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à Rodomont ^ ou jugeait qu'il eu faisait grand cas; or, on conçoit raffeclueuse et haute estime de tout veneur pour la sagacité de son limier, lorsqu'on songe que, selon cette sagacité, on chasse oïl on fait buisson creux ( i), en cela que le hmier doit d'abord chercher et trouver l'animal destiné à être ensuite couru et forcé par la meute. A ce propos, on doit entrer dans quelques détails de vénerie, extrêmement sommaires, mais indispensables à l'intelligence de la scène qui va suivre (2).
(1) Faire buisson creux , ne pas chasser, parce qu'il n'y a pas d'animal détourné, soil par la faute du limier, soit par le manque d'animaux , soit parce qu'ils ont vidé rcnceinle. Dans les cas extrêmes, on foule quelquefois une enceinte an liasard, dansrcsj)oir d'y trouver un animal, ce qui s'appelle biltebauder.
(2) Il est inutile de dire ici , qu'on n'emploie que le moins de termes techniques possibles, et que cette sorte dinitiation à l'art de la vénerie est des plus incomplètes, car on en a écarté à dessein tout ce qui n'était pas rigoureusement nécessaire. Ainsi , en supposant le valet de limier au bois, on ne parle pas dts mille chances de change : de faux rembuchemenls , de suraï iures , etc., qui rendent ce métier si difficile à exercer. On ne parle pas non plus des connaissances si diverses des fumées, des hautes erres, etc., pour connaître de la nature , de l'âge et du scie des animaux ; ou s'en lient
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On sait que pendant le printemps et Tété, surtout, les cerfs ne sortent des forêts que la nuit; alors ils vont paître en plaine, puis, à l'aube naissante, après avoir ainsi viande, ils rentrent au fond des grands bois , dans l'épais taillis qu'ils ont choisi, pour se mettre à l'abri de la chaleur , et dormir durant le jour.
Les forêts bien disposées pour la chasse, étant entourées de champs, et intérieurement divisées en une foule d'enceintes ( ou massifs de futaie) coupées à angles droits ou aigus, par de larges routes , on conçoit qu'un cerf ne peut rentrer en forêt sans laisser
geulement aux renseignements donnés par le pied ; et afin de ne pas être confus , on suppose le valet de limier dans la chancela plus favorable; de même aussi, qu'en retraçant plus bas les diverses phases de la chasse qui suivent le laisser-courre, on n'a parlé ni de Taccompagnée , ni des défauts et retours , etc. Il serait trop long d'entrer ici dans ces détails, qui seuls pourraient pourtant donner une idée des prodiges d'intelligence , d'opiniâtreté, d'adresse et de vigueur qu'il faut pour mener ou suivre savamment et hardiment la chasse du cerf ou du sanglier , animaux dont les abois offrent tant de dangers pour les hommes, les chiens et les chevaux. On le répète , on n'a voulu donner ici qu'une explication aussi claire que possible des faits principaux d'une chasse.
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la trace de ses pas dans la plaine; et, une fois rembuchcs en forêt, sortir et changer d'enceintes , sans laisser les mêmes traces de son passage , sur le sol des chemins qui séparent les enceintes.
Or, la chasse repose absolument surFempreinte de cette trace, qu'on appelle voie^ puisque les valets de limier, chargés d'explorer en tous sens la foret au point du jour, doivent sûrement juger, seulement d'après cette voie: de la sorte, de l'âge, du sexe et de l'allure des animaux qui peuvent être rentrés dans les bois; tandis que les limiers, par la subtile et merveilleuse délicatesse de leur nez, démêlent si celte voie est de la nuit ou de la veille, selon l'odeur plus ou moins chaude et forte qu'elle exhale, le pied des bêtes fauves et noires , tels que cerfs , daims, chevreuils, sangliers, etc., laissant après eux une senteur particulière.
