‹ Latréaumont (volume 4)Chapitre 13 sur 42 · LES FILLES D HONNEUR DE LA REINE · texte numérisé non relu

LES FILLES D HONNEUR DE LA REINE

sencc les moindres et les plus innocentes familiarités avec une femme , quelle qu'elle fût.

De là, ces deux physionomies si distinctes de la cour de France à cette époque , néanmoins confondues par presque tous les historiens , en un seul faux-semblant : de ga^ lanterie majestueuse et che\^aleresque.

Rien pourtant n'était plus éloigné du chevaleresque et du majestueux, car, si devant le maître c'était une morgue hypocrite, une froideur précieuse, qui allaient jusqu'à feindre la pruderie la plus sauvage, hors de sa vue celte insupportable contrainte débordait en un cynisme de paroles et un dérèglement de mœurs qui passent toute créance (i).

( i) Une des preuves les plus évidentes de ceci se trouve dans le fameux Recueil manuscrit de chansons et noëls du siècle de Louis XIV, qui se compose de trente volumes in-4° (Bil)l. royale). Ce recueil renferme d'innombrables et curieuses révélations sur tous Icsévcnemenls et principalement sur tous les acteurs influents de cette époque, soit parleur grande naissance, leurs talents ou leur fortune. Or, on sait et on voit facilement, parles particularités et les détails authentiques contenus dans ces chansons et dans les notes ou commentaires qui les accompagnent, que le tout a clé absclument

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Quant à penser que c'était par un louable respect des convenances que le roi imposait à sa cour cette réserve apparente, ce serait folie; car on sait quelles publiques, quelles sanglantes mortifications, ce prince faisait souffrir à la reine sa femme, en la forçant de laisser asseoir près d'elle , dans son propre carrosse , et cela, aux yeux de la cour, de la ville et de l'armée, deux maîtresses à lui, ouvertement déclarées : mesdames de Lavallière et de Montespan.

Non ! chez Louis XIY, cette sorte de jalousie était encore une conséquence de cet Faveugle et terrible orgueil , de l'épouvantable égoïsme, qui lui faisait dire avec une insolente conviction : le charme^ la beauté , le savoir plaire... c'est moi! de même qu'il avait dit : F État... c'cst moi.

Personnalité sordide, qui se retrouvait ainsi dans tout, s'étendait à tout , jalousait

composé par des gens de la plus grande et de la plus haute compagnie, et des mieux instruits. Or, le cynisme de ces couplets est tel , qu'il serait presque impossible de citer une de ces pièces tout entière; et pourtant il demeure avéré que ces vers se chantaient et circulaient dans toutes les réunions où Ton échappait au décorum apparent imposé par la hautaine jalousie de Louis XIY.

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tout! incurable et grossière fatuité, qui faisait véritablement croire à ce prince, que les femmes de sa cour devaient passer leur vie à attendre pieusement le hasard de ses bonnesgraces, enivrant espoir! qui, selon lui, devait sans doute, plus que pas une réalité, satisfaire lerêveou la passion de l'âme la plus ardente! Car enfin, le grand monarque ne semblait-il pas sérieusement vouloir qu'on fît peu de différence entre la religieuse adoration qu'il pensait inspirer , et l'amour qu'on a pour Dieu ? amour aussi humble, aussi constant, aussi satisfait, dans ses espérances infinies , qu'il doit être désintéressé des joies de ce monde.

En un mot, la disgrâce, l'exil, ou le sort cruel de M. le prince de Conti, de M. le duc de Bourbon, du comte de Guiche,du marquis de Yuardes, du chevalier de Lorraine, du comte de Louvigny , du comte de Soissons, du comte de Saint-Paul, du chevalier de Grammont, du comte de Bussy-Tlabutin, de tant d'autres, et enfin la haine implacable avec laquelle il poursuivit le malheureux Fouquet, dont le plus grand crime à ses yeux fut d'avoir osé aimer mademoi-

selle de Lavallière , montrent assez avec quelle avidité ce roi saisissait tout prétexte d'éloigner de sa cour, ou de frapper sûrement, les gentilshommes dont l'esprit ou l-es heureux succès lui portaient ombrage.

Ainsi, on le répète, si la jalousie de ce prince s'exaspérait à propos de femmes qui ne l'intéressaient pas directement, que l'on juge de la violence de cette passion, lorsqu'il s'agissait d'une de ses maîtresses.

Or , bien que fort longue , cette parenthèse était indispensable à l'intelligence de la scène qu'on va raconter.

La cour de France habitait donc

Fontainebleau, et le logis destiné aux filles d'honneur de la reine était , ainsi qu'on sait, à l'extrémité de la galerie des Cerfs; là, un petit degré conduisait chez madame la chanoinesse de ^atable, alors gouvernante , de sorte que l'unique entrée qui pût communiquer à la chambre des jeunes personnes soumises à la surveillance de cette dame se trouvait dans son appartement.

Rien de plus enchanteur que l'aspect de ce voluptueux gynécée, avec ses six cou* cheltes à rideaux de damas gris perlé, rehaus-

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