‹ Laurier et son temps [microforme]Chapitre 10 sur 32 · LA GUERRE SUD-AFRICAINE · texte numérisé non relu

LA GUERRE SUD-AFRICAINE

+ Voiient annexées à Ja Colonie du Cap. Grâce à la sourranddlesse des Anglais et des Boers et à l'esprit de contraimgliation déployé de Part et d'autre, on en vint à un pat'cord qui contenta tout Je monde. Et cela à tel point Térenhe trois rebelles : Louis Botha, Smuts et De Wet l'heugvinrent peu de temps après ministres dans la coneu sidération sud-africaine.

el Pour bien marquer Ja volonté de Laurier de faire

> noMBrticiper le Canada à la défense de l’Empire, rap-

ons qu'en 1910 il faisait adopter par le Parlerent une loi créant une marine canadienne, Sa déeco@ite en 1911 l’empêcha de mettre un certain nombre SE navires en chantier, En 1912, M. Borden faisait u cBter aux Communes quelques millions pour acheter e k®s dreadnoughts destinés à faire partie de la mas she impériale, mais le Sénat refusa son concours la résolution de la Chambre basse. 11 ressort de te double tentative de nos deux hommes d’Etat ils voulaient l’un et l’autre prendre part à la dése de l’Empire, mais par des moyens différents.

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DEUX VOIES TRANSCONTINENTALES

En 1904, le gouvernement Laurier entreprenai en collaboration avec la Compagnie du Grand-Tron la construction d’ur nouveau transcontinental, « Moncton au port de Prince Rupert. Quelques année après, il subventionnait le Canadien Nord, qui relia Québec à l’océan Pacifique.

Il incombe à tot gouvernement de développe par tous les moyens possibles, la prospérité du pa qu'il est chargé d’administrer. Ce devoir s’impo d'une façon impérieuse dans une contrée nouvel comme le Canada, ayant sous son contrôle d’imme ses régions de terres vacantes. Laurier et ses colk gues eurent bien vite saisi les différentes solutio du problème à résoudre et s’appliquèrent à atti l'immigration dans l'Ouest, à ouvrir de nouvea débouchés à notre production agricole et industriel et à multiplier les voies de transport, condition esse tielle de tout progrès matériel.

Les voies ferrées, dont nous venons de dire mot, furent généreusement subventionnées par k gouvernements du Canada, de l’Alberta et de la

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atchewan. De part et d'autre, on se lança dans ces ntreprises avec une audace que paraissait justifier prospérité du pays. Le Canadien-Nord qui posde dans l'Ouest un réseau de 5,000 milles, faiait face à ses obligations avant la guérre. Quant u Grand-Tronc Pacifique, il n'était pas encore teriné en 1914. On est maintenant d'avis qu'il aurait té sage de fusionner ces deux compagnies. En 1906, l y eut une tentative dans ce sens: il est regrettable Qu'elle n’ait pas abouti.

À En 1916, le Canadien-Nord et le Grand-Tronc acific se trouvèrent PréSque sans ressources, et la ituation de ce dernier vint créer de grands embarras nanciers au Grand-Tronc qui lui avait prêté plueurs millions. C’est au point que cette compagnie, à plus ancienne du Canada, (sa création remonte à | 852) dut aussi tendre la main au gouvernement. Les hommes d'affaires les plus réputés du monde, but comme les gouvernements, sont sujets à bien des usions. Leurs projets, en apparence bien étudiés, en mûris, semblent parfois, en face de leur exécu- On, avoir été conçus dans l'affolement, et le jour rive où ils se heurtent à des obstacles insurmonibles, lorsque les réalités viennent se substituer aux ojets conçus dans des heures d'enthousiasme.

La dette globale des différentes compagnies se hiffrait alors dans les 300 millions de dollars.

C'était la banqueroute en perspective. Il falla Be aviser à la prévenir. Le gouvernement chargea ur commission d'experts d'examiner la situation; ill conclurent à la prise de possession de ces voies fefi rées par le pays qui verrait à les placer sous le ca trôle d’une commission, ce qui fut fait.

