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CHAPITRE YII

Derniers Jours

A l’entrée du printemps de 1890, on vit les forces de Laurens sensiblement, puis fatalement décliner. Une maladie de cœur, originelle sans doute, mais que sa forte et saine constitution générale et que l’hygiène imperturbable de ses frugalité et sobriété ne provoquèrent jamais jusqu’alors, s’était sournoisement établie, et tout à coup déclarée. Elle fut presque aussitôt enrayée, vaincue, on eut cru, en quelques semaines. Malheureusement, une imprudence de sortie précipitée dans un air froid de jardin, la remit en cours ; et, cette fois, trouvant un corps de vieillard, enfin affaibli par la récente crise, elle devait en avoir raison. Le malade accepta, en sachant de toutes choses et avec le doux stoïcisme d’une philosophie qui s’était de plus en plus élargie au courant de l’existence, les atteintes nouvelles du mal et de la crise définitive. A peine, dans

un intervalle ou deux, quelque prolongement de l’instinct de conservation parut lui inspirer le désir de certains modes de traitement sinon de guérison radicale : celui, entre autres, des bains sulfureux de Montmirail. Mais cette velléité était probablement moins motivée par son genre d’affection pathologique que par l’amoureuse vision et la suprême attraction d’un site merveilleusement riche en éléments pittoresques, et où il eut pu encore pratiquer son art dans les plus dignes contemplations et avec les plus chères émotions de Y aima parens vauclusien. Une fois, au contraire, des amis lui donnant rendez-vous, pour son rétablissement, à la prochaine saison de villégiature de leur château : Avant ce temps, se récusa- t-il, quoique apparemment bien debout, mais sur un ton de péremptoire gravité, avant ce temps je serai à Saint-Lazare (le grand cimetière suburbain de Montpellier). Il repose aujourd’hui, non trop loin des bords de l’Auzon natal, auprès de sa femme et de sa fille, et à côté de toute une génération de contemporains qui lui donna tant d’illustres ou charmantes amitiés.

Après quelques semaines, sans caractères extétérieurs de maladie déterminée ni d’agonie douloureuse, il s’éteignit, ayant perdu connaissance depuis deux jours, au commencement de la journée du 29 juin et à l’âge de quatre-vingt-dix ans moins dix-sept jours... Ses funérailles eurent lieu avec un concours d’élite mais sans aucune ostentation, par une matinée tiède, pluvieuse encore à la suite

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d’un orage de nuit, et toute imprégnée, semblait-il, d’une tristesse attendrie. Tous les journaux de la région annoncèrent l’événement et consacraient de longs articles à celui qui laissait le culte d’un souvenir aussi doux que vénéré dans sa famille et chez tant d’autres siens aussi par les liens de l’estime et de l’admiration.

Pris au hasard dans la masse des lettres de condoléance, citons-en quelques passages: «....Il me semble que je viens de perdre, un frère aîné. Il nous quitte rempli de jours, des qualités qui sont des vertus et qui ont reçu leur récompense. C’est consolant de le penser ainsi... Autan , Bonaventure, Frère Bonaventure , ainsi que j’aimais à l’appeler, veut, passant en Avignon, en barrulant, comme il disait, nous faire le plaisir, la joie et l’honneur de sa visite, et je compris bien, voyant sa lassitude, mêlée à je ne sais quelle mélancolie, que c’était là, de sa part, non une visite ordinaire mais un adieu suprême. J’en fus tout contristé, et je me tins sur la porte pour le regarder s’en aller d’un pas lent et fort alourdi par les années. Je ne l’ai plus revu depuis, et je dus me résigner à ne plus jamais le revoir. Il sera regretté par tous ceux qui l’ont connu : on ne pouvait, pas le connaître sans aussitôt et pour toujours l’aimer... C’était un éminent dans les sciences et dans les arts ; amoureux de son pays, de ses beautés et de ses gloires. Il en parlait, il en écrivait et les reproduisait avec enthousiasme! Quel heureux jour fut pour moi celui où Requien mit ma main dans celle de Bonaventure ! Il y a de

cela bien longtemps, mais ces souvenirs ne s’effaceront pas dans mon esprit et dans mon cœur... Nous avons chanté ensemble « Nouvé! nouvé! nouvé sus la muséto ! » dès l’aube de notre heureuse renaissance. Félibre de la première heure, il fit à « Pauro bailo », une de mes petites élégies (1857), l’honneur d’une musique très touchante, que l’auteur n’a pas publiée, et dont de dignes dilettanti furent émerveillés... » — J. -J. Roumanille.

