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sées d'un passement incarnat ! Un épais et moelleux tapis de Turquie couvrait le plancher, et les murs disparaissaient sous une tenture de haute hce , représentant l'action d*une de ces délicieuses idylles de Ségrais alors si à la mode. « Des bergers vêtus de » satin, et des bergères à étroit corsage garni » de flots de rubans , avant conduit leurs • blanches brebis au bord d'une eau lim- »pide, causaient amoureusement assis sous »la verdure d'un hêtre touffu, pendant que »de joyeux sylvains les épiaient, cachés » dans des roseaux. »
Éclairées de la sorte, par la lueur douce et incertaine d'une lampe d'argent ciselé, à vitraux d'un bleu pâle, les gracieuses figures pastorales de ces bergères, semblaient presque s'animer, et réaliser ainsi le rêve adorable de je ne sais quel âge d'or, poétique, fabuleux et impossible, mais charmant...
comme tout ce qui est fabuleux , poétique et impossible.
Au fond de cette chambre, et en face des deux fenêtres grillées qui s'ouvraient sur le parc, on voyait un miroir de Venise, à bordure de cuivre doré, repoussée à jour sur un
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fond d'écaillé noire ; mais ce miroir, au lieu d'être suspendu, selon la mode d'alors^ s'enchâssait profondément dans le mur , à une assez grande hauteur, tandis que la teinte brune de l'écaillé, sur laquelle les mille arabesques d'or se relevaient en bosse , empêchait de remarquer deux ou trois meurtrières, artistement pratiquées sous cette bordure, au moyen desquelles on pouvait voir et entendre tout ce qui se passait dans l'appartement, du fond d'une obscure logette, prise sur l'épaisseur de la muraille , et communiquant par un secret degré avec le cabinet du roi.
Or , à cette heure , Louis XIV venait de se rendre dans cette logette , et s'y tenait, l'œil et l'oreille au guet, renouvelant ainsi, mais plus discrètement, la scène de Saint- Germain dont on a parlé, et dont l'issue fut si fâcheuse pour M. le duc et madame la duchesse de Navailles.
Sachant que les filles d'honneur demeuraient cette nuit-là sans leur sous-gouvernante, restée malade à Paris, et qui, couchant d'habitude dans leur chambre , empêchait par sa présence, toute liberté de
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propos, le roi comptait, autant par curiosité libertine, que par instinct d'orgueil et de fatuité royale, profiter de cette occasion, qui, mettant ces jeunes fdles en confiance , devait naturellement amener les causeries intimes et secrètes ; confidences dont Louis XIV s'attendait sans doute à être l'objet unique et adoré.
Il était donc environ quatre heures du matin; les fenêtres de la chambre des filles d'honneur, avaient été laissées entr'ouvertes pour atténuer le parfum de nombreux bouquets de roses et de violettes placés dans de grands vases de porcelaine de Chine. La nuit était encore profonde... le ciel magnifiquement étoile, et une brise embaumée apportait çà et là du dehors, et comme par bouffées , la senteur suave et printanière des chèvrefeuilles et des jasmins du parc, alors si renommés, tandis que le chant doux et plaintif des rossignols accompagnait délicieusement le silence de la nuit.
Dans ce voyage du roi à Fontainebleau , un singulier hasard avait rassemblé cinq des plus jolies filles de la cour, dont la plus
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âgée n'avait pas \ingt ans... C'étaient mesdemoiselles Maurice d'O , Marie de Chavigny, Thérèse de Courville , Olympe de Montbrun , et Diane de Saint-André.
Quant à l'austère et glaciale sévérité de mœurs, apparemment imposée à ces jeunes personnes par leur état de filles cThonneur^ les envieux (ou les heureux) , prétendant que cette sauvagerie n'était que parure d'étiquette, et costume de jour , affirmaient, avec une désolante assurance, que généralement des mains plus virginales, mais non plus belles ni plus douces, auraient pu tresser la blanche couronne de Marie , ou attiser le feu sacré de Vesta.
