‹ Laure d'Estell (volume 2)Chapitre 4 sur 15 · LETTRE XL VI · texte numérisé non relu

LETTRE XL VI

Laure à Juliette.

(juoline a fui de la maison; le désespoir y règne ; M.me de Varannes est livrée à tout l'excès

d'une douleur mortelle ; et

moi , ma chère Juliette ! moi , qui ai prévu cet affreux malheur ; je concentre ma peine , pour ne m'occuper que <)es secouis à poi«j ter aux infortunés qui m'entourent. Je n'ai pas le teins de te donner des dérails sur cet événement horrible ; lis les deux copies de lettres que je t'envoie , elles suffiront pour l'instruire*

(4o) LETTRE XLVII.

Caroline à Lattre.

J e vous ai offensée , Laure ; vous devez me haïr , et pourtant je tombe à vos genoux pour implorer votif pitié. Apprenez mon crime, mon désespoir , et donnez à ma môrele courage de sou tenir le coup affreux que je vais lui porter. Caroline est perdue pour elle livrée au déshonneur , au mépris universel, il n'est plus pour sa coupable fille d'asile sur la terre !....

Le plus vil suborneur, un monstre , en égaiant sa raison , a corrompu son cœur. Après s'être servi

(4i ) du pouvoir de la religion pour la détacher de toute affection vertueuse ; après lui avoir inspiré un amour fanatique pour la divinité ; le misérable abusant du délire de son imagination, de son ivresse, l'a précipitée dans l'abîme des remords et du désespoir !... Ce n'est pas tout encore; voyant le bandeau de l'erreur tomber des yeux de sa victime , et craignant l'effet de son repentir , il l'a abandonnée ! Oh ! Laure ! à tant de

maux il fallait succomber , direz-vous ! Caroline devait mourir ! Eh bien ! jusqu'à cette

ressource , tout lui fut enlevé.

Sa vie ne lui appartient plus. Celle d'une autre y est attachée ; et le ciel a voulu qu'il restât un fruit de cet horrible amour , pour

en éterniser le souvenir

à cette idée mes forces s'évanouissent.

Adieu, Lnure , oubliez-moi

Ne songez qu'à ma mère. Que vos vertus la consolent... . Qu'elle retrouve près de vous et de Frédéric les soins qu'il m'eût été si doux de prodiguer à sa vieillesse. Ne parlez désormais de moi que pour offrir à votre en- Tant l'exemple effroyable de ma situation. Ne vous informez point de mon asile ; quand vous recevrez cette lettre , nous serons déjà séparées pour toujours. Mais, oh !

ma chère Laure ! rappelez-vous que la sœur de Henri était née pour vivre au sein de la vertu , pour vous chérir, pour être aimée de

(43 ) vous , et versez une larme en pensant à ses malheurs , et bientôt à sa mort !

Caroline de Varannes.

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