C'est donc instruit par cette voie, et après des fatigues sans nombre , obligé de suivre pas à pas. de chemin en chemin, d'enceinte en enceinte , les mille rusés détours faits par l'animal en se rembuchant , que le valet de limier, guidé par son chien, qu'il
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tient en laisse, arrive enfin à l'endroit de la forêt choisi j^ar un cerf (je suppose) pour se retirer durant le jour.
Une fois bien assuré, par des observations qu'il serait trop long de détailler ici , que cet animal repose seul dans l'enceinte (1) , le valet de limier y brise une branche d'arbre , afin de signaler et de reconnaître l'endroit où le cerf demeure. Puis, revenant à l'assemblée faire son rapport, ce veneur dit au premier piqueux : qu'il croit avoir connaissance d'un cerf de tel âge , et séparé , car il est de règle en vénerie , de ne rien affirmer , qu'après avoir vu par corps selon le vocabulaire de cette langue si expressive et si imagée.
Le maître de l'équipage se décide alors à laisser-courre (ou chasser) ce cerf. On envoie les relais de chevaux et de chiens aux
(i) On loicpète, il sérail !rop long d'expliquer par quels moyens et par quelles obscrvalions d'une incroyable sagacité, le veneur, d'après le pied ou les fumées d'un cerf ou dune biche, connaît sûrement de leur sexe, de leur âge, etc. Ou suppose, pour plus de clarté, que l'animal est seul et géparé , et que le Talet de limier a fait les devants de celte •nceiatc. *•
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poinls reconnus pour être la passée Iiahiliicllo (les animaux, et les veneurs se rendent à la brisée que le valet de limier leur a indiquée, comme désignant la retraite du cerf.
Arrivés à cet endroit, et laissant la meute d'altaque, couplée (i) proche de cette enceinte qu'ils vont fouler en tous sens, les piqueux pénètrent à cheval au plus épais du taillis, suivis de 5 ou G vieux chiens expérimentés (2) destinés à lancer l'animal, et qui, animés par les veneurs et les sons éclatants de la trompe , empaument presque à l'instant la voie du cerf... D'abord, ils se récrient isolément , çà et là, sans accorcV, d'une voix brève, inquiète, entrecoupée;
(1) G'c'sl-à-clire les cliicus qui la coQiposent allachés deux par deux. Le nombre des chiens ionnanlun équipage pour lo cerf, varie beaucoup. Celui de Louis XIV se composait de 100 chiens, el 1 iiabilude de la vénerie rojale élait toujours d'allaquer avec 5o chiens de meule.
(2) La raison est que des chiens moins sûrs pourraient attaquer un daim, une biche ou un chevreuil au lieu du cerf, tandis que de vieu.v chiens ne s'y Irv mpent pas , ayant \v. discernement de distinguer l'odeur du pied d'un daim, d'une biche ou d'un chevreuil de l'odeur de hi voie d'un ccrl.
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puis , à mesure qu'ils rapprochent davantage l'animal, leurs cris deviennent de plus en plus fréquents, sonores et prolongés; bientôt enfin, tous ces cris se mettent à un farouche unisson ; ce n'est plus qu'un seul bruit acharné, retentissant, lorsque tout-àcoup, le cerf surpris, .bondit d'effroi devant les chiens, vide l'enceinte, saute une route, rentre dans une autre enceinte , et s'en va. fuyant, ainsi éperdu, à travers la forêt.
S'il est vieux , il va trouver des biches ou de jeunes animaux pour s'en faire accompagner, et les laisser à sa place devant les chiens ; mais si les chiens expérimentés ne prennent pas ce change et continuent de le chasser, comptant sur sa vigueur, souvent il débuche en plaine et gagne d'autres bois ; s'il est très jeune, il ne quitte guère la forêt, s'y fait battre , et revient généralement se faire prendre , vers l'endroit où il a été attaqué.
Le courre commence donc aussitôt que le cerf a fui de l'enceinte où il s'était retiré, et c'est à l'endroit de la route où il a sauté d'abord , qu'on découple la vieille meute , dès que les chiens , qui les premiers ont lancé l'animal, sont passés après lui.