Enfin , si ces pauvres filles avaient, hélas ! failli , qui aurait le courage de ne pas absoudre, ou du moins excuser la faute d'aussi charmantes pécheresses?
Comment résister , entourées qu'elles étaient d'hommages et de séductions de toutes sortes ? Ayant d'abord à chaque heure, sous les yeux, le cynique exemple d'un roi jeune , et vertement charnel , qui j dans son gros amour glouton et effronté, ne comprenant pas le charme du
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mystère, les dclicalcs recherches du plaisir, ou la tendre et discrète volupté du demijour, ne ménageait rien, ne voilait rien, aimait tout haut, exilait bruyamment père ou mari fâcheux , et puis, se prélassait au grand soleil , entre ses deux maîtresses et son abondante progéniture adultère.
Que l'on songe encore que ces jeunes filles, malgré la contrainte apparente de la cour, étaient partout entourées des enivrants symboles de l'amour physique !
Le jour, c'était d'éclatants et hardis carrousels, où des chiffres étroitement entrelacés ; énamouraient les bannières des cavaliers... Le soir , c'était le bal, avec ses muets rendez-vous , donnés secrètement aux yeux de tous, par la couleur d'un bouquet ou le pli d'une écharpe ! Et puis, la nuit !! la nuit enfin 1 c'était la sérénade espagnole, aux tendres et lointains accords , dont l'harmonie les berçait rêveuses, et qu'à l'aube naissante elles écoutaient encore 1
Partout , on le répète , partout le culte
de la beauté s'étalait à leur vue , partout se
dessinait le marbre blanc de ses autels \
dans l'ombre des jardins, sous Jes vertes
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charmilles, au sein des eaux limpides ! Ici, des satyres vigoureux caressaient des bacchantes , des faunes poursuivaient des dryades; là, Mars et Yénus, Apollon et Diane, Erigone et Antinous; que sais-je enfin ? ce que Fart antique avait pu créer d'élégant, de noble, de gracieux, de passionné pour diviniser la forme L.. Et puis , au pied de ces groupes enchanteurs , à Fombre épaisse de ces arbres séculaires , loin de la présence du maître, ces jeunes filles inquiètes ne surprenaient-elles pas souvent une conversation libertine, tenue à voix basse, où hommes et femmes développaient, avec une incroyable licence de paroles et une rare autorité d'expérience, la théorie voluptueuse du plaisir , que la cour des Médicis avait, depuis un demi-siècle, si luxurieusement pratiquée en France !
On le répète, comment les filles d'honneur de la reine , vivant sans cesse au cœur de cette atmosphère chaude et enivrante, qui les pénétrait par chaque sens , eussent-elles échappé à son influence amoureuse P
11 était donc quatre heures du malin,
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et les cinq jeunes personnes que l'on a nommées dormaient profondément.
Quiconque a observé, aura peut-cire tiré de curieuses inductions des habitudes du sommeil, inductions qui j^rouvent l'analogie souvent frappante, que ces attitudes naïves, irréfléchies et presque involontaires, offrent quelquefois avec le caractère naturel et véritable.
Ainsi , voyez dans l'appartement où reposent ces cinq jeunes filles, que de contrastes significatifs, parmi ces poses si différemment expressives !
Ici , un sommeil calme , une respiration douce et mesurée, soulève un sein tranquille, sur lequel deux blanches mains sont modestement croisées ; aussi , à l'aspect de cette attitude de paix et de sérénité, en voyant ce jeune front i3oli comme de l'ivoire , qu'aucune émotion ne plisse, ne devine-t-on pas un caractère indifférent ou paresseux, que la tourmente des passions n'a jamais eirieuré ? Telle est, en elFet, l'insouciante Marie de Chavigny, dont le cou d'albâtre se dislingue à peine du lin éblouissant qui rentourc.