« La triste nouvelle m’a reporté à de nombreux et agréables souvenirs, où le cher disparu que j’aimais de tout mon cœur tenait et tiendra toujours une grande place... » — Ambroise Thomas.

« Cette mort s’élève à la hauteur d’un deuil public pour notre Midi et en particulier pour notre ville, dont il a été l’un des enfants les plus illustres en divers genres, et qu’il a dotée, de son vivant, de toutes les œuvres qui furent le culte de sa vie... Cette douce mémoire pourrait être représentée sur une toile par un groupe de trois figures, de la Peinture, de la Musique et de la Littérature, pleurant celui qu’elles ont perdu... Combien peu d’hommes méritent un pareil hommage !»— Ch. Barcilon.

« ... en proie aux souvenirs de l’année terrible, passée en partie auprès du très érudit, très artiste et bien excellent homme « le Père delà Nature », j’ai revécu en sa compagnie les longues promenades pittoresques et botaniques des bords du Lez, de la grotte de la Madeleine, du Cros de Mièges, etc., et les ascensions, le dimanche, à la tribune des orgues de diverses églises. Ces temps heureux et

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malheureux sont à la fois si loin et tellement présents, en songeant à celui qui, tout en n’étant plus, reste encore là. » — Théophile Chauvel.

« J’apprends avec un véritable chagrin la mort d’un homme ayant toujours été si charmant pour moi que j’ai voué un culte à sa mémoire. Quelle jeunesse, quelle sève, quel enthousiasme artistique il avait conservés jusque dans l’àge le plus avancé!... » — Boup.gault-Ducoudray.

Bienheureuses et dignes d’envie, faut-il dire en conclusion et moralité d’une biographie de J. -B. Laurens, ces organisations de natures et ces conduites d’existences. Comme chez celle-ci, tout leur temps en ce monde et par leurs œuvres et leur plein effet encore mieux et indéfiniment après la mort, elles auront pu, la plume ef les outils de divers arts en mains, crayon et pinceau au premier chef, manifester, réaliser, en en donnant les preuves parlantes et pour tous éloquentes, la qualité, le degré et jusqu’à la plus délicate intimité de leurs facultés et de leurs amours, et s’y créer la survivance d’une immortalité relative ! Or, ces outils du travail attrayant, ces armes contre la Mort, la plume, le pinceau, l’archet, ne sont tombés des mains de Laurens que vers les deux ou trois derniers mois de sa vie. « Elle est triste- la vie, à dit le poète, mais l’Art est serein. » Pour Laurens, nature d’artiste et d’homme si richement et sainement douée et équilibrée, rarus vir in terris, l’un et l’autre furent non moins heureux. Sa vie aussi pleine que longue, de tout le siècle presque; le dé-

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veloppement normal, à travers certaines évolutions et les progrès de milieux nouveaux; l’exercice tout indépendant de ses facultés et de ses talents variés, se reposant et retrempant l’un par l’autre ; enfin la favorable aurea mèdioeritàs de ses conditions domestiques, s'ils ne se produisirent pas avec les coups de foudre du génie, n’en subirent pas non plus au moins les souvent cruelles scories. Le grand sculpteur Pradier pourtant, lui crayonnant et dédiant toute une feuille de charmants dessins de ses statues, inscrivit hardiment au-dessus de sa signature « A un homme de génie ». Et, après tout, par l’exception au moins d’un tel groupe de facultés en exercices, il en composait bien un et le valait à sa manière, Ici quantité comporte qualité. Sans jamais trop atlendre que le ciel l’y aidât, en tout il s’aida toujours grandement lui-même de tousses moyens et peines, qui, à vrai dire, n’étaient en majeures catégories au moins que des plaisirs ; mais son ambition ne dépassant jamais ses capacités sinon ses aspirations, et n’ayant donc jamais éprouvé de mécomptes, de désillusions ni regrets, ainsi qu’il n’arrive que trop aux plus brillantes destinées, par cela même qu’elles s’équilibrent mal, se déproportionnent avec celles ordinaires. Il répétait volontiers, pénétré de plus d’honnête satisfaction que de sot orgueil, sinon de quelque fierté : « Quand je me reporte de mon modeste point de départ, du peu que j’eusse pu rester à ma situation actuelle, à l’échelon social gravi par les seuls développement et voie intellectuels ou artistiques, j’ai

