse femme , espérez en votre vie jusqu'alors
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si magnifiquement exemplaire, pour faire excuser une seule faute ; espérez enfin eu l'éternilé , où nous serons tous réunis ! ! î
Louise. Je n'ai que ce refuge. Je me con fierai dans la toute- puissante miséricorde de Dieu... Car... si le repentir le plus profond , le plus amer, le plus douloureux , est quelque choseàsesyeuxo,. oh! je me repens, hélas! ainsi! et bien affreusement! {Long silence.) Louise essuie de nouveau ses larmes , et, prenant dans ses mains liées de cordes la main de M. de Sarrau, elle ajoute avec un accent de tendresse déchirante : Enfin... mon ami... je vous confie ces . pauvres enfants; aimez les comme vous m'avez aimée !... dites-leur tout... dites-leur toute la vie de leur mère : ils y puiseront quelques bons renseignements et une terrible leçon! parlez-leur aussi d'Auguste... oui... dites-leur combien il était noble, vertueux et bon ! ditesleur bien cela... afin qu'ils puissent comprendre qu'en l'aimant, j'ai pu les oublier un instant... dites-leur les affreux remords de
leur pauvre mère mais surtout!... oh!
surtout, qu'ils ne maudissent pas Auguste... car ce n'est pas sa faute à lui!... Le malheureux a été entraîné... forcé par d'épouvantables circonstances... il voulait s'isoler... me