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Mais quelle est cet te jeune fille de vingt ans, à la taille impériale, aux traits mâles et régulierS; qui dort d'un sommeil si hardi, sa tête fièrement placée tout au haut de son chevet^ sur son bras reployé P Ses cheveux noirs longs et épais , se déroulent à grands flots sur ses belles épaules brunes ; un léger pli sépare à peine ses sourcils de jais; et bien qu'elle dorme profondément, parfois ses joues se colorent, ses narines prononcées se dilatent, et sa lèvre supérieure, d'un rouge de corail^ un ]3eu saillante, et ombrée d'un duvet velouté , se relève avec un orgueilleux sourire. Quelle puissante expression ne trouve-t-onpas, dans cette pose vaillante l dans cette figure virile ! surtout, si on compare cette nature décidée, à la physionomie timide et craintive, à l'attitude , pour ainsi dire effarouchée, de la jeune fille, qui , reposant entre les bras de l'amazone, semble s'y élre réfugiée.
Or, ces indices ne trom^^ent pas, car la brune Diane de Saint-André est volontaire, passionnée, glorieuse,eL rien n'est plus tendre, 2)lus candide, que la blonde et charmante Thérèse de Gourvilie, qui pourtant a trans-
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gressc les ordres formels de la gouvernante, en venant partager la couche de son amie, pour causer avec elle, de ces riens, de ces projets sans fin, de ces espérances sans nom, qui font tant rêver à seize ans !
Admirable opposition de ces deux natures, qui, par leurs contrastes mêmes, se faisaient si merveilleusement valoir! L'une, délicaleetsvelte; l'autre, nobleet maie; celle-là, d'un coloris si vif, si chaud , si vermeil qu'elle semble dorée à l'éclatant reflet du soleil d'Asie; celle-ci, d'une blancheur si azurée, si vaporeuse, qu'on la dirait voilée des doux et pales rayons de la lune î
Maintenant, quel tableau plus frappant de la sensualité , que cette autre jeune fille, fraîche, épanouie, un peu grasse, au teint de neige et aux joues roses marquées de petites fossettes ? Des cheveux châtains dénoués , s'échappant d'un bonnet de dentelle tout dérangé, couvrent à demi les yeux de cette nonchalante , dont la pose abandonnée semble si délicieusement abattue... Sa respiration est paisible, et sa petite bouche , toujours souriante, humide et vermeille, laisse voir des dents
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de perles... Quoi de plus gracieux que ces deux bras ronds, Lianes et potelés 5 qui, élevés au-dessus de sa jolie tcte, l'encadrent comme les anses d'une amphore ?
Telle est Olympe de Monlbrun, gaie, paresseuse , moqueuse, et surtout amoureuse.
Enfin, mademoiselle Renée-Maurice d'O occupait le cinquième lit de cette chambre, et tout en elle, offrait un étrange contraste avec ses compagnes.
Elle ne s'était endormie sans doute qu'après avoir long-temps réfléchi et pleuré... car ses joues pâles portaient l'empreinte de larmes séchées, et sa tête semblait s'appuyer encore sur la main qui l'avait dû soutenir pendant ses méditations; main d'une rare beauté, dont les doigts effilés rappelaient l'exquis et pur dessin de Raphaël.
Sa figure, sans être extrêmement jolie, possédait néanmoins un grand charme, du à son indéfinissable expression de bonté , de tristesse et de résolution; sur son front saillant et bien uni, mais presque démesuré, se dessinaient des sourcils châtain foncé, extrêmement écartés l'un de l'autre , et si étroits,
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qu'on les eût dit traces par le pinceau d'un Indien, tandis que les cils soyeux qui voilaient ses paupières fermées étaient si longs , si longs... qu'ils semblaient les entourer d'une brune auréole; chose rare enfin, cette physionomie expressive n'avait pas un trait qui ne fût frappant, et dès qu'on l'avait vue, il devenait impossible de l'oublier jamais. Ainsi , son teint, dune blancheur mate, mais éblouissante, contrastait encore étrangement avec le noir foncé de ses prunelles , qui , lorsqu'elle ouvrait les yeux, donnait à son regard quelque chose de fixe et de saisissant. Et puis , c'étaient ses cheveux d'une finesse extrême, mais à peine bouclés, dont les longues mèches ondoyantes tombaient tristement comme un voile noir sur ses épaules et sur son sein , que l'agitation constante de son sommeil avait découvert! Sommeil douloureux, convulsif, aux brusques tressaillements, qui trahissaient les émotions poignantes de cette ame, déjà profondément ulcérée parle chagrin; car on verra par la suite de ce récit, quelle fut la sublime résignation de cette jeune fille, dont
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la grande et fatale passion pour M. dellohan, semble digne des temps héroïques !