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bien lieu d’en être aussi étonné que reconnaissant. » « Il a vécu toujours ému, dit un de ses disciples familiers, toujours passionné pour quelqu’un ou pour quelque chose. Ce modeste bureaucrate, que longtemps les jeunes étudiants virent assis dans le même fauteuil, devant le même livre de compte, vivait au contraire, dix-neuf heu res sur vingt-quatre, d’une vie idéale dont bien peu ont pu, comme lui, élaguer toutes préoccupations inférieures. Sorti de son bureau de secrétariat, il reh trait dans le sanctuaire et l’officine d’art de son appartement, qui eut pu inscrire sur la porte « Omnia vanitas sine Musica atque Pictura. »

D’une haute conscience et de la plus saine philosophie pratique, Laurens leur dût, toute sa vie, en tous sujets, les plus sûres conditions du bonheur social. Grâce à un mélange d’élévation et de bonhomie, de jovialité même, qualités qui commandent le respect à côté de celles des facilités et des amabilités du commerce quotidien de la vie, rien n’était gâlé pour lui-même et pour son prochain des éminents mérites de l’esprit. Ils ont pu ainsi, par ses goûts et par ses occupations, ne faire en quelque sorte de son existence qu’une permanente vibration et sonorité, ajouterait-on, (et combien les mots seraient techniquement exacts vis-à-vis de sa passion musicale !) en toutes les choses de l’Art et de l’intelligence. Il avait assez pénétré la substance sinon l’âme, et les spéct.acles de la Nature, et il en était assez pénétré lui-même, pour y ressentir tous les intérêts du savant et du penseur, toutes lesexal-

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tétions de l’artiste et du poëte et aussi, en définitive, toutes les tristesses et les résignations du philosophe. Certes, de ce Monde à la fois intime et extérieur il avait pu exprimer heureusement de sa main une grande partie; mais, comme chez toute organisation supérieurement partagée, on sentait, il restait un au-delà à entendre entre les paroles, à lire entre les lignes. La dominance, qui s’établit au jour le jour, de son tempérament en extériorité méridionale n’allait donc pas sans quelque réticence mélancolique ou sentimentalisme enté sur le passé et développé même au contact répété, de l’autre côté du Rhin, des pays, des hommes et de l’art du Nord. A ces dessous près, qui contribuèrent d’ailleurs beaucoup au charmede ses ouvrages, on peut reconnaître que Laurens fut un homme heureux, l’homme heureux par excellence à vrai dire, car, chose plus rare peut-être, il était convaincu de son bonheur et ne cessait de le proclamer en toute reconnaissance. Enfin, arrivé, à l’âge le plus avancé, dans la plénitude de ses belles facultés et de leur libre exercice, il laissait, du bien-être à ses petits-enfants et surtout la meilleure et plus distinguée des réputations ; et, à sa ville natale, il léguait une partie importante du fruit de ses laborieuses et admirables études. En tous pays et tous temps de pareils hommes comptent.

Disons vite, en glissant, que Laurens ne détestait pas les compliments, ceux, bien entendu, intelligents, comme il eût pu se les faire à lui-même, non précisément pour le résultat de son travail,

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mais pour le sens et le choix de ses sujets, la valeur et l’emploi de ses raisons esthétiques ; tandis qu’il était suffoqué de ceux banalement polis et exagérés. Il ne put même en accepter de sincères et valables au fond sous la forme dithyrambique. Charles Wynders, l’éminent architecte anversois, qui s’était véritablement épris, en une rencontre de voyage, et de l’homme et de l’artiste, lui ayant écrit une lettre sur ce ton (on la trouvera plus loin), il en lut presque scandalisé, comme pudiquement humilié et indigné. & Ceci, dit-il, est d’un fou ou se f... de moi. Croit-on donc que je puisse le croire ! » et il jeta le papier parterre. Ce même mot de modestie révoltée lui revenait même aux plus sincères et légitimes exclamations d’enthousiasme de son frère Jules parcourant ses portefeuilles. Quoique peu glorieux, dans le sens gros et lourd de l’expression, il se laissa volontiers, le 7 août 1870, décorer de la Légion d'honneur, aussi naïvement que copieusement arborée en oriflamme, sans doute pour compenser, à l’occasion, d’incurables négligences de costume. Il se fit même alors graver des cartes de visite où, dans le fac-similé de ses nom et paraphe, est compris le dessin d’une croix d’honneur. C’était d’une gloriole un peu beaucoup puérilement excessive; mais n’y aurait-il pas encore à ne voir là plutôt que l’occasion d’affirmer, comme en une. ornementation héraldique, le sens pittoresque qu’il rechercha de préférence en tout et partout, et qu'il trouvait jusque dans les enroulements serpentins de tiges et de fleurs de liseron ou de volubilis ? Il

ne fut pas insensible non plus, et c’était surtout une satisfaction du cœur, à voir ses compatriotes attribuer le nom « Des frères Laurens » à une rue de sa ville natale, ci devant « des Logis, » dans laquelle il n’était pas né, mais où il passa avec la famille le plus longtemps de sa jeunesse et les premières années de son mariage.

