LETTRE LIX
Caroline à Laure.
J uliette , il va partir .... Lucie m'apprend le retour de M. Billing.
Il arrive de Londres , et apporte à James une lettre de milord Drymer. Cette lettre lui promet le pardon de son père , s'il consent à accepter la main de la fille du duc de Wereford.... Il cède aux instances de sa famille ! à l'ambition peut-être et sûrement il
ne presse son départ que pour jouir plutôt du bonheur qui l'attend! Vois, à quel point se
sont ranimées les forces de mon ame ! j'ai appris cette nouvelle
( no) avec calme. Son absence , me suis-je dit , m'aidera à le chasser
plutôt de ma pensée Ma iîlle
ne recevant plus ses caresses , cessera de m'en parler.... et si sa sœur va bientôt le rejoindre , rien
ne me le rappellera Je vais
donc retrouver le repos mes
jours ne seront plus troublés par la crainte , ni par la douleur de voir s'évanouir de vaines espérances mon cœur n'éprouvera
plus ces tumultueux battemens qu'il ressentait à son approche,
et mes larmes vont s'arrêter
Mais, d'où vient qu'en ce moment un froid mortel me glace?.... ma
main tremble je respire à
peine la fièvre me saisit
elle est une suite naturelle des fatigues qui m'ontaccablée depuis
quelques jours je vais me reposer dans peu je serai en
état de continuer cette lettre, et
de répondre à la tienne j'ai
besoin de la relire je ne me
souviens pas de ce qu'elle contient je n'ai plus une idée....
A 6 heures.
M. Billing sort de chez moi.... il accompagne James à Londres...
et leur départ est fixé à demain
matin Demain nous serons
séparés pour jamais il me
semble que ce malheur doit être le dernier pour moi. Crois-tu , Juliette , que je puisse exister sans lui?... Oh! mon Emma; pardonnemoi cette affreuse pensée !..
quel est donc l'ascendant de ce
fatal amour, s'il peut inspirer un instant à lame d'une mère le barbare projet d'abandonner son enfant ! mais tout sentiment de
vertu n'est pas éteint dans mon
cœur le souvenir de Henri y
règne encore je vivrai pour sa
fdle ; je vivrai pour me punir de
lui avoir préféré un ingrat ! et
si mes forces n'égalent pas mon courage , c'est toi qui me remplaceras prés d'elle; c'est toi qui lui diras : «Ta mère avait juré de te consacrer sa vie, le ciel n'a pas voulu la prolonger ; mais si son ame lui survit , la mort n'aura rien changé à sa tendresse pour toi !...»
Adieu, je ne puis achever....