‹ LatréaumontChapitre 7 sur 26 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Ctt îDflation.

Le cabinet du roi, à Versailles, le mardi 1 1 septembre 1674,' — il est onze heures du matin, — Louis XIV, vêtu de velours noir, avec*dc simples boutons d''orfevreric , por-

tant le coi'don bleu sur sa veste de satin ecarlate , richement brodée d''or , se promène avec agitation , et repousse brusquement les caresses liabituellcs de trois petites chiennes couchantes espagnoles, au pelagç blanc et orange. — Le roi tient à la main une lettre ouverte; il la relit à plusieurs reprises , pâlit et rougit tour a tour, ses traits bouleverses annoncent la colère, la haine , la crainte , et ça et la , comme un éclair qui perce une sombre nuée d*'orage, la rayonnante expression d'une vengeance satisfaite, se peint sur son visage courroucé. La lettre que lit le roi est de M. de Nazelles : dans cette longue délation (1) ce dernier donne les détails les plus circonstanciés sur le complot, sa marche et ses adhérences depuis six mois; il signale M. le chevalier deRohan comme chef de la conspiration, et Latréaumont, Yan-den-Enden, Des Préaux, madame de Yilars et mademoiselle d''0*** comme ses complices. On dira plus lard

(i) Voir le journal des procès.

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quelle fut la raison qui porta Nazelles à cette délation.

Aussitôt après la réception de celte lettre , le roi avait envoyé un garde-du-corps chercher en grande liàte M. de Louvois à Chaville, où il se trouvait; ce ministre était aussitôt arrivé à Versailles, et venait de sortir du cabinet du roi pour ordonner Parrestation immédiate du chevalier; car ce dernier, depuis quelque temps, afin sans doute d''éloigner tout soupçon , venait souvent h la cour faire sa révérence au roi, qui lui tournait le dos comme d''habitude. Or, ce jour-là même, M. de Rohan s"'était rendu à Versailles pour assister en bayeur a la réception du nouveau nonce du pape, et à l''audience de congé du prince Zaluski , envoyé extraordinaire de Pologne, ces cérémonies étant d''habitude assez fastueuses , et le chevalier attendait le roi dans la chapelle avec le gros des courtisans.

— Ah! M. de Rohan! M. de Rohan! — disait Louis XIV avec une joie colère et concentrée, — quand il y a cinq ans , j'enten-

dis ces impertinentes filles {{''honneur raconter vos prouesses, et que le jour même vous me donnâtes lieu de vous chasser de mon service, je ne m''attendais certes pas à vous

voir un jour tomber si bas; enfiji ,

cette fois, Dieu merci, son crime est assez avère, j'espère ! et je n'en suis pas réduit a des conjectures! \h! madame de Mon-

tespan ! nous verrons votre contenance

en apprenant le sort de cet impertinent muguet!

A ce moment un homme magnifiquement vêtu, gros et court, aux larges épaules, au teint apoplectique, portant une longue perruque noire qui ombrageait ses traits prononcés, durs et impétueux, entra dans le cabinet du roi,

— Eh bien, Louvois?

— Il est arrêté, sire.

— .QuVt-ildit?

— Rien, sire, qu'il ne savait pourquoi on l'arrêtait, mais qu'il se soumettait à la volonté de Votre Majesté.

— Rien de plus ?

1 1 0 LATRÉAUMOXT.

— Et aussi qyx'û n''avait ni bu ni manoé, et qu''il mourait de faim (1); Brissac Ta conduit dans sa chambre, où il lui a fait servir à diner; et cependant le lieutenant Lasserre le garde à vue jusf|u''à ce qu\m carrosse de voire majesté soit arrivé, afin de le conduire a la Bastille.

— L''infàme hypocrite! — s'écria le roi avec indignation, — il pense à manger dans un pareil moment... au lieu de songera son

âme f|uclle audacieuse assurance !.... il

demande pourquoi on l'arrête! soulever

la Normandie marcher sur Versailles...

m'enlever peut-être! crime de lèse-majesté !.. Mais, Louvois, toutes les précautions sont-elles bien prises ? n'y a-t-il rien à craindre ?... cju'*on fasse tenir ma maison militaire prête a monter à cheval.... faites revenir des troupes des frontières... Le misérable. Ah! cette fois du moins son crime est bien et dûment avéré.... et ce soulèvement! ce soulèvement !

(1) Note de Cléramb.int.