La politique des chemins de fer sous le régime Laurier a été l’objet des plus ardentes critique Certains étaient d'avis que le Pacifique Canadial" aurait pu répondre longtemps encore aux besoins d Nord-Ouest. Mais cette région se développait si re pidement que la compagnie du Grand-Tronc cn qu’une nouvelle ligne y trouverait un trafic considé rabl:. C’est pourquoi elle entreprit, au moyen d’une compagnie subsidiaire, d'ouvrir une nouvelle voit de communication allant de North Bay au Pacifiq

De ce point à l’Atlantique, le réseau de la pr mière compagnie fournissait tous. les moyens communication désirablés. Le Parlement était à peint saisi de ce projet que le gouvernement suggéra ( prolonger cette voie à travers le nord de l’Ontari et du Québec jusqu’au Saint-Laurent, et de là i Moncton, N.B. Le Grand-Tronc construirait k tronçon occidental de ce chemin et le gouvernemei l'oriental. Cette route nouvelle ouvrait la région ( l’Abitibbi à la colonisation, au grand avantage del province de Québec.

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É Avec le Grand-Tronc Pacifique et le Canadien ord, nous avions en perspective deux nouvelles ve‘ anscontinentales où on avait cru, en 1872, qu'ur.

e n'aurait pu y trouver moyens d'existence. Mais élan de l'Ouest canadien vers le progrès fut vrait déconcertant. Durant ces années, sa populaion augmentait à raison de mille personnes par jour enues, soit de l’Europe, soit des Etats-Unis. La guerre a fait naître maints obstacles en travers de ette marche étonnante vers le dévelc vpement de ette région, et le jour vint où le Grand-Tronc Pacique et le Canadien Nord durent se mettre à la erci du gouvernement, pour échapper au désastre l'une liquidation forcée. Voilà pourquoi nous avons fté les témoins de la nationalisation de ces chemins.

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À la session de 1905, le gouvernement Laurier appelait à la vie nationale la plus large deux no velles provinces, taillées dans les prairies de l'Ouest.

Ce fut pour Laurier une tâche agréable d'élaborer les constitutions destinées à pourvoir aux multiple besoins de ces régions appelées à un développement rapide. Tout promettait une de ces discussions ami cales auxquelles l’opposition est tenue de prêter un concours loyal. Mais est-on jamais certain d'u calme complet en politique? Est-ce qu’un coin quel conque de l’horizon ne cache pas presque toujours un nuage chargé d'orage!

Dans un magnifique exposé, qui restera comme w modèle de narration politique, sir Wilfrid avai passé en revue l’histoire du Nord-Ouest.

Remontant aux origines de la colonisation, après les courses des hardis découvreurs, il avait peint à grands traits, les premiers essais de gouvernement dans ces vastes prairies, foulées naguère par le pas des bisons et des sauvages. Puis passant à u

Meroyances dans la plus large liberté de l'enseignement.

Fait curieux à noter, si Laurier a créé les deux dernières provinces de la prairie de l'Ouest et doté

cette région d’un nouveau transcontinental, c’est un autre Canadien-français qui avait été chargé de négocier l'annexion au Canada de cette immense région du Nord-Ouest. En effet, Cartier, délégué à cet effet à Londres, avait obtenu de la Compagnie de la Baie Hudson la cession de ses droits sur les territoires qu'elle tenait de Charles II d'Angleterre. N'oublions pas non plus, autre coïncidence à observer, que c’est Cartier qui a présenté le projet de loi constituant le Manitoba en province et qui a fait adopter par la Chambre des Communes (1872) la première charte du Chemin de fer du Pacifique canadien.

