‹ LaurensChapitre 21 sur 40 · LA S AINT-SI FF REIN · texte numérisé non relu

LA S AINT-SI FF REIN

espoir enfin comblé; mais après nouveaux et précis renseignements, on lui mit sous les yeux un autre catalogue, plus récent, où à la suite du titre ci-dessus imprimé en grosses lettres, une note manuscrite indiquait que le livre entier avait été pris par Bonaparte comme tribut de ses victoires en 1797, et restitué en 1816 ; mais, enfin, le vieux bibliothécaire de St-Marc ajouta que ce même livre avait passé à titre d’échange dans la Bibliothèque impériale de Vienne, pour tenir compagnie à tant d’autres raretés typographiques qu’elle possède. Au souvenir de ce vieux bouquin emporté par Bonaparte, Laurens se demande qui, à cette époque, en a connu la valeur, alors qu’aujourd’hui où ces monuments de la musique primitive sont assez recherchés, le nombre des chercheurs est encore très petit; «tellement petit, fait-il remarquer, qu’en me voyant au courant de l’histoire ancienne de l’art musical, on me prit, à l’administration de la Bibliothèque, pour un de ses savants de premier ordre, illustre peut-être, et qu’on voulut me faire inscrire mon nom sur un registre spécial en honneur de ma visite ! »

Dans une séance à la Bibliothèque du Conservatoire de Paris, il put consulter le Primus liber rnissarum de Genet. Grandes furent son émotion et sa satisfaction à tenir entre ses mains un volume qui, à part son intérêt musical, constitue un véritable monument typographique d’un mérite exceptionnel tout à fait digne de la description si

J.-.l -B. LAURENS

minutieuse donnée par le bibliothécaire Schmidt dans deux cahiers du journal Cœcilia.. « Ayant communiqué, dit-il, dans une lettre à M. Barrés, bibliothécaire de la ville de Carpentras, la traduction que j’ai laite des articles de ce journal, je n’ai rien à ajouter ici que le cafque de quelques pages musicales... Je donnerai, en outre, quelques fragments de vieil imprimé, transcrits en notation moderne et mis en partition. »

La Gazette musicale de Paris (n° du 29 novembre 1879) annonçait, sous la signature de M. Weekerling, que le Conservatoire avait acquis une rareté des plus importantes. « Ce sont cinq messes de Genet. La plupart des maîtres de cette époque prenaient pour titre de leurs messes quelque thème populaire qu’ils faisaient entendre, de préférence à la voix de ténor, dans le Kyrie , dans le Gloria ou dans quelque autre partie de la messe, parfois dans toutes. Le peuple, charmé de retrouver ses airs favoris, en fredonnait sans doute les vraies paroles tandis que les chantres chantaient le latin. Cela se passait ainsi au XVe et au XVIe siècles. Le Carpentrasso a suivi ces habitudes. Ainsi le Kyrie de la première messe a pour thème principal la chanson « A l’umbre d’ung buissonnet... » Le Gloria , le Qui tollis, le Patrem, YEt in spiritual, le Sancius , le Pleni sunt cœli, YHosanna débutent par cette chanson. A YAgnus Dei c’est la basse qui entonne encore cet éternel « A l’umbre d’ung buissonnet. » La troisième messe employé deux thèmes, qui sont « Le cueur fut mieux... » et « En

LA SAINT-SIFFREIN

amour n’a sinon bien... » A VAgnus Dei, « J’ay mis mon cueur... »

Ces messes, Laurens les apprécie en ces termes : «J’ai eu la satisfaction de pouvoir les lire, copier et analyser. Ce sont entièrement des œuvres d’un maître de premier ordre. Maintenant, en quoi leur composition diffère-t-elle de celles de Palestrina ? Cette question serait la même que celle que l’on poserait à un musicien ordinaire sur la valeur relative des quatuors de Haydn et de Mozart. Les différences ne peuvent être senties qu’à la suite de fréquentes auditions. Ambres, l’auteur le plus consciencieux de l’histoire de la Musique, fait l’éloge des messes de Carpentras en homme qui les a profondément étudiées, en disant que plus il les étudie plus il les admire. » Il est particulièrement intéressant d’entendre dire à Laurens que ces messes auraient été composées à Carpentras même. Le fait semble résulter de la dédicace que Genet écrivait au pape Clément Vil, en 1532. L’auteur, alors malade, était venu se refaire à l’air natal et c’est comme distraction à ses maux qu’il composa les cinq chefs-d’œuvre imprimés à Avignon chez DeChanney. M. Bourgault-Ducoudray, professeur de l’histoire de la musique au Conservatoire, devait consacrer un de ses cours à celle d’Elzéar Genet, avec un autre à celles des fêtes de la Saint-Siffrein, dont quelques fragments avaient paru le frapper. Il écrit à Laurens, 10 décembre 1882 : « Vous redoublez mon regret ; j’aurais donné beaucoup pour assister à la belle solennité musicale dont j’ai

la avidement le récit dans l’article que vous m’avez envoyé. Certes, il y aurait une leçon instructive et attachante à faire sur les compositions du Carpentrasso et sur les mœurs musicales qui se sont conservées dans votre ville. Il y aurait un exemple fécond à en tirer. Si partout on avait cet esprit local, ce respect des gloires du pays, ce culte des souvenirs propres à la ville natale, notre France serait en vérité plus artistiquement riche qu’elle ne l’est, et nous verrions un peu plus de diversité dans la production et beaucoup plus d’initiative d'interprétation dans nos provinces... Carpentras est une des rares villes en France où l’on peut entendre des œuvres étendues et complètes des maîtres du passé. » A ce mérite s’en ajoute un autre : c’est la manière dont ces œuvres sont exécutées par la nombreuse réunion de jeunes gens, soprani, ténors, basses, si bien dressés qu’elle pourrait se présenter partout, même à Paris. » C’est pour l’une de ces fêtes que Laurens prépara depuis longtemps l’exécution d’un Magnificat du Carpentrasso qu’il avait su devoir se trouver à la Bibliothèque de Vienne. Au milieu même de son premier découragement il s’avisa d’établir des copies de parties pour essayer en petit comité l’effet que pourrait produire un arrangement avec violons et basses, accompagnant une ou plusieurs voix et remplaçant les parties vocales, trop difficiles.

Nous résumerons par les documents suivants le copieux ensemble de ceux auxquels le lecteur

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