CHAPITRE HUITIEME
Néron vous écoutait , madame !...
Racine. — £ritannicus, act. m, êc. 8.
C€6tortuoirr.
Ce jour-là même, après avoir copieusement dîné de viandes et de pâtisseries selon son habitude, (i) vidé un dernier verre de
(i) Aux premières cuillerées de potage, l'appétit s'ouvrait toujours ; et il (Louis XIV} mangeait si proJigieusemeut et si solidement soir et matin, et si également encore, qu'on ne s'accoutumait point aie voir. ^Saint-Simon, toI. p. la, 417O
Ou lui trouva aussi la capacité de l'estumac et des intes-
vin de Champagne glacé, le seul quil bût alors , Louis XIV se leva de table et se couvrit; car une bizarre étiquette voulait que pendant ses re23as5 lui seul demeurât tête nue , tous les gens de sa cour gardant leur chapeau sur leur tête.
— Mesdames, partons! — dit-il â madame la duchesse de Lavallière et à madame la marquise de Montespan, qui, en grand habit, et fort j)arées, ainsi que le roi Texigeait toujours, attendaient la fin de son repas pour accompagner ce prince à la chasse.
Et tout le monde descendit Tescalier tournant du château qui conduit à la cour afin d'y prendre les voilures et de se rendre au lieu de l'assemblée.
Madame de Montespan , alors grosse de son premier enfant adultérin (i), eût fort
iliis double au moins des hommes de sa laille ; ce qui est fort extraordinaire, et était cause qu'il était si grand mangeur ci si égal. Saint-Simon, vol. i5, p. lOj.) (i) Il mourut en 1672 , âgé de 3 ans. On connaît d'ailleurs celte singulière lettre de Louis XIV: Saint Germain-en-Layc , le i5 juin 1678. A monsieur Coibert, t II me revient que Montespan se permet des propos inr> discrets. C'est un fou que vous me ferez le plaisir de suivre
l'estortcaire. i^o
désiré de ne pas suivre la chasse; car, bien que placée, ainsi que madame de Lavallière, dans une petite calèche conduite par le roi; cet exercice était 1res fatigant pour une femnrie dans sa position; mais les ordres de Louis XIV étaient formels ; et grosse , souffrante ou malade, il fallait absolument obéir, sa volonté étant implacable à ce sujet; féroce egoïsme, qui d'ailleurs ne ménageait i^as davantage sa royale famille ; car on sait avec quelle insistance cruelle il força plus tard madame la duchesse de Bourgogne de faire deux ou trois voyages de Marly, qui faillirent à tuer cette jeune princesse (i ).
Louis XIV avait alors trente et un ans; i' incomparable et divine beauté de son visage,
» de près ; et pour qu'il nait pins le prétexte de rester à » Paris, voyez Novion, afin qu'il se hâte an parlement.
» Je sais que Moalespau a menacé de voir sa femme , et n comme il en est capable ^ et que les suites seraient ît » craindre, je me repose encore sur vous pour qu'il ne » parle pas. M'oubliez pas les détails de celle affaire , et sur- » tout qu'il sorle de Paris au plus tôt. Louis. »
(Œuvres de Louis XIV, tome v, page 676.)
( i) Voir les noies A et B à la fin du volume On y trouvera d'authentiques et nombreuses preuves de la cruelle bruia- \i\é de ce prince envers fes maîtresse» et son entourage.
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ainsi que V inexprimable grandeur et majesté de sa taille, sont choses tellement admises et regardées comme incontestables, qu'on aura sans doute beaucoup de peine à humaniser quelque peu le portrait de ce demi-dieu.
Pourtant, qu'on observe avec attention cette figure régulièrement bélâtre ; les yeux sont grands, bien fendus, mais gros et à fleur de tête, ce qui donne au regard une expression fixe et morne ; le front fort étroit est fuyant et déprimé, le nez saillant est d'une noble forme, mais les joues sont pleines et rebondies; la mâchoire lourde et empâtée; le menton, légèrement rentré , descend à triple étage sur un cou trop co urt, tandis que la bouche, assez éloignée du nez, petite, et comme on dit vulgairementy«iVe en c6>^wr,donne surtout aux traits de ce prince un grand air de fatuité niaise, prétentieuse et rengorgée.
