‹ Laure d'Estell (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · LETTRE XLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XLVIII

L'abbè de Cérignan à Caroline.

JL u te plains , Caroline, tu veux mourir ; et le bonheur de ton amant ne suffit plus au tien ? Ne L'as-tu enivré du charme de te posséder que pour mieux l'accabler du chagrin de te perdre?

Mais, non, je lis mieux que toi dans ton cœur ; je rends justice à ton amour. Tu ne choisiras pas le moment où la nature vient ajouter un nouveau lien à ceux qui nous unissent , pour me livrer à d éternels regrets. Si tu pouvais en concevoir l'idée, c'est alors

( 45 ) que les remords assiégeraient ton ame , et qu'il ne te resterait plus rien pour braver le mépris. Je prévoisainsi, que toi, le danger qui nous menace. Il est cruel, inévitable ! Mais devons-nous l'aggraver par un sacrifice plus douloureux encore, et nousabandonnerau désespoir avant d'oser tenter un moyen de nous y soustraire ?

Ecoute , 6 ma divine amie ! j'en sais un infaillible : si tu mets à l'exécuter autant de courage qu'il m'en faut pour te le proposer, nous sommes sauvés tous deux.

— Sir James est malheureux

Il t'inspira quelque tems une

douce pitié dis un mot et

il revient près de toi tu devines le reste; enfin choisis

entre le déshonneur et la con-

( 46 ) trainte , et préfère les intérêts de notre amour à ceux d'une vaine considération. Ta réponse fixera notresort Jel'attendsen tremblant. Caroline , ne prolonge pas plus long-tems mon inquiétude. Apprends-moi bientôt qu'il m'est encore permis de te serrer contre mon cœur , et de te consacrer ma vie.

La première de ces lettres m'était adressée, etl'autre a été trouvée par Lise dans la chambre de Caroline le jour de son départ. Je les ai copiées cette nuit , et les ai envoyées sui-le champ à Frédéric.

Juge , d'après l'impression qu'elles te feront, de celle qu'eu recevra ce malheureux frère.

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