‹ Latréaumont (volume 4)Chapitre 33 sur 42 · LE FIEF DES PRÉAUX · texte numérisé non relu

LE FIEF DES PRÉAUX

air de reproche ; — mieux vaudrait pour elle d'èlre ahurie du Gobclin (i j.

— Allons, va... va... — reprit le vieillard en souriant avec bonté; — ce n'est que pour aller au château d'Eudrcville... Ainsi, elle n'en mourra pas.

— Nous allons à Eudreville ce soir, moa père ? — dit tout-à-coup une voix sonore et douce, avec une délicieuse expression de surprise ei de bonheur.

M. de Saint-Marc se retournant brusquement vers son fils aîné, car c'était lui , répondit : — Sans doute; et qu'y a-t-il donc là d'élonnant, s'il vous plaît, monsieur l'invisible , qui êtes sur mes épaules avant que je Yous aperçoive seulement?

— 11 n'y a rien d'étonnant sans doute, mon père, — dit le chevalier des Préaux en baisant respectueusement la main du vieux gentilhomme; car la noblesse de province exigeait encore à cette époque une profonde soumission de la part de ses enfants , ne les tutoyait jamais , et ne les embrassait même que dans les occasions solennelles. — 11 n'y

(i) Démon familier qui venait, dit on , tourmenter les animaux domestiques pendant la nuit, sorte de trilby.

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a rien d'étonnant, sans doute, — répéta donc le chevalier des Préaux; — mais comme vous aviez dit hier à M. le marquis de Vilars que vous ne le reverriez que demain , je n'espérais pas...

— Eh bienl chevalier, j'ai changé d'avis; et s'il vous semble fâcheux de m'accompagner à Eudreville , restez ici à faire un cent de piquet avec M. le curé.

— Ah ! mon père, — s'écria le pauvre jeune homme, — que me proposez-vous là? Je serai au contraire ravi de vous accompagner !

— Alors, avant de m'accompagner à Eudreville, suivez-moi d'ahord à table , car j'ai une faim de tous les diables! — Mais se rappelant que Jeanne cumulait avec ses autres fonctions, celle de maître d'hôtel, en posant sur la table les mets préj^arés par une vieille cuisinière sourde, autrefois nourrice de Latréaumont, M. de Saint-Marc ajouta : — Mais non, il faut attendre jusqu'à ce que Jeanne en ait fini avec la Bergère... Venez donc faire un tour de parterre pour Datienter , chevalier.

Or, ce que l'audacieux gentilhomme appelait glorieusement sou parlçrrc^ était une

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étroite plate-bande de rosiers noueux et de poiriers nains , entourée de pieds d'alouette et de maigres giroflées , le tout placé sur la lisière du grand bois de chêne qui s'étendait derrière la maison ; toujours estil que ce fut autour de ce prétendu parterre que le père et le fds se promenèrent en attendant l'heure du repas.

Guillaume^ Auguste Duchesne de Saint- Marc^ chei'alier des Primai x (car, selon son droit d'aînesse, il prenait le nom du fief), avait dix-neuf ans à peine ; sa mère , sœur de Latréaumont, était morte en 1661, et depuis l'âge de quatorze ans , à de rares interruptions près , le chevalier naviguait comme novice profès de l'ordre de Malte , ayant témoigné à son père un vif désir de servir dans la marine.

Par un hasard favorable à cette vocation , le cousia germain de M. de Saint- Marc ^ AL de Téméricourt) chevalier de Saint-Jean de Jérusalem (i), de la vénérable Langue de

(l) Les chevaliers tic cet ordic s'oppclèiont , à sa fondalion, chevaliers hospilalicrs de Saint-Jean de Jérusalem « depuis chevaliers de Rhodes, et enfin chevaliers do Malte ; ou divisait Tordre eu calcgorics itationales, ou Langues de

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France et du grand Prieuré d'Aquitaine , commandait une des galères de la religion.

Homme triste, sombre, inflexible, mais d'une piété fervente , d'un rare courage et d'une exaltation tout ascétique, ce soldat anachorète, avide de reforme, s'était, contre les habitudes d'alors, résolument voué à la sérieuse et rude observance des austères statuts de son ordre à la fois militaire et hospitalier; aussi le monastère le mieux ordonné n'eût pas été plus inexorablement discipliné ni soumis que l'était sa vaillante et religieuse galère, sorte de couvent nomade et militaire , monté de moines guerriers qui, en mer, laissaient le rosaire pour le glaive, et à terre versaient l'huile et le baume sur la plaie de leurs frères malades.

Aussi les sentiments purs , honorables et pieux auxquels des Préaux avait été façonné par sa mère et M. de Saint-Marc, au lieu de s'altérer dans la licence habituelle de l'état militaire, s'étaient encore affermis

Provence, de France, d'Allemagne ^ elc, et chaque langue se subdivisait en prieurés : la Langue de France, en prieuré» et Champagne f d'Aquitaine, etc.

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