LA DÉLATION. 1 l l

Une chimère, sire; heureusement une

imagination de fou... et rien de plus. Je sors de chez M. Colbert, qui va se rendre auprès de Votre Majesté tout-a-l'heure; j'y ai rapidement parcouru les ïellres de M. Pellot; elles sont d'hier, et annoncent que rien n'a bougé en Normandie; tout y est cahîie et tranquille. Ainsi que j'ai eu Thonneur de le dire à Votre 3Iajcstc, depuis Tavis reçu au mois d'avril, qu'on avait fait des propositions a Monlerey, M. Colbert et moi, avions déjà donné nos ordres en conséquence pour la tranqviillité de la province. Je viens aussi de parcourir la correspondance de M. de Saint-Aignan, de Roquelaure et de Beuvron, rien non plus n'a bougé à Dieppe ni au Havre ; il y a seulement à Rouen quelques retards dans le paiement du Tiers et Danger^ mais rien au monde de grave ni d'alarmant; vous pouvez m'en croire, sire, je vais d'ailleurs ordonner à Chamlay, si Votre Majesté le trouve bon, de se rendre en chaise de poste à Rouen; c'est un homme énergique, il prendra le commandement des

troupes.... et agira se'vèrement s'il le faut; mais, encore une fois, ce complot est une visée slupide qui, heureusement, vous donne, sire, le moyen de faire un grand et terrible exemple.

— Mais je n'en reviens pas, — re'péta le roi en lisant la lettre de Nazelles; — vit-on jamais pareille audace ?.... Et cjui auraitcru cela de ce Rohan ? Mais qu'est-ce que ces autres gens-là, — ajouta Louis XIV, en reprenant la lettre, — La.... Lalrëaumont?

— Celui-là, sire, est un effronté partisan que je n'ai vu qu'une fois, lorsqu'il eut l'impudence d'oser venir me demander un régiment; sans la pressante intervention de M. de Brissac, je le faisais pourrir à la Bastille: ce Latréaumonl est un grand matamore, résolu, opiniâtre, homme de sac et de corde. Joignez à cela, sire, un courage de lion , ayant tantôt frondé, tantôt servi M. le cardinal, homme bon et prêt à tout enfin, et des plus dangereux.

— Et comment Brissac s'était-il pu intéresser à un pareil misérable?

— > Je crois, sire, qu'ils avaienl autrefois fait la guerre des Pays-Bas.

— Mais il faut f[u'on aiTêle cet hommelà à Finslant même.... Dépêchez vile Brissac l\ Rouen, oii il est à cette heure, dit la lettre, (]u''il prenne avec lui quatre ou cinq de mes gardes, bien détermines, et qu^on saisisse ce monstre-ra mort ou vif.... écrivez Tordre, je le signerai, et que Brissac parle sur riieurepour la Normandie Ix franc clrier

Louvois écrivit Tordre du roi à 3J. de Brissac, pendant que Louis XIV^ relisait encore la lettre de Nazelles.

— Qu'est-ce que c\'st que ce nom sauvage, demanda le roi, Van-den-En

— Van-den-Enden^ sire; j^-ii pris des informations, Louvigny Ta connu en Hollande; cVst un de ces dangereux rêveurs réj)u}jlicains, ennemis mortels de toute mon irchie, chassé d''Àmsterdam il y a deux ans pour ses opinions populacières, qui semblaient même exagérées dans ces quarticrs-ra, pourtant si démocratiques; il «""est réfugié ici, ou il tenait une école de langues ancicinics près Pi-

114, LATRÉAUMOINT.

(|uepace; Votre Majesté ne lui permit, dans les temps, de s'établir en France que parce qu"'il se disait proscrit par le prince d''Orange.

— L''infàme! c''est ainsi qu''il abuse de

rhospitalité qu'il trouve dans mon royaume., et ou est-il ?

— On l'attend d\ni jour a Pautrc de Bruxelles, où il s'est rendu pour conférer sans doute de nouveau avec M. de 31ontercy. Desgrez (1) a Tordre de l'arrêter à son arrivée, et la femme de Desgrez est même aussi déguisée pour éviter tout soupçon et suivre ce docteur ù sa descente du coche.

— Ces misérables Hollandais ne se contenteront donc pas d'être républicains dans leurs marécages! sans venir encore infecter mes peuples de leurs détestables doctrines! mais je veux cjuVa me fasse prompte justice de celui-ci. Qu''on ne lui ménage ni les rigueurs du cachot ni de la torture.... qu''on la lui donne vraiment extraordinaire^ et puis après une bonne potence (2), car une

(1) exempt de police fort reiloiilé clans ce temps-là.

(2) Voir plus bas les pièces, et la part ilirccte que prit Louis X\y :\ loi. le celle affaiic.

pareille espèce ne doit pas même avoir la tète tranchée comme un gentilhomme.

— Je crois en effet, sire, que cette dernière distinction entre des coupables de haute qualité et cet obscur misérable docteur politique, sera d^m merveilleux effet.

— Et quels sont les autres ? quVst-ce que cette Yilars, que je vois sur la liste? elle n'est de rien à Orondate (1), j''espère?

— Non, sire, le nom de cette femme sVcrit seulement par une Z, elle est fille du fameux Claude de Sarrau, fort huguenot et fort parlementaire; car partout où se lève la révolte on est bien sûr de trouver un protestant....

