‹ Laurent de MédicisChapitre 5 sur 34 · OÙ · texte numérisé non relu

OÙ

SCOROUCOULO.

Prés de l'Annonriado.

Dans la rue Alcorde, lors de mon ambassade. Nous nous sommes croisés... lui sortait, moi j'en-

[trais...

Et bien que sous sa cape il dérobât ses traits, Bien qu'il s'enveloppât du plus sombre mystère, La haineest clairvoyante... au long du monastère Tandis qu'il s'effaçait, comme un adroit limier. Auvent d'un ennemi j'ai flairé mon gibier.

LAURENT, à part.

L'imprudent! en plein jour ainsi courir la ville! Que faire? il est perdu... près de cette ame vile Tenter un noble appel? il ne comprendrait pas... Me défaire de lui? j'ai besoin de son bras.

Haut.

Et qui retint ta haine, alors que, passant contre, Tu vis ce traître? un lieu désert, où l'on rencontre Peu d'indiscrets regards a cette heure du jour. Tu pris peur?

Moi? C'est bon pour un homme de cour,

LAURENT

Alors dans quel dessein ?

SCOROUCOULO.

Je m'en vais vous l'apprendre.

Pour lui jadis pendu, je veux... le faire pendre!

LAURENT

Ah! vraiment?

SCOROUCOULO.

Troc pour troc : je vais en plein conseil Sur sa présence au duc donner ici l'éveil.

LAURENT

L'idée est neuve.

A part.

Aux mains de cette bête fauve Le malheureux est mort, si moi je ne le sauve : Un seul moyen me reste... un seul... essayons-en; Une fois Strozzi sauf, j'en reviens à mon plan.

Haut.

Ta n'as dit jusqu'ici ta rencontre à personne ?

SCOROUCOULO.

Personne, excepté vous.

LAURENT

Écoute alors; raisonne Tu vas livrer au duc un ennemi mortel : Le duc reconnaissant, et c'est bien naturel, T'aura bientôt payé ta double récompense... Tu passeras au fisc, et l'autre... à la potence.

SCOROUCOULO, avec joie.

Vous croyez?

LAURENT

J'en suis sûr... mais c'est le beau côté Par oîi brille ton rôle.

SCOROUCOULO.

Oh : oh ! en vérité?

LAURENT

Le cas où lo coupable est pris, où l'on l'arrête... Si Strozzi, l'échappant, met à couvert sa tête, Sais-tu ce qu'avant |)eu te revaudra l'honneur, De t'êtrc fait tout haut son dcnonciotcur? L'avant." ge llaiteur, immense, incontestable,

MAGASIN THEATRAL

D'être bientôt au sec sous quelques pieds de sable. Voilà l'autre côté... Vois, choisis maintenant, Et corps à corps, pygmée, attaque ce géant.

SCOBODCOULO.

Mais comment faire, alors?

LAURENT

Agir avec prudence, T'en rapporter en tout à mon expérience. Le veux-tu?

SCOROUCODLO.

Je le veux.

Dans un instant, ici, le duc vient pour siéger.

Lui préparant un siège et tout ce qu'il faut pour e'crire.

Dénonce-lui Strozzi...

SCOROCCOULO.

Par écrit?...

LAURENT

Par écrit. A cet acte anonyme.

Qui, sans danger pour toi, prévient moins ta vic- Pour contre-marque. . . [ time,

SCOROUCOULO.

Àh! oui...

LAURENT

Tu joindras quelque objet.

SCOROUCOULO.

Quoi, par exemple ?

LAURENT

Quoi? je ne sais.

Comme par inspiration.

Ton stylet.

Puis, le tout bien scellé, te mettant en demeure, Au tribunal des huit tu t'en iras sur l'heure. Sous la porte, en entrant, est un coffre de fer. Gouffre toujours béant, vrai soupirail d'enfer, Placé là comme un tronc pour recevoir et prendre. Et de ses flancs d'airain ne jamais rien vous rendre. Tu t'en approcheras, et, sans peur, de ta main, Tu laisseras ainsi glisser le parcliemin.

Il laisse tomber le parcliemin sur la taljie.

SCOROUCOULO, le ramassanl et se disposant à

écrire.

Je comprends et j'écris.

Tout en e'crivant.

Vous êtes un grand homme!

Strozzi fuit, je me tais.. . il est pris, je me nomme. C'est jouer à coup sûr.

LAURENT, à part.

Je n'ai pas mis au jeu!

Scoroucou1o,qui a fini d'écrire, joint sou slylel à sa di'noncialion, renferme le tout dans le parchemin, et consultant Laurent.

Est-ce bien?

SCOROUCOULO.

LAURENT

A merveille. Apporte-moi du feu.

Scorouroulo sort ; 2i peine a-t-il franclii la porte, que Laurent ouvrcrapidoniciit Icpartlieiniuctcurtliic la IcUrc cl le Stylet de Scoi yuioulo.

Pour frapper un tel cœur ton arme est trop im'*

[pure, Mon brave! au fond des eaux, sa digne sépulture. Qu'elle aille un jour l'attendre, ô spadassin bâ-

[tardl'

Il froisse la lettre contre le stylet, jette le tout par une croise'c donnant sur les fosse's de la citadelle ; cela fait, il prend le feuillet des tablettes de Strozzi qui contient de la main de ce dernier la liste des conjure's, y joint le poignard qu'il a échangé avec lui, et s'écrie :

Et maintenant, à moi! cet écrit, ce poignard. Qui seront tes sauveurs en ce péril extrême, 0 Strozzi! noble ami.

Il les enveloppe dans le parchemin.

Dénonce tout toi-même :

Livre au duc un complot qu'il allait découvrir. J'achète ton pardon par ce feint repentir : Il le faut ! renversons ce frêle échafaudage... En sous-œuvre avant peu nous reprendrons l'ou-

[vrage!

Comme il achevé, Scoroucoulo rentre et dépose unelampf sur la table.

SCOROUCOULO.

Voilà...

LAURENT, cachetant le parchemin.

Bien... Cours aux huit.

Prêtant l'oreille.

J'entends monter, je croi, Par l'escalier du duc.

SCOROUCOULO, S* approchant de l'escalier.

Oui, l'on vient.

LAURENT, lui remettant le parchemin.

Hâtc-toi.

Scoroucoulo s'éloigne. Une petite porte masquée s'ouvre dans la boiserie. Le Duc parait.

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