Mais le paisible silence qui régnait dans cet appartement, ne dura pas, car le jour parut bientôt, et de même que son éclat éveille les oiseaux nichés sous les feuilles , dès que les premiers rayons du soleil eurent inondé cette chambre d'une lumière dorée, toutes ces paupières appesanties s'ouvrirent d'abord joyeuses, tristes ou indifférentes, et se refermèrent aussitôt, éblouies de cette vive clarté; car le réveil a ses pronostics comme le sommeil. Ainsi , parmi ces jeunes filles , l'une semblait sourire aux espérances qu'une nouvelle journée lui apportait ; l'autre paraissait regretter amèrement la solitude et le silence de la nuit, si chère aux affligés ! tandis que celles-ci accueillaient avec insouciance, ce jour ajouté aux autres jours.
La première qui s'éveilla, fut la joyeuse Olympe de Montbrun. Voyant ses compagnes encore endormies , elle ne voulut pas sans doute jouir seule du spectacle d'une belle matinée de printemps ; car à peine ses
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grands yeux bleus, gais et brillants, furentils ouverts, que d'une voix argentine et fraîche elle appela les autres filles d'honneur.
— Allons, Diane la glorieuse! Marie l'indolente 1 Thérèse la timide! et toi, taciturne et sauvage Maurice ; assez dormir, mes belles! éveillez-vous , éveillez-vous ! Voyez, jamais plus joli soleil de mai n'a prédit 2)lus charmante lournée de printemps ! aussi la chasse d'aujourd'hui sera-t-elle magnifique avec un temps pareil ! Heureuses filles que nous sommes! de ce que notre gouvernante n'ait pas couché ici cette nuit, car elle eût sûrement efTarouché ce beau jour !
En satisfaisant enfin l'impatiente curiosité de Louis XIY .^ reclus dans sa cachette depuis une demi hevue, les doux éclats de cette voix jeune et sonore eurent bientôt éveillé toul-à-fait les jeunes filles, qui purent alors répondre diversement aux folies d'Olympe.
— Oh! moi, — dit la blonde Thérèse d'une voix suave, en regardant timidement Diane de Saint-André , sa brune et hardie compagne, — j'espèn» bien, si Ton chasse, voir ce diverlissemenl ert calèche, car ainsi on a
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tout le plaisir sans fatigue et sans crainte.
— Voulez-vous bien vous taire , petite peureuse! — s'écria Diane en faisant à Thérèse une gracieuse menace; — que vous êtes efféminée ! préférer un lourd carrosse, au plaisir de monter un vaillant cheval, et de vous sentir emportéepar l'élan d'une course rapide ! ^
— Oh î quant à moi,— dit Marie de Gourville en étendant paresseusement ses jolis bras , — la cavalcade n'est pas mon fait; j'aime bien mieux une promenade sur l'eau, dans la belle galère dorée , qui est ici sur le canal. Est-il rien de préférable à ce délicieux balancement ! Yous allez aussi vite qu'à cheval, et vous n'avez ni les secousses de la haquenée , ni le roulement insupportable du carrosse.
— Oh ! que parlez-vous, — dit à son tour Olympe , — que parlez- vous de calèche , de chevaux , de galères , mon Dieu !... Ce qui vaut mieux, selon moi, que tout cela... c'est une amoureuse sérénade de violons et de hautbois, qu'on entend bien à son aise, étendue à l'ombre, sur de moelleux coussins , tandis que les airs les plus
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galants et les plus tendres viennent vous plonger clans une adorable rêverie ! aussi , moi je dis : les sérénades avant tout!
— Avant tout, la promenade sur l'eau, — dit Marie de Goui ville.
— La promenadeen carrosse,— ditThérèse.