— Vous avez raison, Louvois, il y a toujours dans cesrëforme's un vieux et aigre levain de rébellion. Ah ! il faudra bien pourtant un jour ou Pautre en finir avec eux ! Et comment cette Vilars s''cst-elle fourre'e-là ?

— Par amour, m''a dit ce Nazelles, que je viens d''interroger encore; elle devait épou-

(J) Siuiioiii donné à M. le maréchal de Vilnis lians sa jeunesse.

I 16 LATRÉAITMONT.

ser ce Des Prëaux, autre conjuré, et elle a voulu en tout partager son sort.

— Et tout cela! pour gruger, comme ce drôle, quelques-unes des pistoles de Montcrey, ou plutôt de cet exécrable Guillaume d''Orange, qui est l'àme de tous les soulèvements, de toutes les résistances qu''on ose m''opposer!

— Sire, cette marquise de Vilars est fort liclie: elle a, dit-on, près de quarante mille livres de renies en terres.

— Mais alors, pourquoi s''est-elle entêtée de ce complot?

— Pour ne pas séparer son sort de celui qu''elle aimait, une pure Bergerade, comme le voit Votre Majesté.

— Une bergerade, peste! une bergerade! Mais savez-vous qu'ail faut bien aimer quelquVin pour riscpier ainsi sa vie! — dit Louis XIY avec une sorle de jalousie involontaire, en comparant sans doute lesamours intéressés (pi'il inspirait, a une affection aussi sublime et aussi dévouée; puis, il ajouta d"'un ton presque irrité : — Et ce misérable

LA DÊLATlOiX. ^ 17

Des Prcaux a sans doute, plus que pas un , poussé a cette révolte?

Oui, sire; mais le plus opiniâtre, le plus dangereux, le plus indomptable de fous est ce Latréaumont, c'est véritablement rhommc d'action du complot, d'après ce que m'a dit Nazelles.

— Aussi faut-il, et sur Pheure, se saisir de ce Latréaumont; un pareil criminel est une véritable calamité publique.

— . Oui, sire; et M. de Brissac va partir aussitôt que vous lui aurez donné vos ordres.

— Quant a mademoiselle d''0*** , — ajouta Louis XIV , — rien ne m'étonne de sa pari, car on sait combien elle s'était publiquement, et sans vergogne ni retenue aucune, affolée de cet autre traître, (juc je tiens enfin a ma merci !

Selon Nazelles, sire, mademoiselle

d'O*** n'est seulement coupable que de n'avoir pas révélé le complot.

Oh 1 quant u elle, toute la cour de mon

frère va me supplier de lui faire grâce; les siens sont des familiers de Monsieur.

— Votre Majesté n''aura pas que cette supplication à endurer à propos de ce procès-là, — dit Louvois.

— Que voulez-vous dire ?

— Sire, M. Colhert....

— Eli bien ?

— M. Colbert, sire, comme allié de M. de Rohan, et s''appuyant sur Pautorité que lui donnent auprès de Votre Majesté ses longs et utiles services, M. Colbert pensera sans doute sûrement influencer Votre Majesté en faveur de ce grand criminel, — dit le ministre^ dont la haine contre M, de Rohan datait de Fenfance, et qui le détestait encore davantage, comme parent de Colbert, car on sait la jalousie cruelle de Louvois contre ce dernier, qui mourut véritablement de chagrin de voir tous les efforts c{u''il faisait, pour ranimer le crédit éteint et sortir la France de Pabîme, sans cesse rendus vains par la fatale omnipotence du fils de Letellier.

Aussi, en prévenant Louis XIV que Colbert pensait à influencer sa royale volonté, M. de Louvois mettait habilement en jeu le

plus grand faible de ce prince, qui crut toujours naïvement régner par soi-même, tandis qu'ail ne fit jamais qu''oljeir aveuglément aux vues ou aux caprices de ses ministres et de ses maitrcsses. Lyonne, Colbert et Letellier pour les splendides commencements de son règne, Louvois pour les terribles de'sastres du milieu, €t madame de 31aintenon pour l'effroyable ruine de la fin (1).

(i) Bien que l'aiiteui- de ce livre répugne a citer ses autres œuvres, il ne peut s'enipêclier de donner ici le développement de cette pensée, plus largement creusée ailleurs (Histoire de la marine du siècle de Louis XIV), et qui, îi sou sens, donne une physionomie particulière et peul-êlre neuve à la Ogurc de Louis XIV.

« II est bon, je crois, de faire remarquer que c'est de l'adjonction des fils de Colbert cl de Letellicr aux affaires publiques (Seignelay à la marine eu dCf)9, et Louvois à la guerre en 1666), que c'est de celte adjonclion que se peut dater la période guerrière du régne de Louis XIV, qui, couiuiençaut alors à poiuiiie, fut si onéreuse et si falale à la France lorsqu'elle atteignit son apogée.

« Cela devait être ainsi.