La Chambre avait écouté le premier ministre avec cette attention soutenue que sa parole séduisante lui

valut toujours. Aucune note discordante sérieuse ne se fit entendre après son discours, et les apparences faisaient espérer que les nouvelles constitutions R de l’Alberta et de la Saskatchewan entreraient triom. phantes dans nos statuts. Sous ce calme de surface fermentait un levain de discorde et le public fut surpris d'apprendre, quelques jours plus tard, que des dissentiments profonds avaient éclaté au sein du parti et même du Cabinet, relativement aux articles qui établissaient des écoles confessionnelles au Nord- Ouest. Des négociations s’engagèrent de part et d'autre et elles aboutirent au compromis que l’on connait.

Nous est avis, sans vouloir faire de la psychologie, que c'est à ce moment que sir Wilfrid traversa la crise la plus pénible, la plus cruelle de sa carrière politique. Quelle ne dut pas être sa détresse en présence du manque évident de générosité de la majorité protestante! Donner à la liberté religieuse la même largeur d’action qu’à la liberté politique, tel avait toujours été son idéal souvent proclamé. Et maintenant il constatait un abime sur ce sujet entre lui et ses amis. Ici son empire si puissant ailleurs s’arrétait ! S'il eut à ce moment obéi aux suggestions de son désappointement, il aurait, présumons-nous, pris sa retraite. Mais il comprit, comme

on

Langevin, Chapleau, Caron, Thompson, Costigan,

é qu'il fallait céder à l'omnipotence de la majorité

protestante, seul moyen de conserver aux nôtres une partie de leurs droits.

Donner à l'Etat la primauté sur l'Eglise, en matire d'enseignement, afin d’assurer une formation intellectuelle uniforme à l'enfance, telle est la fausse doctrine qui prévaut aujourd’hui en Europe et en Amérique, sauf dans la province de Québec. Nos hommes d’Etat anglais en ont subi l'atteinte et toute fausse qu’elle soit, elle a acquis chez eux la force d'un dogme.

Son devoir, en face de l'intransigeance protestante, n'était-il pas de démissionner, diront quelques critiques, les yeux fixés sur le texte du droit absolu ? La démission, c’est bien ce que lui conseillaient son intérêt et son état d'esprit. Mais le devoir lui commandait de rester au poste, et c’est le sentiment de l responsabilité qu’il impose qui doit, dans certains, cas, l'emporter sur les considérations personnelles.

Et après la démission, quoi? Une crise terrible s'ouvrait, Le sentiment protestant surexcité y aurait vu une victoire, et s’exaltant dans son triomphe se serait refusé à tout compromis. Résultat, anéantissement momentané de notre influence, et perte pour les catholiques du Nord-Ouest de 1a liberté d’ensei-

tous les ministres catholiques, ses devanciers, comme

\ ÿ " ÉTAT à ie En Me ces à ad oui di A AR Run me ee ex Sn CL,

gnement religieux, après les heures d'études ordi. naires. |

Qu'il soit plus méritoire, plus digne d’un homme d'Etat de traverser une crise dangereuse au risque de s’attirer l'impopularité ou de s’exposer à d'in. justes soupçons, que de la fuir avec un panache de vaine gloire, l’histoire le démontre amplement. Ci. tons un seul exemple: Au mois de janvier 180 Emile Olivier devenait premier ministre de Napoléon III et formait un cabinet avec responsabilité à la Chambre des députés — réforme réclamée depuis longtemps. Sa mauvaise étoile voulut que surgit, au mois de juillet de la même année, entre la Prusse et la France, une Complication au sujet de la candida-

ture d’un prince allemand au trône d’Espagne. On sait que le différend amena ce conflit, dont h France sortit meurtrie et mutilée. Or, Emile Oli. vier s’opposa de toutes ses forces à la guerre. Contre lui s’agitaient la Cour, l’impératrice, les autres ministres; Napoléon III inclinait vers une solution pacifique. Il semblait que la retraite d'Emile Olli. vier s’imposait en cette occurrence. Pourquoi assumer la responsabilité d’une entreprise qu’il avait

désapprouvée ? Démissionner, c'était jeter le désarroi des dans les préparatifs de la Campagne et donner aux drc partisans de l’absolutisme Bouvernemental l'avantage cra

de regagner le terrain perdu. Donc, Emile Ollivier

conserva son portefeuille L patriotisme.