On le priait souvent de réciter ou, mieux, de chanter, en s’accompagnant au piano, quelqu’une de ses chansons autobiographiques auxquelles nous faisons çà et là plus d’un emprunt. Voici l’in-extenso de l’une d’elles. Ce n’est, comme littérature, ni du Mistral ni de l’Aubanel; mais, plein de bonhomie et de pittoresque, cela dit bien 'ce qu’il veut dire et, du reste, le sujet en est tout original.

Ma vido racountado et cantado

Paroles et' Musique de .J .-B. LAURENS.

Per estre hurous suivant lou mounde Faou que pertout lou luxe abounde ; Faou pas ren faire et ben mangea ;

En grand seigneur faou se changea.

Per estre hurous à ma maniéro Faou pas vieoure dins la drudiero.

S’ai un crayoun et gis d’argen Sieou pus hurous qué bien dé gen.

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Oui moun crayoun es un trésor, Que vaou mai que l’argén et l’or, Que me donno maï dé ressource Que s’avieou une grosso bourso.

Coum’un troübaïré au temps jadis Couren per touteis lei pays, Pertout ai l’houspitalita,

Pertout sieou un enfant gasta .

Sabé coucha dins la feniéro,

Rousiga un pan per la carriero.

A moun courset, moun pântaloun Manquoun toujours qu’auqui boutoun Moun capel eïs escraboussa,

Moun paleto jamaï broussa,

Et sieou cira, chasque matin,

Per la poussiéro di camin.

Ma redingoto ei bien raspado,

Mi pochi soun souvent traucado,

De mi soulié li courrejoun Toujours pendoulon maou réjoun.

M’appeloun Rei di barulaïre,

De la naturo lou bon païré,

La cremo dis espeiandra, Bonaventuro dé Carpentras.

Se vous mouqua dé ma paruro Que diré de ma cheveluro ?

De poumado sieou pas claffi :

Sieou la flour dis espelouffi.

L’habit, sabès, faï pas lou mouïné, En estént vieï, en estént jouine, Quoique toujour maou adouba, M’atrove hurous coum’un créba.

J -J. -B. L AU RENS

Gin de chivaou dins moun estable Et quand parte amé moun cartable, Un crayoun, un tros de papié,

Aï per carosso mi soulié.

Douas poumo am’un tros de fougasso Faou am’aco bono vidasso.

Quand li mange aou pé d’un roucas, Per ieou l’ya pas mïou répas .

Mai lou père de la Naturo A ben souvent d’aoutri voituro.

Dins li wagoun proumiero classo L’y an accourda gratis sa plaço.

A la taoulo di gran segnour Ei mis à la plaço d’hounour,

Et toujours servi lou proumier Di mioü mousseou d’aou gibier.

Sens n’en paga countributioun Pousséd’à ma dispousition De belli terro et de casteou, D’houstaou, dé moblé li pu beou.

Gasta coumé séré douillé,

Quand faï fré fan coouffa moun lié ; Per rendré moun bonheur parfé Li damo me fan lou café.

De tout cousta sieou appela,

Sieou paoutirat d’eici d’eilà ;

Et coumo de Lauren n’ya qu’un N’y a pas un mouceou per chascun.

Quinte bonhur, quinte plesi !

D’avé forç’ami ben choousi !

D’estre ansin riche sens argen :

D’estre ansin hurous et counten !

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L’hiver, quand y a plus gis de feuio, Quand fai fré, quand toumbo de pleuio Pinte li charme de l’estieou :

Faou d’aubre vert coum’en avrieou, Casteou, forés, ame sis oumbro, Rouino, clouchié, capello soumbro, Mar, ciel et, paoure vagaboun, Emporte tout dins moun album.

Mai dé tout ce que la Naturo Oufïre de bon per la pinturo Ren à moun gous mieou assourti Qu’un beou visage adoulenti.