— La promenade à cheval, — dit la brune Diane.
Ces goûts divers donnèrent lieu à mille folles discussions qu'Olympe résumade la sorte:
— Tenez, mes amies, convenons d'une chose : on assure que tous les goûts sont dans la nature, moi je prétends plutôt, que notre amantest dans tous nos goûts; ainsi, je l'avoue, j'aimeles sérénades avec passion, parce que le chevalier de Saint-Paul chante, et joue du théorbe à ravir les anges. Toi, chère Marie, tu aimes la promenade sur l'eau, parce qu'un jeune capitaine que je sais conduit cette belle galère du canal dans les promenades du roi. Toi, douce Thérèse, tu aimes la promenade en calèche, parce que certain petit page de la grande écurie de S. M., aussi leste que joli, cavalcade aux portières en te regardant. Laiin , toi, Diane , ma fougueuse amazone , tu aimes ^
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monter à cheval, parce que personne nV a meilleur air que M. de Sommerville, le bel écuyer du roi.
Du fond de sa logette , Louis XIY commençait à trouver qu'on parlait , il est vrai, souvent de lui, mais furieusement en manière d'accessoire ; néanmoins il patienta...
— Et Maurice! et Maurice! — dirent les jeunes filles qui , demi-nues , vinrent se grouper gracieusement sur le lit d'Olympe , pour témoigner sans doute de ce qu'elles ne lui gardaient pas rancune de la vérité de ses observations.
Malgré le regard triste et suppliant de Maurice, Olympe continua :
—Ohllevéritablenomdela passion de Maurice, est un mystère que nul n'a pu pénétrer encore. On sait bien qu'elle aime la chasse à la folie... mais quel est l'heureux chasseur? voilà ce qu'on ignore ; or, comme il y a une foule de charmants cavaliers dans la vénerie de S. M. , depuis le Grand Teneur de France, M. le chevalier de Rohan, l'homme le mieux fait, le plus galant et le plus magnifique de la cour, jusqu'à mon joli cousin, le petit de Lignerolles, qui sort de page , il est bien
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difficile de porter quelque jugement certain, d'autant plus que Maurice est très secrète, très sauvage, et vit toujours fort esseulée.
Si la joyeuse Olympe eût attentivement observé Maurice , et que son regard eût aussi pu pénétrer derrière le miroir qui cachait le roi, le double effet produit par ses paroles l'aurait vivement frappée. — Au nom du chevalier de Rohan, Louis XIV n'avait pu réprimer un mouvement d'impérieuse colère; mais lorsque Olympe continua de parler de la passion cachée de Maurice, l'expression fâcheuse des traits du roi s'adoucit, car il pensa sans doute trouver au moins parmi ces jeunes filles un cœur occupé de sa majestueuse personne.
Quant à Maurice, ses joues pâles se colorèrent légèrement lorsque le nom du chevalier de Rohan fut i^rononcé... Mais paraissant aussitôt refouler cette impression en elle-même , avec une fièrc indignation , son visage reprit son caractère habituel de mélancolie taciturne; alors, elle se replongea dans une profonde rêverie, où elle sembla demeurer absorbée , pendant toute la scène suivante, bien que de temps à
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autre, Uii tressaillement involontaireprouva qu'elle n'était pas indifférente au sujet de la conversation.
— Pauvre Maurice ! — reprit Diane en riant , — veille bien aujourd'hui sur les moindres actions; car, je te l'avoue courtoisement d'avance, je m'attache à tes pas durant la chasse , et, par le nom païen de Diane ma patronne! je découvrirai ce mystère !
Maurice ne répondit rien, et sourit doucement en faisant un signe de tête négatif.
— Puisqu'on parle de chasse , — reprit Olympe,— on dit le Grand Veneur de plus en plus mal avec le roi; et si mal, que je tiens dxipoli Lavardin, pour parler à la mode des contre-vérités (i), que M. de Rohan n'avait
(i) On faisait à la cour beaucoup de chansons en conhe- ■*'éralés , o'ïst-à-clire qu'on louait ou blâmait au roi»ouis de ce qui était. En voici un couplet extrait des chansons manuscrites dont on a parlé ; on est obligé d'eu supprimer quelques mots trop cyniques.