Qu’advint-il ensuite ?

Par esprit de devoir et de

Durant plus de trente ans,

que D'un flot d’injures s’abattit sur sa tête. On lui repro-

d'in: Æ cha d’avoir voulu la guerre, on rejeta sur Jui la res- 5 © de Æ ponsabilité de Ja Catastrophe qui l'avait terminée.

Dans ses dernières années, la publication de documents officiels à permis à Ollivier de revendiquer son honneur, à la lumière de la vérité. 11 n'y a aujourd’hui en France qu'une voix pour rendre hommage à son désintéressement patriotique.

Le droit devrait tout Primer en ce monde. Par

€ D malheur, les préjugés, da- D accepté Partout de cett On ,

que chacun pense, des autres.

Pascal.

Vérité en deça, erreur au-delà, disait demandait un

it impose des compromis. Le Saint-Siège, l'incarnation du

droit et de la vérité, a dû lui-même accepter, par (rainte de pire, des traités gênants pour l'Eglise. Le Pape Pie VII a-t-il signé, sans un serrement de

cœur, le Concordat rédigé par Napoléon Ier? Cet à accord livrait au gouvernement français la facuité de désigner les évêques à la nomination du Pape, forçait ceux-ci de demander au pouvoir civil {1 permission de se réunir plus de dix à la fois, de R faire un voyage à Rome et qui réduisait les curés au rang de fonctionnaires publics, appointés par l'Etat; quel abus! Et le Concordat ne donnait pas non plus aux catholiques la liberté de l'enseignement: ils ne la reçurentique : la loi Falloux en 1850.

Le malheur des temps contraignit le Pape à agréer le Concordat par crainte de voir la religion péricliter en France, faute d’une entente.

L'intérêt suprême de l'Eglise aux prises ayec «œ que l'on appelle le “ fait du Prince ”, c’est-à-dire Ja volonté d’un tyran, telle fut la raison déterminante de Pie VII. Cet accord ne trouva pas grâce aux yeux de certains catholiques. M. de Maistre, luimême, osa taxer le Pape de faiblesse: il avait sacri:

fié les droits imprescriptibles de l'Eglise. Qui vou: drait aujourd’hui contresigner le jugement de l'implacable auteur des Soirées de Saint-Petersbourg!

Au surplus, si le compromis Laurier à été jugé insuffisant par des hommes qui, n'ayant jamais exercé le pouvoir, ignorent les: responsabilités qu’il comporte, il a paru ailleurs répondre à une nécessité de gouvernement. Lors d’une visite de Laurier

EN OU DO 00 Les msn cn où

à Rome en 1907, le Cardinal Merry del Val et | le cardinal Vannutel

de prélats, notre co éminent et d'homme d'Etat tel que l'Eglise serait heureuse d’en comp

Il est une vérité monstration; on re

(1) Il s’est produit, au mois d'août 1909, un incident qui met les choses au point. Au cours de l’hiver (1909), M. l'abbé Bérubé, curé de Vonda, Sask., publiait dans les journaux une lettre déclarant que les catholiques de cette Province, appuyés sur le compromis Laurier, avaient établi, de concert avec les autorités provinciales, un modus vivendi qui donnait à l’enseigenent religieux toute la latitude désirable. M. Bérubé fut ès lors pris à partie r Mgr Langevin et quelques prêtres de son di ; Mis en fâcheuse posture par cette dénonciation,

< le protéger s’il y avait lieu. Pascal n’hésita > à déclarer qu’il approuvait la conduite de M. Bérubé. Cela devrait clore la discussion

Si les catholiques directement intéressés trouvent répond aux aspirations de leur conscience,

po rsister, malgré eux, à les représenter comme victimes d’une odie ion ?