« A de vieux ministres sages, expérimentés, rompus aux affaires, revenus pour la France des illusions d'une gloire éphémère, et de la dangereuse vanité des conquêtes, préférant h ces folles visées les avantages positifs de la paix, de linduelrie et du couinierce , disant seusénient comme leur

Or donc, on le répète, en averlissant Louis XIV, qui, malgré ou h cause de sa faiblesse de caractère, prétendait à une volonté absolue, que Colbert se préparait à

grand niaîlie Mazailn : " Qu'il est plus sur et vioins coûteux de dominer par Vor que par le fer, et '/ne la corruption est plvs puissante que Vépée;» à ces vieux ministres succédèrent leurs fils, jeunes courtisans, vains, orgueilleux d'une fortune récente, ardents et pleins d'ambition, lis servaient un roi d'un âge déjà mûr, mai» toujours et encore amoureux de ce qui était pompeux et tiiéâlral. Un carrousel, une réception d'ambassade ou le faste militaire d'une ^niée, peu lui importait pourvu qu'il eût occasion de ceindre sa coulonne, de se pavaner sous le manteau royal, et de marcher seul et sans égal à la tête de la cour la plus magnifique de l'Europe,

« On conçoit alors facilement que Lous XIV qui, à bien dire, subit toujours l'indiience des idées de ses ministres, assez adroits seulement pour lui persuader qu'elles étaient les siennes propres, on conçoit, dis-je, que Louis XIV devait facilement se laisser aller aux inspirations de Louvois et de Seignelav, qui, ne rêvant que guerres et conquêtes afin de faire exceller, à l'envi l'un de l'autre, l'imporiance de leurs charges rcspeclives, lui montraient pour résultats de ces euvahisseiuenls, des rois vaincus, des gazetiers repentants, des ambassidr-urs à genoux, et des entrées triomphales dignes d'un nouvel Alexandre.

« iJi' là ces guerres éi)Ouvantables, uniquement soulevées par la jalouse rivalité de Louvois et de Scignelay, qui flétrirent le m:i;eu du rèj.'ne de Louis XIV ; <lc là aussi une bien

l''influcnccr, c''etait complètement ruiner cravance Paction de ce ministre, telle salutaire quVllc dût être, aussi, a la secrète et me'prisante joie de Louvois, aux projets du-

éliange contradiction !dans la conduite gonveinemcnlale du grand roi, toujours dans celte hypollièse si univcrscllenient adoplf^c, et qu'il m'est impossible d'admettre en présence dos faits: « Qti'après la mort de Mazarin, Louis Xlf^ réijiia seul et par hii'7uême. »

« Comment, In première période de ce règne, qui correspond à la première jeunesse de ce roi, serait remarquable surtout par une politique d'une sagesse et d'une babileté profonde, par lin système de corruption odieux, si l'on veut, mais admirablement basé sin' une rare connaissance, et une non moins rare et longue expérience des hommes et des choses , système qui, après tout , asstnait une prépondérance irrécusable à la France sur presque toute l'Europe, moyennant des subsides que le pays jiayait facilement, grâce aux ressources de son industrie et de son commerce, alors en toute prospérité ! Comment, ce roi si susceptible, si bouillant, si emporté dans son âge mûr, qui, plus tard, se jeta dans les guerres les plus sanglantes i)Our les griefs les plus l)iiérils, était le même roi qui, malgré le feu de la jeunesse, se montrait en 1666 si calme, si prudent? (pii se laissait durement reprocher son manque de parole, et sa junir de conipromeltrc sa marine, et se larguait même de son parjure en se consolant par l'avantage matériel que lui rapportait soi» déni de seeoiirs et sa mauvaise foi, calculant en cela comme nn homme qui regarde une injure mieux vengée par une amende que par du sang ?

quel il obéissait absolument à cette heure, Louis XIV s''écria-t-il en se rengorgeant:

— Apprenez, monsieur Louvois , qu''on ne m*'inflaence pas! je règne et je règne seul... c''est pour cela que je n''ai pas voulu de premier ministre, je n*'aime pas les brassières, monsieur Louvois, et j''entcncls qu''il n''y ait qu'une seule volonté dans mon royaume la mienne !

— Eh!.,., je ne le sais que trop, sire, —

« Comment, encore une fois, pendant la première période de son règne, partant de sa jeunesse de roi, de cet âge où les passions guerrières sont si vives et si effervescentes, Louis XIV aurait montré le sang-froid calculateur et l'inflexible logique d'un homme qui, pensant avant tout au réel, ne voit dans une guerre qu'une affaire, qu'une émission de fonds, qu'il faut rendre aussi productive que possible, lorsque plus tard, dans la seconde période de son règne, alors que lesannées et l'expérience sembleraient avoir dû mûrir sa raison, il agit au contraire avec toute la fongueuse étourdelie, toute la folle ardfur d'un jeune téméraire, en se je!ant, pour les motifs les moins fondés, dans les guerres les plus inutiles, les plus ruineuses, et qui causèrent plus lard tous ses désastres ; lorsqu'on le voit enfin, par ses insolentes bravades et ses parjures réitérés, soulever l'Europe entière contre lui ; l'Europe qu'il avait à ses gages, à ses ordres au coninuncemcnt de sou lègnc !

repondit Lrusquement Louvois en risquant celte re'ponse avec une rare habileté.

