‹ Laurent de MédicisChapitre 27 sur 34 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LAURENT, SCOROUCOULO.

LAURENT

Scoroucoulo ?

SCOROUCOULO.

Seigneur?

LAURENT

OÙ sont donc tes deux hommes?

SCOROUCOULO.

Là-haut... couchés...

LAURENT

C'est bien. Au point où nous en sommes^ Je dois sans cul détour m'cxpliquer avec toi.»

Je vais le faire... avant cependant, montre-moi, Toi, qui sais le local, comment-il se comporte. Faisons rapidement...

Désignant la première porte au fond à droite.

OÙ mène cette porte?

SCOROUCOCLO.

A l'étage au-dessus, par ce couloir obscur.

LAURENT

A gauche, à droite, au fond, qui le ferme?

SCORODCOCLO.

Le mur.

L'escalier prend au bout,

LAURKIHT, montrant la deuxième porte.

Ceci?

Scoroucoulo l'ouvre.

SCOROUCOULO.

C'est une pièce Sans issue et sans jour.

A mi-voix.

Vrai boudoir de Lucrèce.

Ahl grâce des détails.

Allant vers la porte d'entre'e.

Tout-à-l'heure, à tâton, Quand j'allais affrontant cet antre de Pluton, En bas, j'ai sous ma main senti fuir la muraille. Et mon pied d'une marche a reconnu l'entaille... Quel est ce vide ?

SCOROUCOULO.

C'est le passage voûté Qui mène au pavillon avant nous arrêté. .. Vous savez...

LAURENT

Oui, je sais... d'un seul côté, du nôtre, La porte ouvre, je crois?

SCOROUCOULO.

Vous l'avez dit: de l'autre.

Impossible d'entrer...

LAURENT

Bon, cela me suffit.

Péfie à présent mes mots, et fais-en ton proGt.

SCOROUCOULO.

Parlez; j'ouvre l'oreille, et suis tout à vous, maître.

LAURENT, l'amenant ■près de la fenêtre.

Au-dessus de l'Arno, tu vois cette fenêtre; D'ici, jusqu'au niveau de ce quartier de roc. Contre lequel de l'eau vient s'amortir le choc, |Que comptes-tu de pieds?

SCOROUCOULO.

Oh! la distance est bonne!

Quarante pour le moins... Malheur à la personne Qui voudrait essayer d'un saut si périlleux : Je réponds, à coup sûr, qu'on n'en ferait pas deux.

LAURENT, à part.

Nul moyen de salut. . . quoi qu'il tente et qu'il fasse, S'il entre, il est perdu!

Haut à Scoroucoulo,

Sur l'autre rive, en face., En amont du jardin Pitti, regarde bien...

SCOROUCOULO, s'orientant.

J'y suis.

LAURENT

Au long des murs, ne distingues-tu rien?

SCOROUCOULO.

Pardon. J'aperçois là briller une lumière... On dirait une barque amarrée en rivière. Quelque pêcheur sans doute. .. ah ! oui , car loin du

[port...

Tenez, voilà l'esquif qui va virer de bord. LAURENT, avec une joie farouche.

Il vient?

Il regarde par la croise'e.

Oui, c'en est fait, sous sa mauvaise étoile, Par l'enfer inspiré, le voilà qui fait voile!

Prenant Fcchelle de corde.

Avec moi, vite à l'œuvre... à ces barreaux de fer Accroche cette échelle.

SCOROUCOULO, tout en Vaidant.

Eh I mais, par Lucifer, De quoi donc s'agit-il? par cette étrange voie Vous attendez quelqu'un, maître?

LAURENT

J'attends ma proie !

Prenant Scoroucoulo à l'e'cart.

Écoute : mainte fois tu m'as dit que ton bras, Ton sang m'appartenaient...

SCOROUCOULO.

Je n'en disconviens pas.

LAURENT

Qu'un dévoûment aveugle et que rien ne balance Me répondait de toi dans toute circonstance?

SCOROUCOULO.

Je l'ai dit.

LAURENT

Eh bien, donc, puisque tu t'en souviens. Prodigue de sermens, voyons si tu les tiens.

Il le ramène à la fenêtre.

Au pied de ces brisans, dans l'instant cette barque Va venir aborder... un seul homme débarque. Un seul ! et l'imprudent auquel par ce chemin J'ai dit de prendre, afin qu'une fois sous ma main, Sa trace à tous les yeux disparût comme celle Qu'imprime au sein des eaux cette frêle nacelle; Sur un simple signal...

Montrant un hucbet pendu à sa ceinture.

Par ce cor reconnu.

Monte aussitôt vers nous. C'est ainsi convenu. Tandis que je l'accueille avec assez d'aisance Pour du moindre danger ôter toute apparence... Toi cependant, caché dans ce couloir obscur, Tu te places sans bruit, debout contre le mur. Tes bravi près de toi, chacun droit comme un terme, Tenant son glaive nu d'une main sûre et ferme. J'ignore ce que peut durer notre entretien , S'il sera long ou court, car cet homme est chrétien, Et bien qu'il ait vécu comme un païen infâme. Je dois lui dire : A. Dieu recommande ton ame I Mais, quelque temps qu'il dure, et quelque évé-

[nement.

Qui vienne à la traverse en ce fatal moment. Vous ne bougerez point, ni les uns ni les autres. Que ma voix n'ait cric : Florence ! à moi les nôtrôSÎ A ce signal alors tous trois vous agirez.

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Et sans pitié, sans crainte, au coeur vous frapperez !

SCOROCCOULO.

Nous frapperons, seigneur... à moins, il faut s'en- Que ce ne soit Strozzi. [tendre,

LADRENT.

C'est le duc Alexandre I SCOROCCOULO, avec terreur.

Le duc!

LAURENT

Eh quoi! vas-tu, par hasard, dire non?

Tu trembles, tu pâlis en présence d'un nom? Insensé! sache donc que du trépas du traître Dépend en ce moment tout ton salut peut-être... L'écrou par toi levé, l'ordre écrit de ta main:.. Le duc sait tout! s'il vit, toi, l'on tependdemaini

Il se peut?

tAURENT.

Les archers au seuil de ta demeure Déjà sont embusqués.

SCOROUCODLO.

Eh bien ! que le duc meure 1 Le sort en est jeté.

LAURENT, se penchant en dehors de la croisée.

Silence! les voici.

Va, retiens le signal... moi, mon poste est ici.

Scoroucoulo s'engage clans le couloir. A peine a-t-il disparu, qu'on cntcud au pied des rochers un appel sur le cor. Laurent prend son liucliet et le re'pète. Moment de silence. La main sur l'e'clielle.

II monte !

Faisant le geste d« dctaclier l'c'cliclIe.

Oh! que nepuis-je au milieu de l'abîme... Hais non!...

Regardant en Las le Duc qui grimpe.

Sur l'échafaud ainsi monte le crime :

Laissons-le donc gravir, le chemin n'est pas long, Et tendons-lui la main au dernier échelon !

 CCS mois, le Duc paraît à la fenêtre.

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