On trouvera la lettre du curé de Vonda, avec l'approbation e Mgr Pascal, dans la Presse et le Canada du 15 août 1910.

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“Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire ” disait un jour Fénelon. Comme l’histoire de son temps s’écrivait à la pointe de l'épée, et qu’elle ne tournait qu’à la misère du peuple, son exclamation se comprend. Vivant au milieu de nous, il aurait pu dire: “ Heureux les peuples dont l’histoire se forme d'entreprises ayant pour objet d'améliorer la condi: tion de l’homme, loin de la discorde fatale à la prospérité publique.” Les quinze années du régime Laurier se scnt écoulées dans une atmosphère d'harmonie entre les races du Canada, dans une entente presque fraternelle. Pourquoi n’a-t-elle pas duré, hélas! Dans cette fortifiante atmosphère toutes les forces vives

de la nation se sont déployées, en vue de progrès B © inespérés et inouis. Et cependant, il serait injuste “ d'oublier que la fortune publique s'était développée à grandement avant l’arrivée de Laurier au pouvoir. : Mais dans la relativité des choses, la marche pro- dk gressive sous son régime dépassa de beaucoup 4 prospérité d'autrefois. .

Notre pays dans son évolution a parcouru le Lai Stade de son autonomie. “Le Canada est une 1

dernier vestige de sa souveraineté ; le renoncement ; toute intervention dans la négociation de nos traités de commerce avec l'étranger. Les concessions dans cet ordre de choses sont allées si loin que, à la demande du gouvernement canadien, elle a dénoncé ses propres traités de commerce avec l'Allemagne et la Belgique, parce que nos intérêts l’exigeaient. Voilà pourquoi Laurier pouvait réclamer, er mettant pied à terre en Angleterre, que le Canada: est une nation. En effet, nous possédons toutes les

réalités de l'indépendance avec une apparence seule.

ment de sujétion à l'Angleterre.

Dans le travail d’émancipation du Canada, les nôtres ont joué un rôle prépondérant. Si Lafontaine en a posé la base et Laurier le couronnement, n’oublions pas que, de l’aveu le Macdonald et de Tupper, c'est à Cartier que revient le mérite d’avoir impost à l’union des provinces, le système fédératif, dans le but de mettre à l'abri de tout empiètement les droits essentiels à notre existence nationale, Chacun de ces trois grands Canadiens a donc mis la main à l'œuvre, en y laissant son empreinte spéciale. À Chez Laurier, les qualités brillantes se balan-

cent avec l'élévation du caractère. Son prestige re. posait sur des mérites solides : voilà pourquoi il s’est maintenu pendant quinze ans avec un inaltérable éclat; tels certains arbres de nos forêts traversent

ient à

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des affaires

toutes les saisons sans perdre leur couleur. Si la popularité de Laurier s'étendit d'un océan à l’autre, c'est surtout dans la province de Québec qu'elle atteignit son plus haut degré d'intensité. Ailleurs 4 elle était faite d’admiration Pour son talent et son ca- Re

auqu’au fort de sa lutte avec Sydenham et Après la victoire, dans le cours normal administratives, il sentit ses amis se dé-

Metcalfe.

prendre de lui petit à petit. Cartier fut l'absolu. tisme fait homme; il tenait ses adhérents en mains pour ainsi dire, sous le fouet. Aussi était-il plus ac. cepté comme l’homme indispensable que comme l'i dole du peuple.