— Que voulez-vous dire, monsieur? — reprit le roi, en fronçant le sourcil.

— Je veux dire, sire, que bien souvent, après avoir longuement mûri des projets que je crois utiles au service de Votre Majeslé, je vous vois, sire, sans vous en remettre à la sûreté de mon dévouement et de mes connaissances en ces matières, puisque c'est vous-même, sire, qui m'avez enseigné ce que je sais; je vois, dis-je. Votre Majesté tout changer de fond en comble, tout refaire sur de nouvelles bases, de sorte que ce n'est plus mon travail, mais bien absolument

« Comment, en un mot, ce roi .nnrnit 20 ans pensé agir comme !e plus expérimenté des hommes d'Etat, et à iO ans comme le plus éceivelé des ami^ilieux !

« Ce serait, en vérité, un mystère iut^xplicaljîe, si les faits n'en donnaient la véritable solution, à savoir :

« Que ce furent de vieux ministres, ciéatines et disciples de Mazarin et de Ricliclieu qui gouvernèrent pendant les premiers temps du règne de Louis XIV, que leurs fds gouvernèrent vers le milieu, et qu'à la fin madame de Maiiitenon succéda aux uns et aux autres. »

{lUsliiirc de la marine, \. j, j». 274.)

et entièrement le vôtre, sire; aussi, — ajouta Louvois d''un air grondeur et fâché, — je ne sais pas, en vérité, pourquoi Votre Majesté a des ministres !

— Ce trait de savante flatterie frappa si juste Faveugle superbe du monarque, que, sans pouvoir cacher son contentement, il dit d\ni air à la fois suprêmement glorieux

et pitoyable: — Ce pauvre Louvois je

conçois que c''est fâcheux pour vous

mais en me créant roi, Dieu m''a donné une volonté d''airain et une connaissance comme naturelle et approfondie de toutes choses ( 1 ); aussi je ne fais qu''agir selon ses vues!

(1) Œuvres (le Louis XIV, discours à monseigneur le duc de Bourgogne. — Il serait superflu d'entrer ici dans de longs (iti.iils an sujet de l'incroyable aveuglémenl de Louis XIV, (jiii était véiilablcmcnt le jouet de ses» niinislrcs : 11 faut, pour en avoir une idée vraie, lire entre autres la correspondance diplomatique de Ljonne, et voir çà et là des traits d'une ironie mordante contre l'incompaial/lo maître.

Ou sait aussi que Mansard faisait exprés bâtir des constructions qui man(iuaicnt de ligues el d'aplomb, afin que Louis XIV, (jui se piquait d'avoir le coup d'œil fort juste, pûl faire redresser l'erreur. Mansard soutenait la régulai ito des bâtiments \ le roi soutenait le contraire j on prenait des

LA DÉLATIOX. 125

A ce moment on vint annoncer au roi que M. de Brissac et M. Colbert attendaient ses ordres.

— Faites d'abord entrer Brissac, dit Louis XIV^

M. de lirissac entra vêtu de l'uniforme des gardes-du- corps du roi, habit bleu galonné d''argent sur toutes les tailles, hautde-cbausses écarlates et bottes fortes. — M. de Brissac âgé de cinquante-cinq ans, était encore vert et vigoureux.

— Brissac, vous allez partir sur Theure avec quatre ou cinq de mes gardes, choisissez des hommes résolus et entreprenants..., il s\'»gît de courir la poste jusqu''!» Rouen, et la d''arrètcr, mort ou vif, un certain Lalréaumont que vous connaissez, je crois....

— En effet, sire, dit Brissac en rougissant, — j''ai fait 'autrefois la guerre avec lui

juges, et le monntqno soilait liiomphant. Or , Loiivois usait de moyens analogues , et inséiail dans les inojcts île règlements de telles pauvretés, qne le roi les relevait ; Lonvois les défendait ; et ce qui était véritablement sérieux, passait sans conteste.

126 LATRÉAUMOiNT.

contre les Frondeurs, mais depuis dix-huit mois je ne Pai pas vu...

— Par trop de bonté pour ce misérable vous avez empêché dans les temps Louvois de le faire jeter à la Bastille; il a failli arriver de grands malheurs, monsieur de Brissac... faites oublier cela en vous assurant de cette importante capture.

— Sire, que Votre Majesté me permette de lui faire observer qu''il se pourrait bien que je ne lui ramenasse qu'un cadavre , car je connais le partisan... et pour le prendre vivant...

