LES PETITS CHIENS DU CABINET
soutiens,— s'ccriaL'Andouiiler, — je soutiens que c'est mon cerf qu'on doit donner aux chiens.
— Non , c'est le mien ! — reprit La Fanfare;—c'est le mien! qui par sa tête est autant au-dessus du tien à celte heure, qu'un noble étalon est au-dessus d'un hongre honteux !1
La discussion allait devenir des plus animées, lorsqu'on aperçut dans une des allées qui aboutissaient au carrefour, un cavalier arrivant à toute bride.
— Tenez, — dit maître La Fanfare, — voici un de MM. les gentilshommes de la vénerie qui vient chercher mon rapport; il jugera, et je gage cju'il décide en ma faveur !
En effet, dans l'ordre des chasses du roi , le plus jeune des gentilshommes de sa vénerie venait à cheval recevoir le rapport du maître valet de limier, puis allait transmettre ce renseignement au commandant de l'équipage sur pied, qui en faisait part au Grand- Veneur. l!lnrm,ce dernier mettait ce rapport sous les yeux du roi, au moment de son arrivée à l'assemblée, pour que S. M. pût désigner l'animal qu'elle voulait voir courre.
Mais à mesure que le cavalier s'appro-
IgS LATRIE AU MONT.
cha, et que ses habits se purent distinguer, les veneurs réunis , semblèrent de plus en plus étonnés.
— Que diable est-ce cela? — dit La Fanfare.
— Par saint Eustache, mon père, rien... ce n'est rien... rien du tout; qu'un de ces méchants justaucorps à galons de soie des petits chiens du cabinet^ — dit L'Andouiller d'un air de dignité méprisante , après avoir attentivement examiné le nouvel arrivant.
Pour comprendre ceci, il faut savoir qu'en outre du service du Grand-Yeneur de France, Louis XIY avait encore ce que l'on appelait la Meute des petits chiens du cabinet , sorte d'équipage particulier pour le lièvre et le chevreuil , composé de soixante chiens , commandés par M. le marquis de Villarceaux-Mornay, qui prétendait ne relever en rien de l'autorité du Grand-Veneur (i) ,
(i) Cet équipage chassait aussi le cerf; mais fort rarement. On trouve à ce sujet la note suivante, de la main de Colbert, dans le Recueil de Clérembault (manuscrit, bibl. royale) :
« M. de Uohan prétend que , comme grand-vcuour, M. de Villarceaux lui doit tous les honneurs quand le roi ost à la chasse et qu'il s'y rencoulre . honneurs qui sont le bâton
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comme étant chef de l'équipage particulier du roi.
Cette rivalité donnait continuellement lieu aux plus irritantes contestations entre le Grand-Veneur et M. de Yillarceaux , contestations qui se terminèrent d'ailleurs dix ans après (en 1680). par la suppression de la meute du cabinet, mais qui alors étaient dans toute leur furieuse aigreur.
Aussi cette rivalité haineuse, qui divisait
et le pied (i) pour les présentera S. M., et que le sieur Harem , garçon de la chambre du feu roi , en faveur duquel la meute des petits chiens fut créée , ne l'a jamais contesté à feu M. de Montbazon* Ainsi, il croit qu'à moins que M. de Villarceaux n'ait un privilège particulier, et qu'il montre un brevet de S. M. qui le lui donne, il lui doit rendre tous les honneurs de la chasse , le roi y étant.
)) M. de Villarceaux dit que le feu roi créa diverses charges pour des chasses particulières, dont les capitaines n'ont eu que des brevets particuliers, et qui n'ont jamais été dépendantes de la charge de grand-veneur, dont le titre n'emporte pas la sujétion de toutes les autres charges des chasses, puisque même la meute pour sanglier, qui est plus ancienne que celle de grand-veneur, ne l'a jamais reconnu, non plus que les limier« de la chambre ni la meute pour le loup , créée par Henri IV.
» Que dans la fauconnerie , les oiseaux du cabinet d«
(i; L» phddn carf, loriqu'il ed prît. Quioi au iaUn, t*ir plutbat r£ft»r(u«ir«.
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M. de Villarceaux et M. de Rohan , descendant jusque dans les classes les plus infimes des deux équipages, exaspérait de la même sorte, officiers, gentilshommes, pages, piqueux, valets, et quelquefois même , hélas! jusqu'aux chiens, qui, excités par les veneurs , prirent souvent une part des plus actives à ces dissensions.
On conçoit donc le dédain avec lequel maître La Fanfare et son fils accueillirent la venue du gentilhomme de la Meute des petits
5oi.>t pas sur le même pied des aulies vols, cl uc reconnaissent point le grnnd-fauconnier.
•• i>\\^ le roi a ses équipages d'apparat et ses équipages particuliers ; que plusieurs personnes delà maison de Lavardin ayant possédé durant long-temps la petite meute pour le cerf et le chevreuil, elle n'a jamais reconnu ni rendu aucune déférence au grand-veneur.
» Que les charges dépendantes de celle de grand-vcueur, sont seulement celles qui prêtent le serment entre ses mains, mais que tous les équipages particuliers n'ont aucune dépendance , (jue du roi seul, élant données par des brevet» pnlicuîieis et sans aucune participalion du giand-veneur , et qu'ainsi, lorscjueie roi chaise avec les petits chiens du cabinet y tous les honneurs lui doivent appartenir, puisqu'il les cotntnande, et que sa charge n'est en aucune sorte dépcndaule de celle de grand-veneur.»
Manusc, Clértmbault. — Bib. roy.