À l'origine du régime actuel, Cartier descendait à d'Ottawa à Québec pour donner des ordres à ses lieutenants; il avait son siège à l’Assemblée législative. Sa présence gênait, même lorsqu'il ne prenait aucune part aux discussions, on sentait que Chauveau et ses collègues avaient pris langue avec lui avant de parler. L’abolition du double mandat, réclamée et obtenue à cette époque, visait son expulsion de la législature provinciale. Marchand et ses amis avocats de cette réforme, soutenaient que le pouvoir fédéral devait être séparé du pouvoir provincial, Sous cette dualité, disaient-ils, les ministres de Québec ne faisaient que graviter dans l'orbite du puissant ministre fédéral. |

À tout prendre, l’histoire de notre pays sous le ré gime Laurier déroule une série d'événements qui forment de belles pages fort intéressantes. Elle si: gnale, comme les phases les plus éclatantes de son activité, la résistance opposée à l'impérialisme, la conquête entière de notre liberté en matière de rels tions commerciales, et une politique progiressive dans la paix, outil si efficace de notre avancement

VU te. lee

matériel. Avec cet art qu'il possèdait de donner parfois à sa pensée une forme qui se grave dans la mémoire comme une inscription sur le marbre, il a dit un jour: “ Le dix-neuvième siècle a été celui des Etats-Unis: le vingtième sera celui du Canada ? ”

| N'avons-nous pas vu la réalisation de cette prophétie

de son vivant? De 1896 à 1911, le chiffre global de notre commerce a sauté de 250 millions de dollars à 741 millions. A l'heure la plus brillante de leur plus grande prospérité, les Etats-Unis n'ont jamais vu un pareil essor.

Ce ne fut là que le premier pas dans cette voie. Dès 1907, les honorables MM. Fielding et Brodeur, négociaient, seuls, avec le &ouvernement français un traité de commerce. Il y a dix ans, l’honorable M. Lemieux arrétait à Tokio, de concert avec les autorités japonaises, les termes d’un accord important. Dans ce dernier cas comme dans le précédent, l'ambassadeur anglais n'intervenait, pour ainsi dire, que comme témoin pour la légalisation des signatures. Depuis, sept traités, de moindre importance, entre le Canada et les Etats-Unis, ont suivi le cours de leurs négociations sans aucune entrave de la part des autorités britanniques. La conquête du droit d'entrer directement en rapport avec les nations étrangères est donc complète.

Il est impossible de penser à l'œuvre de Laurier sans voir l’orateur, soutien de l’homme d'Etat, et alors la pensée se présente de le comparer à quelquesuns de ses plus illustres prédécesseurs, arrivés comme lui au sommet par la force de la parole. Cinq noms s'imposent entre tous dans le groupe nombreux de nos orateurs: Papineau, Chauveau, Chapleau, Mercier et Laurier. Papineau a d’abord servi de terme de comparaison : Ja postérité lui a longtemps donné la primauté, Grand, bel homme à Ja superbe prestance, voix retentissante, il avait bien les qualités extérieures qui font les Démosthènes et les Mirabeau. Et quelle grande car se pour donner l'essor à son verbe passionné: la revendication des droits à l'existence politique de tout un peuple! Il n’est pas un chef de parti ordinaire, à l’autorité contestée, exposé aux attaques de la faction adverse. Lorsqu'il élève la voix, c’est la pensée de toute la nation ca-2dienne qui éclate dans le feu de ses justes indignations. De là, sa grande force sur l'opinion et contre ses ennemis. Mais cette cause unique, malgré l’ampleur des développements auxquels elle se prête, amène sans cesse les mêmes raisonnements. Vingt années durant, Papineau a prononcé la même harangue en y ajoutant, à la veille de 1837, un fort coloris de révolte. Dans ce torrent de paroles qui ont remué nos ancêtres, peu d'idées, peu de pensées,