Marsillac est tendre , Menu monsieur Ôl' Ambre Conii des dames mal traité.
Pour le vieux La férié , 11 n'a point de. . . .
Marsan est
Roannès (i) a l'esprit un peu morne.
Beuvron est lettré.
,«) U. U duo X<af«uiUada.
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pas même dié prévenu de ce voyage de Fonlaincîhlcau, bien que sa charge lui fît un devoir d'y assister.
— Hélas ! sans doute , M. de Rohan est en disgrâce, — reprit Diane... — Aussi, l'avais-je bien prévu !
— Mon Dieu ! ma belle amazone, — dit Olympe, — voudrais-tu donc rivaliser avec les centuries de Nostradamus, le devin par excellence ?
— Moque- toi si tu veux, Olympe; mais rappelle-toi bien ce que je t'ai dit l'an passé, lors de l'horrible éclat de l'enlèvement de madame la duchesse de Mazarin par M. de Rohan, et dont le roi se montra si furieux.
— Ou si jaloux! — reprit Olympe en riant.
— Jaloux soit... Mais ne te disais-je pas alors : Ce qui a perdu M. de Guiche , M. de Grammont, M. de Rabutin, M. de Lorraine, et surtout l'infortuné Fouquet, perdraM.de Rohan !...
— Mais sans doute, — reprit Olympe ; — et comme dit le noël de M. de Saulx-Tavannes :
Las ! il blâmait, le compère ,
Sans raiâou , Ce qu'il ne pouvait pas faire,
^iou» dit-ou.
Or telle est, à mon avis , comme au tien, la cause de la colère de S. M. contre ces aimables cavaliers... ou plutôt, — ajouta la jeune fille en se croisant les mains d'un air malicieusement hypocrite, — ou plutôt non. . . c'est un effet de la grâce d'en haut ; car le roi s'intéresse si fort au salut de ses sujets , qu'il veut se charger de commettre pour eux tous le plus charmant et le plus couru des sept péchés capitaux .. Aussi, tout gentilhomme qui, jaloux de sa pauvre part de faiblesse humaine , prétendra aider S. M. à j^orter cette douce croix, seia-t-il certain d'encourir son indignation ! Et malheureusement pour M. de Rohan... il est furieusement de ces opiniâtres là.
— Que j'aime cette pensée, — reprit Diane en riant de la plaisanterie d'Olympe sur la charité du roi. — C'est absolument comme le gros Louvois, qui semble vouloir aussi commettre à lui seul tous les péchés d'orgueil du royaume. Mais à propos, Olympe, sais tu pourquoi la haine de M. de Louvois est si violente contre M de Rohan ?
— Non, mais je plains le chevalier, car M. de Louvois est tout- puissant sur la vo-
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lontê du roi, et d'où lui vient donc cette haine que lu dis?
— Du molif le plus puéril et le plus misérable du monde; en un mot, M. de Louvois exècre M. dcRohan, parce qu'étudiant avec lui au collège des Quatre na/ions .jc crois, le chevalier, aussi leste, aussi hardi, que Louvois était lourd et peureux, le battit plus d'une fois bel et bien. De là, cette haine opiniâtre et envenimée du ministre, qui a percé dans tout, puisque c'est M. de Louvois qui jusqu'ici a empêché, dit-on, M. de Rohan d'obtenir aucun emploi militaire, proportionné à sa naissance.
— Voyez pourtant à quoi tiennent les destinées ! — s'écria la blonde Thérèse en ouvrant ses grands yeux bleus étonnés.
Puis elle ajouta d'un air naïf, mais plein de finesse : — Il faut donc alors que ma grand'mère ait été, au couvent, compagne de madame de Yatable, notre gouvernante, et l'ait battue bien souvent, puisque la bonne dame me hait si fort !
Celte moquerie fil d'autant plus rire ces jeunes filles , que madame de Valable aflTichait surtout de grandes et inadmissibles