— Il le faut vivant... vous m'entendez, Brissac, il nous le faut vivant, — reprit le roi avec vivacité, -— c''est surtout par lui qu''on peut avoir tous les fils de certain complot... ou il a pris part... ainsi arrangez- vous pour cela ; allez... et pas un mot de tout ça. Arrivé à Rouen vous descendrez de cheval chez M. Pellot, premier président du parlement de Normandie, qui vous accompagnera et vous aidera de ses lumières pour faire bien succéder cette capture; allez et revenez

viteavecPhomme en question. Dites aColbert trentrer , vous le trouverez dans la galerie. Une fois le major des gardes sorti, le roi dit à Louvois :

— Mais j''y pense , Louvois , avons-nous des preuves contre Rohan?... jusqu''à présent il n'y a qu'une délation, des présomptions de mauvais desseins , m'avez-vous dit, mais il n'y a pas eu d'exécution... et il serait Lien malheureux qu'il ne se trouvât rien de positif et de personnel à lui.

— Votre Majesté a raison ; en effet, ce Nazelles m'a dit que M. de Rohan n'a jamais rien voulu écrire de sa main*

— Et s'il osait tout nier maintenant ?... Il en est bien capable , l'infâme! — s'écria le roi avec une sorte de terreur.

— On pourrait, Sire, aviser aux moyens de l'amener doucement à tout révéler.

— Lui promettre sa grâce ?

— En lui disant que s'il avoue tout ce qu'il sait, Votre Majesté aura pitié de lui; ne voulant pas faire périr un homme de sa qualité.

1 28 LATRÉA¥MONT.

— Oui... oui, car après tout: — promettre et tenir sont deux (I).

— Sans compter, sire, que Votre Majesté peut nommer des commissaires pour instruire le procès, et en reserver \e jugement définitif à sa personne (2).

— C^est le parti le plus sur... et le plus prudent... vous avez raison, Louvois, j''y aviserai...

A ce moment , un liuissicr annonça Colbert .

Ce grand ministre avait alors plus de soixante ans ; sa figure était pâle, rude, austère et glaciale; ses sourcils toujours froncés et menaçants lui donnaient un air dur, son costume était tout noir ; car par modestie, il avait conservé Tliabilude de se vêtir avec la rigoureuse simplicité des premiers sécrétai res-d''Etat, qui, au commencement

{i) Comme de fait, il n'y avait aiicirne piciive niatéiiclle contre M. de Roiinii. Cet iiifeiiial giiet-.ipeiis fut Iciulii par M. (lo louvois à M. <le Rolian, d'apiùs l'ordre du roi. Ou tu verra la prcu\ o évidenlc daus le procès.

(2) Voir plus bas aux pièces. Ceci arriva ainsi.

du règne de Louis XIV, ne se permettaient pas de s'habiller comme les gens de qualité', et ne portaient ni e'charpes , ni broderies, ni habits de couleurs ; aussi le vêtement sévère du vieux ministre contrastait-il singulièrement avec le magnifique justaucorps écarlate a dentelles d''or et d''argent qu''e'talait fièrement Louvois.

- En voyantenlrerColbert.LouisXIV, pre'venu parLouvois, se mit sournoisement en garde contre toute demande en faveur de M de Rohan

La scène était curieuse : Louis XIV , assis dans son fauteuil; Louvois, debout près de la fenêtre, regardant Colbert avec une haineuse jalousie , qu"'il ne pouvait dissimuler, tandis que ce dernier , appuyc sur un des bronzesdorésquiformaientrangledc la table du cabinet du roi, semblait fort préoccupé.

. — Eh bien! monsieur Colbert, — dit Louis XIV, voulant sans doute prouver au ministre qu^il ne serait pas sa dupe, — votre allié, M. de Rohan, en fait de belles !

Ccst avec bien du regret, sire, que j^ù

appris l'arrestation de M. de Rolian, et mes n[. 9.

regrets augmenteront encore s"*!! est aussi coupable qu''on le dit.

— S"*]! est coupable! Il n''y a rien d''incertain Fa-dedans l II Pcst bel et bien coupable, Dieu merci !

— Que Votre Majesté me permette encore d''esperer que non !

— Espérez! espérez! monsieur Colbert; mais n'espérez rien autre chose ! Ma volonté doit emporter toutes les volontés! ce n'est pas auprès de moi qu'on peut compter abuser des anciens services pour m'extorquer des déterminations contraires au bien de l'Etat , — dit le roi en attachant un regard significatif sur Colbert.

— Sire, je ne sais...

— Il suffit! il suffit ! je m'entends!... M. de Rohan a commis un effroyable crime ; il faut un terrible exemple qui apprenne aux mécontents ce qu'est ma puissance! N'est-ce pas là votre avis, monsieur Colbert?

— Sire...

— Parlez, parlez librement!