AN CON CO RS NP MEN ag nan Est te ges

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irier l, et ues-

quelques rapprochements historiques entre la situation des Canadiens du temps et celle des colons américains à la veille de la Révolution. Ce torrent s'abat sur la foule en périodes interminables, incorrectes, pleines de mots retentissants. Un homme de l'époque, auditeur assidu de Papineau avant 1837, | nous disait : “ Jamais dans ses appels au peuple, il ne manquait de lancer cette phrase, en appuyant longuement sur chaque syllabe: ‘“ Le gouvernement britannique est un gouvernement tyrannique.”’ Grand orateur il fut, mais fatalement, orateur monocorde, Chauveau, c’est l’antipode de Papineau dont il subit longtemps le prestige. Autant le second était emporté, violent, autant le premier se montre pondéré, calme, étudié. Chauveau, c'est l’orateur académique, bien plus que le tribun. Sa parole qui vise toujours à l'élégance de haut vol, rasse par dessus la tète de la foule. L'organe est plutôt désagréable, le geste court; il y a dans toute sa personne une certaine mièvrerie qui choque, une éloquence peu virile. Ce n'est qu'après l'avoir écouté quelque temps, qu'oubliant ces côtés désagréables, on trouve du charme à son éloquence si élevée. Il force l’admiration par la beauté de la phrase. Rien n’égale, à ce point de vue, l’admirable prosopopée qui couronne son discours à la mémoire des braves tombés sur les plaines d'Abraham. (C’est écrit à l’antique; on sent

r’\ le lisant l’homme qui a vécu dans la fréquentation «€ Corneille, Racine et Fénelon. Voyez aussi la belle ordonnance de ses discours; la phrase rythmée, la cadence des mots, la gradation des raisonnement Pour amener l'effet voulu. L’exorde, préparé avec art, amène le corps du discours qui finit en une péroraison où l’orateur concentre tout son élan. C'est un pur classique, plus captivant à lire qu'à écouter, le plus littéraire de nos orateurs.

Tout est contraste dans la variété de talents des hommes. Chapleau ne ressemble ni à Chauveau ni È à Papineau, sans rappeler Laurier. C'est une nature exubérante, la plus richement douée qui soit, mais une nature débridée, sans frein, un torrent que l’art et l'expérience n’ont pas toujours canalisé, C’est la plus belle voix dont on ait gardé souvenir ; nous l’appellerions le ténor de la tribune, si cette expression n'était pas désobligeante. Il y aurait eu plaisir à l'écouter, même sans le comprendre, tellement sa parole caressait l'oreille de sons harmonieux. Sur les hustings, en face du peuple, il fut incomparable. Ses succès sur le tréteau populaire n’ont jamais été égalés. Il avait tout pour séduire, entraîner les masses: traits d’une distinction patricienne, avec une abondante chevelure tombant jusqu'aux épaules, une tête olympienne, telle que les artistes de l'antiquité en imaginaient pour figurer leurs dieux, enfin tous les

dons du théâtre. Sa présence imposait : si d'occasion, il se trouvait en face d'une foule rebelle, son prestige avait vite raison de cette colère. Maiïtriser, dompter un auditoire mal disposé n’était qu’un jeu pour Chapleau.

| pé- Les gens qui ne parlent jamais s’érigent en juges est implacables de ceux qui, par nécessité, parlent sou- &er, D vent. Ils ont souvent reproché à Chapleau certaines

audaces de langage, échappées aux hasards de l’imdes provisation. Mais à côté de ces phrases par trop WU fulgurantes, que de beaux mouvements, que de belles na-

envolées ! Tout homme a ses admirations qu’il prend souvent inconsciemment pour modèle. Admirateur passionné de Vergniaud, figure si touchante malgré ses fautes, Chapleau s’imaginait ressembler à ce jeune Girondin. Il lui était probablement supérieur, à tous les points de vue. La nature s'était plu à combler Chapleau des dons les plus variés. Cet impulsif à l'imagination emportée était, à ses heures, un homme de chiffres de tout premier ordre. A Ja direction de la Banque d'Epargne de Montréal, et à la direction du Crédit foncier, il étonnait les hommes d:: riétier blanchis sous le harnais.

Après la mort de Cartier, la fortune du parti con- Sérvateur reposa surtout sur lui. C’est son éloquence prestigieuse qui contribua le plus dans notre province à le ramener au pouvoir en 1878, et à l'y main-

tenir aux jours de défaillance. A tous égards, la retraite de Chapleau fut des plus regrettable.