Aco ei beleou uno chimero.

Mai vese un ange sur la terro Dins touto chatto de quinze ans Que davant iéou countemple en lou pintant.

D’aquelis angé h moudélo Sount dounc parmi li damisello.

Vaqui perqué sa soucieta Es un besoun de moun état ;

Et se la pinte adoulentido D’amour trop apensamentido Ei qu’ai sincero coumpassioun Di chagrin que li paou douna un poutoun.

Dins li sérail de la Turquio Ya ben ségur pas tant de fiho Üoumé dedins la coulectioun Qu’a ramassado moun crayoun.

Li belli chatto, vounte vague,

Moroun d’invejo que l’y fague,

Que l’y tire un pouli pourtré :

Fan lis yeux dous et me couroun après.

En France coum’en Allemagno,

Dins l’Angleterre, dins l’Espagno, Quand me disoun de li pinta Jamai pode l’y résista.

Ai bien pinta de Beoucairenco,

Bien de galantis Arletenco,

De grisetto de Montpellier.

Li pu poulido sount sus mi papier.

Dins soun pourtré toujou poulido Et toujou jouïno. jamaï passido, Moun pinceou donno à la beouta L’hounour de l’immortalita.

A la beouta per rendre houmage Aren la cansoun après l’image ;

Et de canta quand sieou d’humour Ieou musiquege li pantaï d’amour.

Aqueli pantaï di filleto Sount lomsujet di cansouneto Qu’amoun de me faire canta.

Et qu’amé autant de répéta.

A moun tant fort li tant poulido Qu’alor de sa parpelo humido Toumbo une larme descoundoun .

Yaqui l’hounour, lo but de mi cansoun

Souvent aqueli paouri fiho, Commissent ben ma sympathio Me prenoun per soun counfessour Et me racontoun sis amour.

Di peca que fan counfidenço Fan souvent duro penitenço :

Chagrin d’amour faï trop soufïri Et, sens espoir, n’y a que voloun mouri.

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Aro voleencaro vous dire,

Et duve plus vous faire rire,

Que la musique, ben segur,

Eis un de mi pu grands bonhur.

Donno à moun âme sounjarello Li jouissenoo li pu bello.

Ame ma basso e moun viouloun Ame moun orgue et mi cansoun.

Dins aqueli cansoun soulage un paou moun âmo ; Gante jouïnesso, amour, tout ce que m’a quitta ;

Et per mi souveni, per canta la beouta Pamén dins mis accords s’attrove encare de flammo. Me counsole en canten, mé counsole en pinten De lajouino beouta lou regard sourisen.

Beouta, rayoun dôu ciel que toumbo su la terro Vounté la vido ei tristo et lou bonhur ben court , Younté chasque plesi se pago uno doulour ;

Beouta m’as counsoula, as charma ma misero. Benleou te veiraï plus, benleou m’endourmiraï, Jusqu’aou dernier moument faï me lusi ti ray.

Aquel moumen ei près, ma carriero ei finido.

Ge qu’amavo moun cœur, ce qu’amavoun mis yeux Sara disparégu dins l’éternello nieu.

Per lou travail ma vido es estado remplido.

Moun travail restara, et quand saraï parti Mieou qué dé mots dira coum’ai fach et senti.

De ces trois derniers couplets, de coupe différente et dans le mode acloulenti (tendrement mélancolique) et presque grave d’un choral, auquel devait revenir le naturel de l’auteur, voici la traduction littérale:

Dans ces chansons je soulage un peu mon âme :

Jp. chante Jeunesse, Amour, tout ce qui m’a quitté Et pour me souvenir, pour chanter la beauté,

Pourtant dans mes'accords se trouve encor de la flamme, Je me console en chantant, je me console en peignant De la jeune Beauté le regard souriant.

Beauté, rayon du ciel qui tombe sur la terre,

Où la vie est triste et le bonheur si court !

Où chaque plaisir se paye d’une douleur;

Beauté, tu m’as consolé, tu as charmé ma misère.

Bientôt je ne te verrai plus, bientôt je m’endormirai. Jusqu’au dernier moment fais-moi luire tes rayons!

Ce moment est près : ma carrière est finie.

Ce qu’aimait mon cœur, ce qu’aimaient mes yeux Sera disparu dans l’éternelle nuit. ..

Par le travail ma vie a été remplie :

Mon travail restera, et, quand je serai parti,

Mieux que des mots dira comment j’ai fait et senti.

CARRIÈRE

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