LES PETITS CHIENS DU CABINET
nous qui ferons courre pour le roi 1 — s écria L'Aiidouiller, en apprenant que le cerf détourné par son père était moins âgé que le sien, et conséquemment moins avantageux à chasser ; aussi , dans l'ivresse de sa joie, prenant son limier par les deux pattes de devant, et lui ouvrant la gueule (qu'on excuse cette horrible vulgarité traditionnelle dans la vénerie d'alors) , il lui cracha dedans (0, sans que iMet-à-mort, il faut le dire, parut ajouter un très grand prix à cette superlative preuve de la satisfactionde son maître.
Mais le pauvre L'Andouiller s'était tro^ hâté de prodiguer cette rare laveur à son chien, car maître La Fanfare lui dit gravement : -Jean, tu as dans ta quête un Dix-cors y et moi une rroisième-Tête\ or, à quelle épo-
(i) Voici un passage qui confirme ce singulier usage t « Pour aller à votre quêle avec sincérité , il ne faut pas dé- » plojor la laisse que vous ne soyez arrivé au lieu qui vous » a été désigné; alors vous prendrei votre limier par la » tête , en lui faisant caresse et lui crachant dans la o-ueule ; » et en le quillant, vous allongerez le trait eu lui disant t » Va outre, et le nommerez de son nom.»
(Robert de Salnove, p. lai, iu-4". Paris* iQôZA
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que le grand cerf aura-t-il mis sa lête bas (1)? — Au commencement d'avril au plus tard, l'hiver n'ayant pas été rude cette année.
— A quelle époque les Seconde et Troi^ sième-Téte , mctlent-ils bas?
— Vers la mi-mai.
— Eh bien! — ditLa Fanfare d'un air triomphant, — nous sommes aujourd'hui le premier mai, ma Troisième-Téte a donc encore son bois et ton Dix-cors ne l'a plus ; or maintenant, qui doit avoir l'honneur de courre devant le roi, si ce n'est mon cerf, encore paré de sa noble couronne , et non pas le tien, qui, déj^ouillé de son plus bel ornement, ressemble dans cette saison, à une biche breliaigne de grand corsage (2) ?
— Par saint Hubert, saint Eustache et saint Thomas même, si vous voulez, mon pèrel 1... qu'importe le boisl c'est toujours le cerf le plus âgé qu'on doit laisser courre; , or, selon la règle de la vénerie royale, je
(1) On sait qu'à chaque printemps , les bois du cerf lombeal, et sont loul-à-f;iit repoussés vers la Cu de juillet. Ceîle sorte de végélaliou animale s'augmente à chaque reprodilètion , justju'à ce que le cerf ait alleint sa scplièuie année révolue. Le bois s'appelle tète dans celle acccpliou, (3^ Vieille biche qui ne porte plus*