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MANUSCRITS

LE MUSICIEN

naux de Paris, a excite l’attention du monde musical, qui semble se reporter vers les anciens aujourd’hui que nos contemporains ne produisent que rarement quelque chose de fort ou d’original. »

«Jusqu’à une époque assez tardive, dit leur auteur, quoique j’eusse fait de bonnes études d’harmonie et de contrepoint, je n’avais rien voulu composer par haine des mauvais compositeurs chassant les belles œuvres- pour faire exécuter les leurs, et par peur de me mettre du nombre. Mais enfin, me trouvant dans une disposition de cœur qui, pour s’épancher, n’avait pas de meilleur moyen que la langue musicale, j’écrivis en mettant à profit ce qu'une science technique, des lectures assidues des œuvres du passé et une parfaite sincérité de sentiment peuvent donner de favorable à la production. Je n’ai jamais eu la pensée que ces petites œuvres pussent avoir quelque succès ailleurs que dans l’intimité, et ce succès, elles l’ont eu. »

On doit à Laurens la chanson de Magali , traitée

dans le monde mixolydien et parue dans la première édition du poème de Mireille par Mistral. Il a composé divers morceaux d’offices d’église pour messe ou vêpres, et un Stabat pour trois voix égales de femmes et petit orgue ou harmonium, édité en 1859 par Richault (le même éditeur-propriétaire des œuvres de Berlioz, longtemps si peu et si mal appréciées sinon inconnues). Mais sa production la plus importante, comme qualité et quantité, c’est les environ deux cent cinquante lieders ou mélodies pour voix diverses avec accompagnement de piano dont un certain nombre, publiées aussi chez Richault en quatre cahiers illustrés chacun en tête d’une lithographie par le même auteur. Elles ont été composées comme tout d’un trait entre les années 1855 et 1860, sur des paroles le plus souvent de Marie Blanchecotte, d’Auguste Barbier, de Victor Hugo, Théophile Gautier, Mme Desbordes- Valmore, Aubanel. L’une d’elles, d’après la Lucie d’Alfred de Musset, qu’il croyait réussie, lui tenait à l’âme. Il manilesta une fois ce sentiment en exprimant sinon le désir formel, la pensée qu’il en fût gravé les premières mesures sur sa pierre tombale... mais le vent de la vie passe, sans trop s’y arrêter, sur la dépouille comme sur les derniers vœux des morts ! Enfin, on trouve encore quelquesunes de ses pages musicales, une douzaine, dans la plus brillante de ses publications, Y Album des Dames, édité par Hetzel en 1864.

« Nous ne voulons pas le grandir exagérément dans ces ouvrages, écrit Durand-Gréville, mais

nous croyons certain qu’il n’a manqué à Laurens, au bon moment, pour avoir réputation et succès, que d’être mis en vue par un chanteur ou, mieux encore, une cantatrice un peu célèbre... Ce qui suffisait à son bonheur c’était, par exemple, en Allemagne, dans une réunion de musiciens de premier choix, non seulement d’être applaudi et vivement loué, ce qui pourrait être à la rigueur attribué à la politesse des hôtes, mais encore de recevoir le lendemain la visite e-xpresse de quelqu’un d’entre eux venant le complimenter sur la distinction et l’originalité de ces petits ouvrages... A notre avis, nous oserions presque dire que certaines mélodies de J. -B. Laurens dépassent celles de F. David par la sincérité et la profondeur de l’expression. — Rien ne prouve, il est vrai, qu’il eût pu faire un opéra : cela demande une sorte particulière d’énergie et de puissance d’agencement, mais enfin c’est bien quelque chose que d’avoir au moins égalé dans le détail un homme qui a touché parfois au génie. »

