LETTRE XLIX
Lailre à sir James Dry mer.
Monsieur,
JL/intérêt que vous avez toujours témoigné à la famille de M.me de Varannes , m'engage à yous prier de lui rendre un service important, dont elle ne peut confier le soin qu'à un homme de qui l'extrême délicatesse égale la discrétion. Il s'agit du sort d'une infortunée qu'un instant d égare-, ment a plongée dans le malheur ; et qui se croyant avilie par le crime de son lâche séducteur, peut se porter à tous les excès
( 48 ) d'un affreux désespoir. Caroline est celle pour qui je vous implore ; elle n'a pas craint de nous livrer à la douleur en fuyant loin de nous ; elle est partie en nous laissant ignorer le lieu de sa retraite , mais plusieurs indices me font croire qu'elle s'est transportée au port le plus voisin, dans l'espérance de s'y embarquer. Je n'aurais pas hésité un instant à courir sur ses traces , si j'avais pu quitter ma belle-mère dans l'état où elle se trouve ; mais n'en ayant pas la possibilité, j'ai recours à vous , comme à l'ange protecteur auquel j'ai dû tant de fois ma consolation. Je ne vous indiquerai pas les moyens les plus sûrs de nous secourir clans ce cruel événement, j'ai l'expérience que vous joignez
la
(49) la grâce d'obliger , à tout ce qu'on emploie de plus ingénieux pour y réussir ; et je suis heureuse eo, pensant que cette occasion vous prouvera ma confiance , mon amitié , et le charme que je trouve à compter sur la vôtre.
(5o ) LETTRE L.
Si'r James Dry mer à Laure.
J e pars à l'instant ; comptez sur votre ami , Laure , il ne jouira d'un moment de repos qu'après avoir rendu Caroline à sa famille , et mérité le choix dont vous l'honorez. Lucie vous remettra ce billet , et vous peindra mieux que moi ce que me fait éprouver votre douleur ; mais elle ne parviendra jamais à vous exprimer tout ce que vous m'inspirez de tendre et de respectueux.
James Drymer.