En parlant de Chapleau orateur, est-il permis d'oublier le théâtre de quelques-uns de ses plus re. tentissants succès? N'est-ce pas à la Cour d'assises que Sa parole vibrante a retenti avec le plus ‘d’effet ? C'était merveille de le voir aux prises avec la partie adverse, quelquefois même avec le juge, et triompher dans la lutte. Avec quelle sûreté aussi son instinct divinatoire dè psychologue avisé ne faisait. pas sourdre la vérité du for intérieur d’un témoin récalcitrant! Il est resté 1 au prétoire.

Un raisonnement serré, relevé souvent par les coups d’ailes d’une brillante imagination, dans la discussion avec ses adversaires, prodigue d’une ironie impitoyable, cinglante, tel était Mercier au Par-

lement. Devant 11 foule, en crises électorales, il se dédoublait pour s2 faire peuple, jusqu’: imiter le langage peu soigné de ses auditeurs. Certains mots se déformaient par calcul dans sa bouche pour trouver plus sûrement leur chemin dans l’âme populaire.

L'affaire Riel lui fournit un thème qu’il développa en périodes virulentes. Toute la province s’attendrissait en écoutant ses lamentations sur le martyre de “notre frère Riel ” dont au fond il se souciait fort peu; et ensuite s’indignait contre le gouverne-

e maître, sans conteste,

ment Conservateur qui l'avait conduit à l'échafaud. de = tout orateur, il y a toujours un peu de comé- = dien; chez Mercier la dose ordinaire se trouvait dépassée. 11 fut à ce moment l’homme politique le és plus populaire, le plus écouté de La province de ses . +2 M Québec. ; : : 5 | : °* .3loire de Laurier ne palit-elle point en présence : dl - de ces astres de première grandeur : Papineau, Chau- À

veau, Mercier et Chapleau? Fi] nir la comparaison avec avant de grande marque ont pu l’em quelques détails, mais aucun

€ peut, certes, souteage. Tous ces hommes porter sur Laurier par d’entre eux ne donne e homme d'Etat ; il les

, il surpassa cepen- * L'esprit, affiné ve et alimenté népuisable, fourà un talent d’une souplesse nt, la phrase, Je mot exigé e difficile ou compiexe que rouve la solution nécessaire ui paraisse possible et satist un jour proclamé démo-

—€t toujours la seule q faisante, Laurier s’es

crate jusqu'à la garde, (to the hilt). Evidemment n’est pas démocrate qui veut. Il nous semble biu plutôt que la tendance de son i

ntelligence, ses goût

une fois mise en lumière. Personne autre, ni parnu les écrivains, ni psrmi les grands orateurs du pays,

nment Mn'aurait pu tirer des démonstrations de Londres et € bien Me Paris leur véritable expression, avec un relief goût Maussi saisissant, Voilà pourquoi Laurier restera té que Wongtemps pour la postérité le prince de nos orateurs : qu'il Primus inter pares. :

Que Laurier ait vu de haut et de loin, dans les Cet: ffaires canadiennes, nous avons donné maints exemples de sa vision pén’.rante, Mais sa perspicacité Sn Compréhension des questions d’un intérêt mon- -. dial se sont aussi plusieurs fois manifestées d’une TE façon éclatante.

C'est ainsi qu’un jour, se trouvant à Paris, il a démontré à M. Emile Loubet, alors président de la ‘publique, l'urgence d'une union étroite entre la France et l'Angleterre, M. Loubet partageait' bien ja manière de penser mais il avait des doutes sur la possibilité de donner suite à ce projet d'union, doute que Laurier sut dissiper.

D “Je suis heureux, dit-il un jour dans une circonstance solennelle, d’avoir attaché mon nom au grand œuvre de l'entente cordiale. J'étais convaincu depuis longt-=mps que l'intérêt mutuel de la France et de de] l'Angleterre exigeait qu'elles fussent unies, d’abord Pour notre protection commune contre le reste du monde, et ensuit, pour protéger l'univers dans son ‘

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