Des dames russes demandèrent la permission de faire imprimer à Pétersbourg la plus grande partie de ses mélodies. « Elles ne savent pas assez, pensait Laurens avec une modeste restriction, qu’une œuvre quelconque bonne ou mauvaise ne peut faire son chemin que sous la conduite d’un virtuose en renom, et qu’il y a infiniment peu de personnes capables de l’apprécier par la simple lecture. »

Nous pourrions citer ici l’appréciation très motivée des juges les plus compétents : Ambroise Tho-

mas, Castil-Blaze, Sehnyder von Wartensée, Danjou, d’Ortigue, Rosine Stolz, Heller, MlleRobert- Mazel, etc. Voici comment un musicien amateur, mais de pratique et valeur professionnelles, exprime son jugement sur ces lieders. C’était un homme capable donc, ayant composé deux ou trois opéras et plusieurs petites compositions dans le genre de celles de Laurens. Un jour, ils se rencontrèrent tous deux et Laurens lui dit : « Faisons-nous connaître mutuellement nos chansons, et commencez. » Il se mit au piano et exécuta plusieurs de ses mélodies qui étaient vraiment bien laites. Ce confrère auditeur put lui en adresser un sincère compliment, mais, ajoutait-il, vous ne connaissez évidemment de la musique que ce que Fon en entend au théâtre. Or, maintenant, vous allez entendre ces opuscules de quelqu’un qui s'est nourri de tout ce que l’histoire de l’Art offre de significatif depuis le plain-chant jusqu’à Richard Wagner. Le résultat de cette éducation ne vous plaira peut-être pas, mais écoutez... A peine deux ou trois des lieders étaientils écoutés, qu’il lui fut dit : « J’en faisais, je n’en ferai plus. »

Quel que soit le degré de force de sa technique harmonique ou de son inspiration, à coup sûr Laurens n’a jamais rien écrit de banal ni de creux et encore moins de commun. Le sentiment- y est toujours juste, poétique, souvent profondément expressif, surtout dans le genre tendre mélancolique et parfois dans la trouvaille et le dessin de la mélodie, d’une véritable originalité d’autant

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plus substantielle qu’elle ne doit rien aux artifices ou superfétations pittoresques de l’accompagnement, poussé si loin aujourd’hui par la virtuosité de pianiste des compositeurs en général. Aussi peut-on croire sincères les compliments adressés par les juges ci-dessus nommés et bien d’autres, tous aussi autorisés que sympathiques.

La verve musicale de Laurens en productions de mélodies de chant s’étant tout à coup et à jamais tarie ou abstenue, par manque, l’attribuait-il, d’interprètes féminins immédiats, on se demande comment, aussi foncièrement doué et passionné pour la musique en général qu’il l’était, il ne se livra pas une seule fois, désintéressé, libre de préoccupations autres que celles de l’Art en lui- même et pour lui-même, à la composition de pièces de piano seul, par exemple, à l’exécution desquelles, au besoin, eussent pu suffire ses moyens personnels ou ceux de tant de pianistes sous sa main ? En tous cas il pensait s’être très significativement manifesté dans cet art alors qu’il disait à un vieux poète, en s’excusant de ne rien entendre à la versification : « Il me semble que vous faites encore bien les vers, la chose du monde pour laquelle j’ai toujours été de la plus inconcevable nullité. C’est par la musique que j’ai exhalé toute la poésie que j’avais dans l’âme. Je m’occupe toujours beaucoup de cet art divin, et j’y trouve des approbations les plus flatteuses. »

Ici la peinture n’eût-eîle pas été mieux désignée par lui que la musique ou, du moins, si c’est en

musique qu’il a le plus senti, n’est-ce pas en peinture qu’il s’est le plus et le mieux exprimé ?

En tout cas aussi, les idées et les sentiments, littérature à part, n’en ressortaient pas moins, pour lui, de la musique comme de la peinture, ainsi qu’on l’a vu ci- devant par leur application réciproque dans son commentaire d’un tableau de Dagnan-Bouveret.

LA SAINT-S1FFREIN

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