— Eh bien ! puisque Votre Majeslé ni'or-

donne de parler librement, je lui dirai qu''en admettant même que M. de Rohan se soit laissé e'garer par les folles et malheureuses visions dont on Paccuse, et qu''il en soit convaincu devant les juges que Votre Majesté lui donnera, comme il n''y a eu que dessein, et non pas commencement d''exécution, je pense qu''il serait de la plus grande gloire de Votre 31ajesté de faire grâce.

Nous y voila, pensa le roi; et il ajouta d^ni air indifférent : — Voyons, expliquezvous ; quels sont vos motifs pour croire cela, monsieur Colbert?

— Sire, j''ai relu toute la correspondance de Normandie pendant ces six derniers mois ; la voici (et il montra au roi un volume in-folio, relié de vélin vert): Si Votre Majesté daigne y jeter un coup d'oeil; elle verra que rien ne bouge dans ces quartiers- Fa , h part une rumeur sourde causée par la collation de Timpôt du Tiers et danger^ qui d'ailleurs se perçoit fidèlement. Or, sire, j>uisqu''il n''y a pas la moindre apparence dV'motion a celle heure, Tarrcslalion

des chefs du complot, s"*!! y en a un, suffira pour paralyser toute entreprise. Je Pavoue, sire, j^ai dû aux bontés de Votre Majesté de voir mon obscure famille alliée a la maison de M. de Rolian par le mariage de ma fille avec M. le duc de Chevreuse, et je ne cache pas a Votre Majesté que si le bien de son service et celui de l'Etat pouvaient gagner à ce que Votre Majesté fît grâce à M. de Rolian, s''il est trouvé coupable, je serais le plus heureux des hommes... Veuillez remarquer, sire, que M. de Rohan n''a aucune clientelle , aucune racine ; il est abandonné de tous ; et s''il a vérilablcment conçu d''audacieuses et folles pensées , permettez-moi de vous le dire, sire, en le frappant on donnera peut-être à cette chiir'rique conspiralion une importance qu''elle n'aurait pas si, affectant de regarder son chef comme un fou , vous témoigniez du mépris que vous avez pour lui , en le flétrissant d''un dédaigneux pardon.

— Et vous, Louvois, que pensez-vous?

— Je pense, sire, contrairement à M. Coi-

bert, que, par cela même que M. de Rolian est sans consistance ni racine aucune , et malgré cela un seigneur de la plus grande qualité, il serait d\in bon effet, si 31. de Rohan est trouvé coupable , de prouver au monde que , dans sa justice impartiale. Votre Majesté ne ménage pas plus les princes alliés de maisons souveraines que le dernier de ses sujets , lorsque les uns ou les autres ont pensé à troubler la tranquilité de TElat et le bonheur de ses peuples, en les infectant de pernicieuses maximes , en osant demander Pappui de Pétranger pour arriver à leurs fins exécrables. On ne peut dissimuler, sire, qu'Hun mécontentement sourd et général règne en France. Grâce aux insinuations étrang'Vcs sur plusieurs points du royaume, on a dû comprimer quelques tentatives de rébellion ; une grande et terrible leçon est donc nécessaire. En un mot, sire, par ses débauches , ses impiétés, ses débordements , sa conduite autrefois offensante envers Votre Majesté, M. de Rohan ayant soulevé la cour cl sa propre famille contre

lui, me semble devoir mieux, et plus politiquement que pas un, devoir être sacrifié au salut de TEtat ; car que Votre Majesté me permette de lui faire observer que si elle hésitait par clémence, les malintentionnés, interprétant cette clémence avec perfidie, pourraient donner à penser que Votre Majesté ne voulant pas exaspérer les mécontents.

— Qu'osez-vous dire là, monsieur Louvois? — s'écria le roi. — Eh ! que me fait à moi le mécontentement et Ics'mécontents!

Ne suis-je pas roi chez moi? Et vous, monsieur Colbert, ne craignez-vous pas que je mécontente quelqu'un en sévissant contre ce grand criminel?... Les mécontents!...

Vous allez voir comme je crains les mécontents... Asseyez-vous, et écrivez, monsieur Colbert...

Colbert, aussi surpris que Louvois de cette brusque sortie, s'assit, et Louis XIV continua:

— Ah! les mécontents!... Voici justement une parfaite occasion de leur montrer combien je les crains... Ecrivez les noms que

je vais vous dicter , cl vous ferez expédier à ces parleurs une lettre de cachet et un de mes valets de pied pour les conduire au lieu que je désignerai pour leur exil (1). M. le comte d''01onne, d\'\bord ! ... Il m''est revenu que M. de Rohan fréquentait sa maison... Il partira dans les 24 heures pourissoudun...

— Sire, je ferai observer à Votre Majesté que M. d''01onne est fort malade... Il n'a pas cpiitté le lit depuis deux mois.

