‹ Latréaumont (volume 4)Chapitre 22 sur 42 · LES PETITS CHIEK8 DU CABINET · texte numérisé non relu

LES PETITS CHIEK8 DU CABINET

même au chenil des chiens savants pour lui donner le bal et la comédie 1

— Insolent 1 — dit le gentilhomme.

— Insolent tout de même ; on ne dit pas non , — reprit L'Andouiller avec impertinence, et» il continua: — Ah! de façon que nous autres , pauvres chiens de vénerie, nous chasserons au froid du matin , à l'ardeur du soleil ; et puis , lorsque au risque de nous faire éventrer , nous aurons bravement pris le cerf, lorsque l'hallali sera sonné , la curée faite et chaude, on nous fouillera , et on nous dira arrière ! pour laisser ripailler à leur aise messieurs du cabinet !

— Frapper à nos brisées! attaquer nos animaux l — s'écria La Fanfare exaspéré, et pâle de colère. — Mais le premier qui oserait, voyez-vous, découpler sur mon cerf d'autres chiens que ceux de la vénerie , c'est que je lui enverrais un coup de carabine dans le corsage, ni plus ni moins qu'à un braconnier, entendez vous ?

— Ah! marauds que vous ôtes, vous vous rebellez! — dit le gentilhomme.

— Oui ! et je vous dis , moi , pour la der-»

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nière fois, que vous n'aurez pas mou rapport! — ajouta La Fanfare en s'avançant intrépidement vers le gentilhomme.

— Pas un mot de plus, ou je te coupe la figure! — dit le cavalier en se dressant sur ses étriers , et levant sa houssine sur le vieillard.

— Ne touchez pas mon père ! s'écria L'Andouiller en saisissant le gentilhomme par sa botte.

— Ah 1 que de bruit 1 — dit impétueusement le cavalier. Et d'un revers il fouetta la figure de V Andouiller,

Aussitôt l'officier , désarçonné , roula sur l'herbe ; et les valets de limier allaient peut-être se porter sur lui à de graves violences, lorsque maître La Fanfai^e , se jetant au-devant d'eux , les arrêta.

— Ah l vous paierez cher cette insulte l — dit le cavalier en se relevant Je

ne puis ni lutter , ni me commettre avec vous; mais vous serez châtiés, mort-Dieu, vous le serez !... Çù, mon cheval, misérables, mon cheval 1...

— Yotre cheval ? — dit La Fanfare qui s'en était emparé, — vous le trouverez au chenil ;

LES PETITS CHIENS DU CABINET. QOg

je m'en vais renjainber pour aller au plus lot trouver Monseigneur le Grand-Veneur , et lui dire tout , vu que j'aime mieux prendre les grands devants afin de n'être pas prévenu.

— Comment , tu oserais... ?

— Oui, oui, j'oserai... Monseigneur le chevalier de Rohan se chargera du reste ; aussi bien, c'est son honneur que je défends; après , ce sera à lui de défendre ma peau , et il n'y manquera pas, j'en suis sûr!

— Tu te saisis de mon cheval ! prends bien garde ! — dit le gentilhomme d'un air menaçant.

— Je ne le saisis pas, je l'enjambe; et, d'ailleurs, je l'ai éperonné plus d'une fois, allez l II connaît le fer de mes molettes ; c est le Petit-don! qui; si le ciel était juste, devrait s'appeler le Grand-mauvais^ car c'est une rosse, une vraie carne, un rebut, un dégoût de la vénerie ; mais encore trop fameux pour suivre les chiens du cabinet !

Après ce dernier sarcasme, La Fanfare se mit lestement en selle, tandis que le gentilhomme, qui de fait ne pouvait opposer aucune résistance , disparut

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promptement par un des sentiers de la forêt.

— Quant à vous, mes enfants, si d'ici à une heure vous ne me revoyez pas , rendezvous chacun à votre quête, et à son de trompe , à force de voix et à traii de Hmier, mettez-moi tous nos animaux sur pied ! car, par saint Hubert ! si les chiens du cabinet chassent aujourd'hui, ce ne sera pas sur nos brisées !

Et ce disant , La Fanfare, excitant vigoureusement l'infortuné Pe^//'Z>o/2, du fouet et du talon, partit au galop, pour aller rendre compte à M. deRohan de cette prétention injurieuse des chiens du cabinet, offense inouïe dans les fastes de la vénerie.

Mais avant de raconter l'entrevue du vieux vaîet de limier avec le Grand^Yeneur, on doit faire connaître davantage M. de Rohan, dont on a su déjà quelque chose, par la conversation des filles d'honneur de la reine, conversation qui mit Louis XIY en une fureur si menaçante.

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