Enfin , que l'on ôte à ce visage large et coloré l'immense perruque brune, qui véritablement donnait un certain aspect , sinon imposant , au moins sévère et dur , même aux figures les plus communes, et augmentait la taille de deux ou trois pouces; Qu'on abaisse de deux ou trois autres pouces
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les talons que Louis XlVportait très hauts, et Ton aura la mesure exacte de la personne du grand roi , qui dépassait à peine cinq pieds.
Évidemment, grâce à la flatterie cynique et effrontée qui n'a pas craint d'affub!er ce prince du sobriquet de Grand, on a confondu la perruque , la taille, les talons et le mérite ; aussi demeure-t-il généralement avéré que Louis XIV était un grand monarque, de grande stature.
Le roi sortit donc le premier de la cour du château. Depuis une chute qu'il avait faite en courant le cerf, il avait peur à cheval, et suivait la chasse dans une manière de Soufflet , petite calèche très légère , attelée de deux vigoureux chevaux percherons , de taille moyenne , et de poil blanc truite de bai, robe bizarre, que Colbert, d'après les ordres du roi, tâchait de conserver pure dans les haras dont il avaitla surintendance.
Cette voiture découverte, à caisse dorée et à train rouge, que Louis XIV menait lui-même du haut du siège , ne contenait que deux places, alors occupées par mesdames de Lavallière et de Montcspan ; à Tentour, mais assez éloignés, se tenaient
le capitaine des gardes en service auprès du roi ; le premier écuyer, ordinairement le Gritud-Yeneur; puis, des pages, des gentilshommes; enfin venait le gros des courtisans, ainsi que les voilures de suite; le tout escorté de gardes du corps, de mousquetaires et d'archers de la vénerie, vêtus de bleu et d'écarlale.
Louis XIV était d\me humeur des plus fâcheuses; il n'avait pas dormi, ayant passé une partie de la nuit dans la logette que l'on sait; aussi sesyeuxà fleur de tête étaientils rouges et gros , son teint marbré , ses traits soucieux; enfin sa barbe, qui depuis la veille pointait drue et bien fournie (i), donnait à son visage un air méséant de malpropreté; tandis que la digestion laborieuse de l'abondant repas qu'il venait de faire, le plongeait dans une sorte de torpeur irritable et hargneuse, qui, lui ôtant toute envie de causer avec ses maîtresses, ne lui
(i) On lui voyait faire la barbe (au roi) de deux jours J'uu , et il avait chez lui u»c petite perruque courte , sans jamais en aucun temps, même au lit, ses jours de médecine, paraître autrement en public. (Mémoires de Saint Simon, Tol. i3, p. i85.}
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laissait que les facullcs nécessaires pour conduire ses deux chevaux, et les fouailler rudemenl lorsqu'ils n'allaient pas à sa guise. 11 portait une perruque courte , un chapeau bordé de point d'Espagne; et son habit de chasse ou d équipage ( i ) , bleu, doublé d'écarlale, avec un galon d'or entre deux galons d'argent courant sur les tailles.
D'après les ordres du roi, mesdames de Lavallière et de Montespau occupaient le fond de sa voilure (2), et en vérité , ce fait seul suffirait à prouver que si les lâches méchancetés de Louis XIV n'étaient pas calculées , il fallait qu'il fût alors d'une rare stupidité, ou d'une inconcevable sécheresse de cœur, pour ne pas comprendre tout ce qu'un pareil rapprochement devait avoir d'odieux et de navrant pour ces deux femmes, surtout pour la malheureuse Lavallière, qui, résignée, douce, inofFensive , et sans aucune repartie, non seulement voyait son règne finir, mais était encore obhgée de supporter les hau leurs et les sar-
(1) Les seules personnes invitées par le roi à ses chasse? pouvaient porter cet habit.
