CHAPITRE XXIX
C'mrutiou
Laissez passer la justice ilu Fioy
Un Icmoin oculaire de cette scène sanglante en donne, dans une lettre e'critc d\nîc des fenêtres de la place de la Bastille, la relation suivante (1).
On n''a rien voulu y changer , parce cju''clle est d'une extrême naïveté, et que pour les faits généraux clic est absolument
(!) Note (le Clcrnnibaiil. Maiiusciil. BIM. roy.
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conforme à la dépêche de M. do Lu lleynie, que Ton cite plus bas , sauf quelques détails, confirmés d''ailleurs, mais dans le rapport du procureur-général,
» Des gardes françaises s''étaient saisis, dès sept heures du matin, de toutes les avenues où les chaînes furent tendues; les mousquetaires blancs et noirs les soutenaient par brigades, savoir : à la porte Saint-Antoine , à l'entrée de la rue des Tournelles, vis-à-vis de Phôtel du Maine , et vers la rue qui va à la place Royale. La place qui est devant la porte de la Bastille était entourée lie deux rangs de gardes françaises , et, derrière , un rang de mousquetaires , M. le duc de La Feuillade et le chevalier de Forbin leur donnant les ordres. Dans le milieu de cette place , ou il n''y avait personne , le peuple étant serré contre les murailles , il y avait une potence et trois échafauds ; celui qui était le plus près lies Saints-Martyrs pour M. de Rohan , un vis-à-vis la j)orlc de la lîaslillc pour Des Préaux , cl Paulrc vis-à-vis le premier
l''i:xécution. '249
pour la dame de Vilars , faisant loiis trois un triangle, et presqu\'\u milieu, la potence pour le maître d' école Van-den- Enden.
» A deux heures et demie ; M. de Rohan sortit de la Bastille à pied, ayant demandé, et Des Prëaux aussi , de n'être pas dans la charrette qui les suivait, avec les deux autres, la femme et le maitre d''ecole. M. de Kohan parut sans chapeau , les mains liées, tenant un crucifix, le P. Talon à sa droite, le P. Bourdalouea sa gauche. Il n'eut jamais si bonne mine, quoique Tair un peu ahattu. Il se tourna, et jetant par deux fois les yeux de tous côtés, il aperçut près de lui le sieur de Saindoux et quelques autres officiers qu'il salua , puis avança, et s'arrêta pendant que la charrette approcha et qu'elle s'arrêta entre lui et Des Préaux. Le bourreau monta dessus pour entendre la sentence que le grefHer lui lut. Pendant ce temps-la les PP. Jésuites embrassant tour-a-tour M. de Rohan , l'exortaient de leur mieux ; la sentence lue , ils revinrent auprès de sou
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écliafaud. Les valets du bourreau lui voulurent aider à monter, mais il se tourna et leur dit : Laissez-moi , je monterai bien. En effet, malgré ses mains liées, il ne laissa pas de s''en aider , et monta sur son ëchafaud, où il se mit à genoux, les pères à côté de lui, qui lui parlaient toujours; ensuite il baisa le crucifix. Le bourreau s'^approcha et lui baissa son collet. A cette action il parut un peu étonné , car il avait fait revue de tout ce terrible appareil ; cependant il soutint tout avec fermeté et résignation, et Ton peut dire qu''il est mort sans faiblesse, sans ostentation, et en vrai chrétien. On lui coupa les cheveux , et on lui découvrit un peu les épaules , on lui banda les yeux et on chanta le salut. Pendant tout cela, le P. Talon le cacha de son manteau, autant pour lui épargner de la confusion que du froid. Ses yeux bandés, il se recommanda a Dieu ; le P. Bourdaloue descendit, le P. Talon sVcarta un peu , et Pexécuteur s*'approchant de lui, lui coupa la tète tout d\m coup ; elle roula jusqu'au bord de Téchafaud , et le