CHAPITRE DOUZIEME
Sire, il est quelque chose dans l'àme d'une femme qui sélèvc au-dessus de toutes les apparences de toutes les calomnies,.. C'est la pudeur des femmes !
Schiller. — Don Carlos, acte 5, se, 2.
illaiame la marquiec ^^ Oilars.
Louise- Anne d<} Sarrau (alors marquise de ViLARs) était fille du fameux Claude de Sarrau, si répandu parmi les érudils du xvii*' siècle sous le nom latinisé de Sarrovius, selon l'habitude, presque générale, des lettrés de ces temps-là . qui poussaient leur admiralion pour une des plus belles langues
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de l'antiquité jusqu'à faire ce singulier abus de sa forme.
Né en Guyenne, vers la fin de 1698, d'une ancienne et noble famille protestante de ce pays, bien connue par son zèle ardent à toujours soutenir et professer les principes de la religion réformée, M. de Sarrau, après de longues et solides études, s'occupa assidûment de philosophie, d'histoire, de législation, de jurisprudence, et compléta ces connaissances, si étendues et si variées, par une pratique approfondie des langues et des littératures contemporaines ; aussi entretint-il bientôt une* féconde et nombreuse correspondance avec tous les savants distingués d'Allemagne, de France, d'Italie et des Pays-Bas, au nombre desquels on cite surtout Freinsheim , Casaubon , Erasme , Heinsius, Scaliger, Saumaise, Balzac (1),
(1) On cite à ce propos la lellrc suivante de Balzac , qui (Jonne d'asse» nombreux détails sur le savoir et le beat» caractère de M. de Sarrau, et qui montre ensuite la manière pure et élégante, bien qu'un peu précieuse , des leltres de Balzac.
s Voslre modestie m'est injurieuse, monsieur, et en vous humilianl vous me malli ailcz. C est me traiter un peu trop en
MADaML la MARgLISL DE VIL MIS. l^jS
Saiiiut'l Petit, le cardinal Beinba > Vossius, et enfin M. de Groot (Grootius). pour lequel M. de Sarrau écrivit la préface du livre intitulé Epislolœ ad G allas.
Grand homme de bien , laborieux , appliqué, M. de Sarrau, pourvu, jeune encore, d'une charge de conseiller au Parlement de Piouen, en exerça les sérieuses fonctions avec cette sorte de gravité puritaine intègre et sévère, qui distinguait alors
provincial que de chercher avec lant de raisonnement cl laul de curiosité les causes de nostrc nouvelle connaissance. (Juoique je sois du village, je ne suis pas ei mal informé, que je ne sache quelque chose de temps en l»;mpâ. et que je n'aje quelque communication avec le monde ; pour le moins je puis eslre instruit par la renommée. Elle vole (juciquefois jusqu'à nous : elle apporte jusqu'ici le nom dos br.jves , des sages et des sçavants que lemondees'.imc. Vous estes, monsieur, un de ces illu.stres que je couuois sur le rapport de la. voix publique, et par un lesmoignngc qui ne fliilte point; et quand même monsieur de Maria ne vous serait rien , et que vous ne seriez pas le g*and confident du grand M. deSaumaisc, vous avez des parties essenliellcmcnl vostrcs par lesquelles vous méritez bien d cire regarde. Vostrc vertu toute pure et toute séparée de Tautruy scia toujours nu liés digue objet de ma passion et do mes ros pects; vous seul me pouvez fournir de quoy louer plus il ui: sénateur et faire plus d nu éloge. Et vous trouvez encore cslrange que je face cas »Ic vous? Estrc prclre de la sévère
3^\ LATKÉAUMOiNT.
les mœurs de tous les membres influents de la religion réformée.
Appelé à la Cour de Paris en 1689, il fut, peu de temps après, au nombre des magistrats envoyés à Rouen , afin d'y remplir Vinterim causé par l'exil du Parlement de Normandie, cette compagnie ayant été cassée pour avoir opiniâtrement refusé Tenregistrement de plusieurs édits. M. de Sarrau
Thémis, cl ne laisser pas de sacrifier aux Grâces qui sont des déesses moins austères; recevoir d'égales bénédidions du peuple catholique et de la nation luiguenole ; n'estre pas moins Grec ni moins Romain que François, et pouvoir opiner dans i'aréopaga et parmi les pères conscripts avec la même facilité qu'en la chambre de Tédist, tout cela est peu de choses dans la barbarie des derniers siècles? Ne sont-ce pas des qnalitez qui m'ont dû obliger à rechercher vostre amitié , et à vous faire un petit présent pour m'inlroduire dans la possession d'un très grand bien? 11 n'est pas nécessaire (jue je ""/ous parle de mon présent en termes désavantageux ; je ne veux point, en vous détrompant, me priver du fruit que je recueille de vostre erreur. Je vous diray seulement sur le sujet de l'amitié que j'ai recherchée, qu'elle est il y a long-temps l'objet de mes souhaits, et que je ne serai point possesseur injuste, si , pour cela, il suflit délie , comme je le suis de toute uion âme, etc., etc.
» Voire serviteur ,