(d) Voir \i note C , lin du volumv.
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casmes amers d'une rivale altière, insolente^ et douée surtout de l'esprit le plus cruellement satirique et moqueur (i).
Louis XIV avait si peu l'habitude de déguiser son irritation aux yeux de ceux qui étaient obligés d'en supporter les conséquences, qu'en montant en voiture, ses deux maîtresses s'aperçurent facilement qu'il était d'une effroyable humeur. Selon son habitude , madame de Montespan sembla ne pas s'en douter, tandis que madame de Lavallière, prévoyant que toutes les suites de la mauvaise disposition du roi retomberaient sur elle , était d'une grande tristesse ; aussi quel étrange contraste entre l'aspect de ces deux femmes !
Madame de Montespan, fort parée, épanouie, rayonnante , ses beaux cheveux blonds frisés à la hurluberlu, les joues roses et animées , le regard noir, vif et hardi, vêtue d'une
(i) Madame de Maintenon , alors madame Scarron, voulant détourner madame de Lavallière de s'ensevelir dans un cloîlre , celle-ci répondit : — Quand J'aurai de la peine aux carmélites. Je me souviendrai de tout ce que ces gens»ld m'ont fait souffrir^ en parlant du roi et de madame de Montespan. (Biographie universelle, 58o,v. 47O
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robe de tabis blou célcslo, à crevées de salin blanc qui pouvaient lutter avec U neige éblouissante de ses larges épaules; madame de Montcspan occupait fièrement la droite de la voilure , et son embonpoint, uicore augmenté par sa grossesse, ne laissât que bien peu de place à la pauvre mademtiselle de Lavallière, qui, se tenant modestenent à gauche , se serrait le plus possible conte la paroi de la voiture , pour ne pas gêne sa compagne, et échapper à ses aigres et nordanles récriminations. La maigreur decîlte malheureuse femme, que la sombre couleur de sa robe feuille-morte garnie de rubans soucis faisait ressortir davantaje, était effrayante. Enfin, sa pâleur, ses trais fatigués et flétris par les larmes soîitaips qu'elle versait en pensant aux temps qii n'étaient plus, disaient assez Torgueilleix triomphe de sa rivale et l'incroyable durée de Louis XIV à son égard.
Le lieu de l'assemblée étant assez éloigna du château, la route qui y conduisait, biei; que fort belle et sablonneuse comme touj les chemins de la forêt, se sillonnaient quelquefois de profondes ornières. La calèche,
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que le roi conduisait fort vite, très mal suspendue comme toutes les voitures d'alors, était d'une horrible dureté; aussi, recevant la seccusse d'un violent cahot, madame de Montepan s'écria : — Ah! de grâce, Sire, n'allé: pas si vite 1
Uncoup de fouet, vigoureusement appliqué 0 l'un des chevaux, fut toute la réponse du loi (i).
Badame de Montespan ne put réprimer un nouvement de douleur et de colère, son froit se plissa quelque peu... mais sentant qu' paraître affectée de cette brutalité, devait mademoiselle de Lavallière, serait y vor une intention qu'il n'était pas de son anour-propre de supposer au roi , l'impériîuse marquise reprit aussitôt son air sourîjntet radieux.
Mademoiselle de Lavallière, bonne et iBÏve, sentant tout ce que madame deMontspan avait du souffrir de ce choc, lui dit imidement enlevant sur elle ses beaux yeux )leus, encore agrandis par la maigreur de son 'jsageet par la crainte : — Puisque ces se-
(t) Voir itt note B; fiu du volume.
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cousses vous font tant de mal , madame, voulez-vous vous appuyer sur moi, je tâcherai de vous les éviter, ou de vous les rendre moins douloureuses ?