— Il le quittera pourtant aujourd''iuii, monsieur Colbert ! ... M. le marquis de Yassé est fort des amis de la famille d'O... Il s''cn ira à sa maison de campagne, et son pylade, Tabbé de Bellebat, à son abbaye... Ah! les mécontents!... En vérité, ils m''effraicnt

(1) Le même soir, MM. d'Oloniie, de Vassé, e(c., icçiileut chacun un valet de pied pour les conduire à leur exil jusqu'à nouvel ordre. Le premier est le plus à plaindre, parce qu'il est dans de grandes douleurs de la goutte. M. l'abbé d'Efiiat est fort chagrin, disant qu'il est très fâcheux qu'à son âge on l'accuse de ne pas savoir assez Lien vivre pour ne pas se faire exiler. Ils disent tous qu'ils sont innocents, et (pi'ils ne savent ce que c'est. Tout le monde a clé les voir. Us partirent hier. {Bill, iny., manriscril Cléfamhaut.) De fait, aucim de cci noms ne li^me au procès.

fort... Mais j'oubliais un des plus vieux et des plus dangereux, car celui-là doit chasser de race... Uabbé d''Effiat sortira aussi de Paris... Voilà, monsieur Colbert, comme je crains les mécontents! Vous ferez expédier ces lettres de cachet... Maintenant, ditesmoi ce que vous avez à objecter aux raisons données par M. de Louvois!...

Colbert fut un moment interdit de cette détermination si subite, qui frappait des gens complètement étrangers au complot; mais il se remit et répondit avec mesure et fermeté :

— Sire, les raisons que M. de Louvois vient de faire valoir contre M. de Rohan me sont, au contraire, des preuves à l'appui de ma façon de voir. C'est parce qu'il y a quelques germes d'irritation, qu'à mon sens il faut se donner garde de Pexaspérer. Une grande rigueur engendre quelquefois le fanatisme. Quant à M. de Rohan, c'est parce qu'il est sans racine, sans clientelle , c[ue Votre ^lajesté lui peut faire grâce et mépriser une imagination aussi insensée... Encore

une fois, lui donner suite serait faire la joie des ennemis de Votre Majesté , qui penseraient que de grands troubles peuvent éclater en France, et cette croyance ferait peutêtre naître, sire, aux étrangers des "visées

qu'ils n^'ont pas et puis il y a dans le

complot deux femmes.... Sire, que Votre Majesté y songe... deux femmes! et si un grand et terrible exemple paraissait indispensable a V. M., si M. de Rohan était accusé et convaincu du crime de lèze-majesté, veuillez réfléchir que ce crime est puni de mort, et, comme complices, ces deux malheureuses créatures devraient ainsi porter leur tète sur Téchafaud! î>ire! deux femmes!

— Le crime n''a pas de sexe, monsieur, — Tune dVllcs, d'ailleurs, est fort huguenote et fille d''un homme très dangereux.

— Sire, permettez-moi d\issurer à Votre Majesté c[ue 31. de Sarrau, durant sa vie, était le modèle des gens de bien; la reine de Suède correspondait fréquemment avec lui, le nom de M. de Sarrau est vénéré et considéré en Europe; madame de A'ilars, jusques

138 LATRÉALMOiNT.

la 1res vertueusement famée en Normandie, a cédé à un entrainement coupable sans doute, mais excusable peut-être par le molif qui Pa causé....

— M. de Rohan et cette huguenote ont en vous un habile défenseur, monsieur Colbert.... mais ce nVst pas d''aujourd''hui que vous avez montré un furieux faible pour les jjens de la religion prétendue réformée.

— Ccst la gloire de Votre Majesté, c''cst le bien de PEtat, c''cst la cause de Phumanité que je voudrais toujours voir triompher, sire.

— Brisons la, monsieur Colbert, le procès n'est pas d''aillcurs commencé; vous aviserez à ce que M. de Rohan ait deux commissaires pour instruire son procès; je in^en réserverai le jugement souverain et définitif {\).

— Ah! sire ils sont sauvés, — s''écria

Colbert en tombant aux genoux du roi avec un mouvement de reconnaissance qui irrita profondément Louis XIV; — je suis main-

(1) Voir lo procès.

tenant rassuré sur le sort de M. de Rohan et de ses complices, puisque Votre Majesté se réserve leur jugement définitif.... Ahl sire, il n'en pouvait être autrement... Votre Majesté est si grande et si généreuse !....

— Nous ne nous entendons pas, monsieur Colbert, relevez-vous, —dit le roi, en comprimant à peine sa colère — puis il

ajouta: — Vous ordonnerez a votre fils d'écrire au procureur-général qui sera choisi pour suivre cette affaire, que je veux être instruit jour par jour, et plutôt deux fois qu'aune, de tout ce qui succédera dans ce procès, jusqu'aux moindres détails.

— Puis, prenant son chapeau, le roi ajouta, en se levant de son fauteuil: — Mais voici rheure de la messe.... après je recevrai le nonce de S. S., et M. Tenvoyé extraordinaire de Pologne.

Et Louis XIV sortit de son cabinet.

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