‹ Latréaumont (volume 4)Chapitre 41 sur 42 · NOTIS · texte numérisé non relu

NOTIS

les pouvoir rompre. Il différa seulcmenl à deux reprises celui du lendemain de la Quasimodo, et n'y alla qu(; le mercredi de la semaine suivante;, malgré tout ce qu'on put dire et faire pour l'en emi)écber ou obtenir que la princesse demeurât à Versailles.

« Le samedi suivant , le roi se promenant après sa messe, et s'amusant au bassin des carpes entre le château et la perspective, nous vîmes venir à pied la duchesse de Lude toute seule sans qu'il y eût aucune dame avec le roi , ce qui arrivait rarement le matin. Il comprit qu'elle avait quelque chose de pressé à lui dire; il fut au-devant d'elle, et quand il en fut à peu de distance, on s'arrêta, et on le laissa seul la joindre. Le tète-à-lêle ne fut pas long. Elle s'en relourna, et le roi revint vers nous, et jusque près des carpes, s'en mot dire. Chacun vit bien de quoi il était question, et personne ne se pressait de parler. A la fin, le roi arrivant tout auprès du bassin regarda ce qui était là de plus principal , et sans adresser la parole à personne dit d'un air de dépit ces seules paroles : « La duchesse de Bourgogne est blessée! » Voilà M. de Larochefoucauld à s'exclamer , M. de Bouillon , le duc de Tresmes, et le maréchal de Boufflers à répéter à basse note-, puis, M. de Larochefoucauld à se récrier plus fort que c'était le plus grand malheur du monde ; et que s'étant déjà blessée d'autres fois, elle n'en aurait peut-être plus... « Eh! quand cela serait , inlerrompit le roi tout d'un coup avec colère, qui jusque là n'avait dit mot, qu'est-ce que cela me ferait ? Est-ce qu'elle n'a pas déjà un fils ? Et quand il mourrait, est ce que le duc deBerry n'est pas en âge de se marier et d*en avoir f Et que m'importe qui me succède destins ou des autres ? Ne sont -ce pas également mes petits- /ils ! » Et tout de suite

avec impétuosité :« dieu merci, elle est blessée, puis qu'elle avait a l'être, et je ne serai plus contrarié DANS mes voyages ET DANS TOUT CE QUE J'aI envie DE FAIRE PAR LES REPRÉSENTATIONS DES MÉDECINS ET LES RAISONNEMENTS DES MATRONES; j'iRAI ET REVIEN- DRAI A MA FANTAISIE , ET ON ME LAISSERA EN REPOS. »

« Un silence à entendre une fourmi marcher succéda à cette espèce de sortie. On baissait les yeux ; à peine osait-on respirer ; chacun demeura stupéfait , jusqu'aux gens des bâtiments et aux jardiniers demeurant immobiles. Ce silence dura plus d'un quart d'heure. « (Mémoires de Saint-Simon, vol. vi, p. 145.)

Note B.

Cette autre note (B) a rapport à la façon non moins cruelle dont Louis XIV traitait madame de Maintenon.

«... Madame de Maintenon, qui craignait fort l'air et bien d'autres incommodités , ne put gagner là-dessus aucun privilège. Tout ce qu'elle obtint, sous prétexte de modestie et d'autres raisons, fut de voyager à part de la manière que je l'ai rapporté; m.ais en quelque état qu'elle fût, il fallait marcher et suivre à point nommé, et se trouver arrivée et rangée avant que le roi entrât chez elle. Elle fit bien des voyages à Marly dans un état à ne pas faire marcher une servante. Elle <în fit un à Fontainebleau , qu'on ne savait pas véritablement si elle ne mourrait point en chemin. En quelque état qu'elle fût, le roi allait chez elle à son heure ordinaire , et y faisait ce qu'il avait projeté. Tout au plus elle était dans son lit , plusieurs fois y suant ta fièvre à (jrosses gouttes. Le roi qui, comme on Va dit , aimait l'air, et qui craignait le chaud dans les chambres, s'é-

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tonnait en arrivant de trouver tout fermé, et faisait ouvrir les fenêtres et n*en rabattait rien, quoiqu'il la vit dans cet état, et ju.^qti'à dix heures qu'il s'en allait souper , sans considération pour la fraîcheur de la nuit. S'il devait y avoir musique, la fièvre , le mal do lète n'empêchait rien , et cent bougies dans les yeux. Ainsi le roi allait toujours son train , sans lui demander jamais si elle n'en était point incommodée. '(Mémoires de Saint-Simon, vol. xiii, p. Hl )

Note C.

Cette note (C) est relative à la méchanceté et à Teffronterie cynique avec laquelle Louis XIV, non seulement renfermait ses deux maîtresses dans le même carrosse, mais encore obligeait la timide et malheureuse reine sa femme à subir ces deux maîtresses dans sa propre voiture.

« . . .Madame de Monlespan fut celle dont la rare beauté le toucha ensuite, même pendant le règne de madame do Lavallière. Elle s'en aperçut bientôt; elle pressa vainement son mari de l'emmener en Guyenne; une folle confiance ne voulut pas l'écouler. Elle lui parlait alors de bonne foi; et la fin le roi en fut écouté, et l'enleva à son mari avec cet épouvantable fracas qui retentit avec horreur chez toutes les nations, et qui donna au monde le spectacle nouveau de deux maitresses à la fois. Il les promena aux frontières, aux camps, des moments aux crmées, toutes niax u.ws le <:auuosse de la reine. Les peuples, accourant de toutes parts, se montraient les trois reines, et se demandaient avec simplicité les uns aux autres s'ils les avaient vues. Et la fin , madame de Monlespan trionj-

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pha, et disposa seule du maître et de sa cour avec un éclat qui n'eut plus de voile ; et pour qu'il ne manquât rien à la licence publique de cette vie, M. de Montespan, pour en avoir voulu prendre, fut mis à la Bastille (I) , puis relégué en Guyenne ; et sa femme eut de la comtesse de Soissons, forcéefpar sa disgrâce, la démission de la charge , créée pour elle , de surintendante de la maison de la reine, à laquelle on supposa le tabouret attaché, parce qu'ayant un mari elle ne pouvait être faite duchesse.» (Mémoires de Saint- Simon, p. 92, vol. XIV.)

Cet autre extrait donne d'autres détails généraux , mais non moins intéressants.

« Ce n'est pas que cet artifice , ni même la réalité la plus effective , eût aucun pouvoir d'ailleurs de contraindre le roi en quoi que ce pût être. C'était un homme uniquement personnel , et qui ne comptait tous les autres , quels qu'ils fussent, que par rapport à soi. Dans les temps les plus vifs de sa vie pour ses maîtresses, leurs incommodités les plus opposées aux voyages et au grand habit de cour, car les dames les plus privilégiées ne paraissaient jamais autrement dans les carrosses ni en aucun lieu de cour, avant que Marly eût adouci cette étiquette, rien, dis je, ne les en pouvait dispenser; grosses , malades , moins de six semaines, dans d'autres temps fâcheux ; il fallait être en grand habit , parées et serrées dans leurs corps ^ aller en Flandre, et plus loin encore; danser, veiller, être des fêtes, manger, être gaies et de bonne compa-

(r) Voir la lettre citée pajje î44 de ce volume.

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