Mais Taltièrc marquise avait trop ressenti le cruel procédé du roi , pour ne pas saisir Toccasion de faire supporter à sa rivale la réaction d'une colère jusque là contrainte; aussi répondit-elle aigrement à la douce Lavallière: — Je vous rends grâce de votre appui , mademoiselle , bien qu'à cette heure il boite terriblement, dit-on!
Cette double et cruelle injure à une infirmité naturelle, et à une aftVeuse douleur de Tâme, arracha une larme silencieuse à mademoiselle de Lavallière , larme amère et brûlante qu'elle dévora, en mettant aussitôt sur son visage le masque de velours qu'elle tenait à la main.
On arrivait enfin au lieu de l'assemblée; malgré lui, Louis XIV redoutait quelque scène inattendue de la part de M. de Rohan, dont il connaissait le caractère irritable et emporté , car il n'avait reçu aucune plainte, aucune réclamation du chevalier à propos du nouvel ordre qu'il lui avait fait signifier
par Colbert, ordre aussi outrageux qu'humiliant, en cela que, sans aucune raison apparente, Louis Xiy faisait commencer la chasse et en remplir, pour ainsi dire, les fonctions les plus pénibles et les plus laborieuses par le Grand-Veneur ( i ) , un des plus grands seigneurs de France, exerçant une des plus hautes charges de la couronne, et puis, qu'à la face de toute la cour, il réservaitThonneur de l'emploi, à un gentilhomme titré, mais seulement chef d'un équipage particulier, fondé pour récompenser les services d'un valet de chambre de Louis XIIL , A ce propos, quelques réflexions sont nécessaires. Généralement on rit fort dédaigneusement de la grave importance attachée à des riens par l'étiquette ou les gens de cour. Ce superbe mépris est véritablement déraisonnable , parce que , pour connaître sainement des choses , il faut se mettre au point de vue des gens desquels on sc
(i) On conçoit (\\\g dans de pareilles questions, l'esprit de corps fait que les subordonnés, même les plus inférieurs, s'absorbent entièrement dans la personne du chef suprême qui les représeute. Enfin , ce qui va se passer était l'expression la plus ample et la plus absolue de ces mots. — Aiitr sur Us brisées de quelqu'un.
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pose le juge. Or, ces riens dont on parle, sont toujours un symbole d'autorité, de privilège ou de préséance : partant, résument et représentent ce qu'il y a de plus YÎvace et de plus irritable dans le cœur de tous les hommes , V orgueil et Végoïsme, Or, lorsqu'il s'agit de ces sentiments et de leur implacable réaction, on doit plutôt trembler, si Ton songe aux suites effrayantes que peuvent avoir cet orgueil et cet égoïsme, une fois blessés ou exaltés outre mesure; encore une fois c'est le point de vue moral, humain , qu'il faut admettre avant tout.
Ainsi, dans la scène suivante, sait-on bien ce qui va presque décider de l'avenir de M. de Rohan? ce qui, pendant quelques minutes, va épouvanter la cour de France, et tenir Louis XIV... Louis XIY, le roi despote et absolu dans une cruelle perplexité? Sait-on ce qui peut commencer enfin une lutte violente entre le roi et son sujet révolté ?... le sait-on?... c'est l'acceptation ou le refus de la part du roi , d'une misérable baguette de coudrier ( i ).
(i) Par un singulier usage, la poignée de celte bagaetle était dépouillée de son écorce dès que les cerfs avaicut
En un mot, dès que la cour arrivait au lieu de l'assemblée , le Grand- Veneur s'approchait du roi 5 et selon le privilège de sa charge, au moment du Laisser-courre ^ lui remettait une baguette de coudrier, de deux pieds de long, destinée à écarter les branches d'arbres pendant la chasse. Cette ba« guette s'appelait l'estortuaire. De même aussi, lors de la mort du cerf, le devoir du Grand-Veneur était d'en offrir le pied au roi.
