‹ Latréaumont (volume 4)Chapitre 21 sur 42 · LES PETITS CTHENS DU CABINET · texte numérisé non relu

LES PETITS CTHENS DU CABINET

chiens du cabinet^ et on comprendra de reste, la colère des veneurs, lorsqu'ils apprirent rétrango mission de cet officier.

-- Où est le maître valet de limier de la vénerie de S. M.? — demanda donc le gentilhomme en arrêtant son cheval, blanc d'écume, et s'adressant au groupe rassemblé près du poteau.

Personne ne répondit.

— Est-ceque je parle à des sourds?— reprit le cavalier surpris de ce silence impertinent.

Alors L'Andouiller s'avançant, dit à l'ofiicier, d'un air passablement narquois : — Si vous avez perdu votre chasse , mon gentilhomme , je puis vous aider à la retrouver , car j'ai vu là-bas , dans les bruyères de la Màle-Montagne , cinq rats qui chassaient une belette, de fier corsage , ma foi ! Mais par saint Euslache, votre équipage est roide et du même pied, mon gentilhomme! aussi, menait-il si rudement la belette, qu'elle avait tout au plus cinq minutes d'avance sur la meute; prenez donc ce faux-fuyant à droite; donnez un temps de galop , et en arrivant au premier carrefour, vous aurez fait les

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grands devants, et vous serez à la queue des chiens... je voulais dire des rats...

Cette facétie fut accompagnée des éclats de rire des autres valets de limier, mais le gentilhomme, qui avait écouté ces impertinences avec assez de sang-froid, poussant son cheval, s'approcha de L'Andouiller d'un air menaçant , et lui dit : — Sais-tu bien à qui tu parles? sais-tu que je suis gentilhomme de l'équipage du cabinet commandé par M. le marquis de Yillarceaux , drôle que tu es ? sais-tu enfin que je te ferai frotter les épaules avec de bonnes gaules de bois vert à chaque carrefour de la forêt par le prévôt des archers, si tu ne me réponds pas avec respect et obéissance ?

— Avecrespect et obéissance! — répétèrent les valets de limier en murmurant, — est-ce que nous avons quelque chose à voir avec les petits chiens du cabinet , nous autres ?

— La Vénerie n'a rien de commun avec le Cabinet, entendez-vous, mon gentilhomme, — reprit L'Andouiller, — pas plus que le brave lévrier qui coiffe un loup, n'a quelque chose de commun avec le barbet qui grelotte dans le manchon d'une femme !

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— Le Cabinet ressemble à la Vénerie , — dit un autre, — comme un écolier qui chasse aux papillons, ressemble au hardi veneur qui attaque , avec l'épieu ou le couteau, le soli-* taire (i) qui tient aux chiens.

— Je vous demande le maître valet de limier; répondez, misérables 1 au nom du roi , répondez 1 — s'écria le gentilhomme, de plus en plus irrité de ces insolences.

Ces mots : au nom du Roi^ avaient toujours un effet puissant et presque irrésistible; aussi maître La Fanfare s'avança-t-il, en disant avec une sorte de haulainerésolution:

— Eh bien ! le maître valet de limier, c'est moi,

— Alors donne-moi ton rapport , — dit le cavalier.

La Fanfare ouvrit des yeux stupéfaits , regarda fixement l'officier, et répéta machinalement : — Mon rapport ?

— Oui , ton rapport...

— Mon rapport à vousl — répéta La Fanfare au milieu des marques de l'élonnement général.

(i) Solitaire , grand vieux aaa<;lier.

— Ah ! que de lenteur ! — s'écria le cavalier impatienté. — Ton rapport! ou sinon, mortdieu !...

— Mon rapport à vous, mon gentilhomme?

■ — dit encore La Fanfare. Puis, haussant les épaules , il ajouta : — Ah çà! vous me prenez donc pour un faon , mon gentilhomme, de me sonner de ces requêtes-là?

— ïu oses te refuser à exécuter mes ordres?

— Assurément oui, par saint Hubert, je l'ose! Je ne dois mon rapjDort qu'à un gentilhomme de la vénerie du roi, entendezvous, monsieur; et si je reconnais et respecte le justaucorps bleu à galons d'or et d'argent, je n'ai rien à démêler avec les galons de soie rouges et blancs (i).

Le cavalier Gembla faire un elFort sur luimême pour réprimer sa colère , et dit avec un calme apparent : — Tu es maître La Fanfare, un brave et digne homme, je le sais; ainsi, écoute-moi bien : songe que par ton opiniâtreté, tu peux te mettre dans une terrible position; songe bien que je viens

(ij Celle dilTéreiici; cxislail dans lliaMl tics deux équipage» -, celui du cabiu'.t portait la livrée de ia maison du roi.

LES PETITS CHIENS DL' CABINET. 'iOD

par ordre du roi... entends-tu bien... par ordre du roi 5 prendre ton rapport, parce que S. M. a ordonné à M. de Yiilarceaux de frappera vos brisées (i) avec nos chiens du cabinet, ne voulant pas chasser avec les chiens du grand-veneur... entends lu bien.^ Allons, maintenant, donne-moi ton rapport; ne te conduis pas comme un vieux fou , et finissons-en !

L'ofïicier avait pris pour une espèce de consentement tacite, l'efiétécrasant produit sur La Fanfare par cette étrange nouvelle; mais il vit qu'il s'était singulièrement abusé lorsqu'il entendit les violents murmures qui éclatèrent aussitôt parmi les veneurs.

— Frap2)er à nos brisées!... les chiens du cabinet L. vous autres chasser tantôt les animaux que nous nous sommes échinés à travailler et à détourner le malin ! laisser faire

(i) On conçoit qu'une foisTaninjal tlétourucjinc reste plus qu'à le laisser courre, et que ropcralion la plus fatigante et presque la plus diffîcilcde la chasse étant de (aire les quêtes, les veneurs devaient être furieux d'avoir ainsi <|uêlé pour d'autres. En un niol,rexpres>ion d'allersur les brisi'csdc quel- \]u'un^ empruntée au vocabulaire delavéncrie, couiaie laut d'autres dires, ; rendre le ch Mge, âpre à la c rée, etc. ^i:si quIvùc (Xanslst langue usuolie^ nvor toutesa sicrnilîc;\liou preuiicre.

!i0S LATREAUMONT.

cette injure à Monseigneur le chevalier de Rohan, lorsque moi et mes enfants avons toujours mangé le pain de sa famille !... Nous laisser traiter de la sorte! Ah çà mais dites donc, vous voulez plaisanter, mon gentilhomme? ne vous gênez pas, allezl nous sonnerons en partie avec vous , car il y a de quoi, jarnibleu ! faire rire aux éclats un vieuxsanglierdanssabauge, — dit La Fanfare.

— Ah 1 de façon que les valets de limier de la vénerie iront en bons enfants faire le bois le matin, pour donner à courre â messieurs du cabinet? qui eux autres, dormiront en vrais chanoines pour s éveiller à midi, et venir manger, sous notre nez, la soupe que nous aurons trempée ? — dit un valet de limier.

— La rosée du matin est sans doute trop froide pour ces fins veneurs du cabinet ? — dit un autre.

— Mais est-ce que ça ne se voit pas rien qu'aunom! — reprit L'Andouiller, — les chiens ducabineû Mais ça chasse avec des chaussons aux pattes, un masque et un justaucorps, de peur des ronces? Et puis, cette belle meute mignarde vient en carrosse à l'assemblée, vit de biscuit et de lait sucré , et il y a

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