Sans doute, rien de plus puéril dès l'abord, que l'offre de cette baguette et de ce pied , et pourtant, selon les règles du cérémonial de la vénerie , le droit de remettre directement au prince ces espèces de symbole des deux actes qui ouvrent et terminent une chasse ( le laisser-courre et la mort) , était une marque de suprématie d'emploi, aussi significative pour le Grand-Veneur, que le peut-être une épaulette pour un militaire, ou le droit de se couvrir pour un président de Cour suprême.
Ainsi, dans l'hypothèse où M. de Rohan
tcuclié au bois; on la présentait ainsi au roi jusqu'à la fin de mars, et, depuis le mois de mars jusqu'à la fin d'août , on la laissait entièrement couverte de son écorce.
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verrait le roi , à la face de loulc la cour , refusant rEstortiialre qu'il lui présenterait, en accepter un des mains d'un ofRcier subalterne, le Grand-Veneur ne devait-il pas se trouver mortellement insulté? Et sans comparer ici la position des offensés, mais seulement l'offense en elle-même, M. de Rohan, traité de la sorte, n'élait-il pas dans la position du général d'armée qui, ayant tout disposé pour l'attaque, s'approcherait du roi pour lui demander ses derniers ordres, et verrait le prince, sans lui répondre, ordonner à un officier inférieur de prendre le commandement des troupes?
Enfin, la calèche du roi tournant à gauche de la route de Thomery, prit un des chemins qui aboutissaient au carrefour de la Yente au diable.
En voyant de loin la foule qui encombrait le carrefour, la figure du roi se rembrunit encore, car il pressentait avec une anxiété colère, quelque scène imprévue; un des traits prononcés du caractère de ce prince, tout d'emprunt et d'apparat, étant, ainsi qu'il le disait lui-même, d'abhorrer d'en- I- 1-
tendre ce à quoi il n était pas préparé de répondre.
Lorsque la calèche fut à vingt pas du carrefour, Louis XIV frémit... car il aperçut, au contraire de ses ordres , tous les équipages de sa vénerie en grand habit de gala , occupant un des côtés de ce large rond-point; un moment il diminua l'allure de ses chevaux, comme s'il eût pensé à éviter l'entrevue qu'il redoutait... mais paraissant bientôt prendre une détermination plus entière, il fouetta son attelage d'un air résolu, arriva rapidement au milieu du carrefour , et rangea sa voiture au pied du poteau.
Pour les spectateurs, l'apparition de Louis XIV fut loin d'être triomphante et pompeuse; ce roi, pourpre de colère, peu soigné, aux yeux alourdis par une laborieuse digestion, entrant au trot de deux petits chevaux qu'il menait lui-même, et traînant dans sa calèche ses deux maîtresses, dont l'une était maigre, pâle et boiteuse , tandis que l'autre était grosse et d'un extrême embonpoint; ce grand roi, vu de
L*ESTORTUAIRB. sSq
la sorte, en pareil équipage, sentait alors, il faut le dire, fort peu son demi-dieu^ et offrait de plus un étrange contraste avec l'attitude et la magnificence de M. de Rohan... comme si un hasard fatal avait voulu pousser à Textrême ce parallèle si outrageant pour l'orgueil du roi, et d'un triomphe si funeste pour le Grand- Veneur.
On conçoit quelle dut être l'émotion profonde et l'effrayant silence qui régna tout-àcoup dans la foule des courtisans , instruits des ordres donnés par le roi pour substituer le service de M. de Yillarceaux à celui de M. de Rohan, lorsqu'on vit s'approcher enfin le dénouement de cette scène extraordinaire.
Au pied du poteau était donc Louis XIV en calèche, et derrière lui les gens de sa cour. A gauche, dans le carrefour, M. de Villarcéaux-Mornay , à la léte des chiens du cabinet, et à droite M. de Rohan, à cheval , à la tète de l'immense personnel de la vénerie, en équipage d'apparat.
Le carrefour étant fort large, il restait une belle pelouse verte inondée de soleil ,