‹ Laurier et son temps [microforme]Chapitre 11 sur 32 · LAU'.IER ET SON TEMPS · texte numérisé non relu

LAU'.IER ET SON TEMPS

Canada, sir Wilfrid Laurier. Il était placé mie que moi pour apprécier l'esprit loyal et concili: de la Grande-Bretagne, ce qu’il s'empressa de : démontrer avec des arguments convaincants. So l'empire de ces idées, je rencontrais un jour m ami Edouard VII, et je constatais qu'il les part geait; et nous en arrivâmes à cette entente que ne ceSserai jamais d'admirer ”

Quel frappant témoignage de la mentalité sup rieure de Laurier. I] n’est

avoir conqui

de leur pensée ? Trop souvent, un mépris exaspé flétrit les opinions opposées et leur suppose les pi mobiles. Il faut une grandeur d'âme peu comm Pour se soustraire à ces petitesses, inséparables d conflits de l'humanité. Grâce à Dieu, Laurier trouvé dans le fond de sa généreuse nature la fo morale de s’incliner devant le talent d’où qu’il vi et de respecter toute opinion. Si violente que se 50 montrée la critique de ses actes, jamais elle ne lui arraché une expression qu’il ait cu lieu de | Prenez garde que même au milieu de Ja tempête d@

506, alors que l'attaque se déchaine autour de lui, geuse, injuste parce qu’elle est aveugle, sa modétion est allée jusqu’à la déférence pour des dénonations sans mesure. Sur la tombe de sir J. A. Macpnald n’a-t-il pas répandu des éloges que, par l’élétion des idées et la générosité des sentiments, l’on ver plutôt chez un ami que ans la bouche d’un adversaire politique ?

Une des caractéristiques de l’homme d'Etat est art de prévoir les événements et de se préparer à ire face aux éventualités qu’ils apportent, de sabir proportionner les moyens au but à atteindre et diriger les courants de l'opinion tout en paraissant obéir. Rarement le vent a soufflé d’un point quelrnque de l’horizon, sans que sa clairvoyance en ait 1 la prescience. A mesure que l’évolution du pays, la marche des affaires exige la collaboration des Duvoirs publics, il prévient, devance les nécessités progrès national.

En très peu de temps, l'exercice du pouvoir a déloppé chez lui la notion des choses positives, le ntiment exact du nécessaire et du possible, Quelle abileté de diplomate de carrière n'a-t-il pas dépen- * pour prévenir ces chocs d'opinions religieuses ou ationales, si néfastes dans un pays comme le nôtre ? voir le cours régulier et harmonieux des événelents sous son régime, n’aurait-on pas dit qu’il y ait ici qu’une seule nationalité communiant en uné ile foi? Pourquoi cette paix, triomphe d’un équi- Dre si nécessaire, ne s’est-elle pas maintenue ?

Il y a eu cependant des bourrasques ; dans l’ordre politique, elles sont inévitables, mais d’une parole — comme le coup de trident de Neptune — il a su le apaiser sur place. Non seulement il possédait les qualités d’un homme d'Etat, mais il en eut aussi le tem: pérament: la sereine indifférence én face de quoi qu’il advienne. Si un homme public subissait ke contre-coup de toutes les surprises, de tous les heurts qu'entraîne le fonctionnement de nos institutions, l'usure de la vie serait foudroyante. Aussi les évé:e ments défilaient sous ses yeux sans le surprendre. Il accueillait la hausse et la baisse des choses ave: le même demi-sourire; la mauvaise humeur n'es pas un état d’âme favorable en politique. Cette im passibilité n’est-elle pas la marque très démonstrative d’une âme bien portante ?

Avec Laurier est disparu le dernier survivant de la pléiade de nos gran parlementaires. Il les 4 vus assez longtemps pou, se pénétrer de leurs idées, et ses talents le placent bien dans leur lignée. Peut-o1 dire maintenant qu’il représente le crépuscule des dieux? Nous ne voulons pas le croire, bien qu l'heure présente notre ciel politique semble assez désert. Nous avons heureusement assisté, ces der: nières années, à des débuts assez brillants pour fai attendre prochainement des astres de premier ordre et de dignes continuateurs de l’œuvre de Laurier Tels de ses collaborateurs sont déjà de fortes pro messes pour l'avenir.

En 1911, sir Wilfrid était premier ministre depuis près de seize ans. Il lui fallut demander au peuple le renouvellement de son mandat. Dans le domaine de la politique, on doit s'attendre à des crises à presque tous les tournants de la route. Les élections géné-

ales sont surtout fertiles en Surprises. A la veille de la bataille, les grands meneurs Populaires étu-

dient l'horizon, sondent l'opinion et lancent leurs pronostics. Très souvent c’est l'imprévu qui surgit le la lutte pour anéantir toutes les prévisions. Tout promettait une réponse satisfaisante à l’'apdu SOuvernement libéral. N ‘avait-il pas raison

avancé à grands pas Que doit-on attendre le plus d’un &Ouvernement que l’accroissement de la ortune publique, l’aisance plus considérable au sein

ire 2 famille? Le commerce avec l'étranger avait

ie" des proportions inattenrues, Surpassant toutes S prévisions et l’industrie avait suivi une marche arallèle. I] n’y avait rien à désirer au point de vue

oO

de la prospérité générale. Mais l'exercice prolong: du pouvoir use le meilleur gouvernement. On r lui tient aucun compte de son habileté et l’on es impitoyable pour ses fautes réelles ou imaginaires, Un ministre confère-t-il une faveur à quelqu'un, il acquiert une reconnaissance douteuse et des inimi. tiés certaines.

Malgré toutes les apparences qui promettaient une belle victoire à Laurier, il fut défait je 21 septembre, 1911. Quelques provinces peu populeuses, et k Québec lui restèrent fidèles.

Voici comment les suffrages se partagèrent entre les candidats du gouvernement et ceux de l’opposition :

Contre Pour

+ ses. 55,209 57402 Nouveau-Brunswick .. .. 38,880 40,192 . 40,356 34,781 Colombie Anglaise. .. . .. 25,622 16,3508 Île du Prince-Edouard... 14,638 13,908 0 51,94

669,557 624,000 Quelles influences les électeurs subirent-ils at bureaux de votation? Elles furent diverses, selo

longi Mes milieux, La lutte parut s'engager devant le peuple sur la question du Traité de réciprocité que le gouvernement avait négocié avec les Etats-Unis. I] blait qu'il serait ratifié à l'unanimité par ‘es éleceurs. Libéraux et conservateurs s'étaient, à maintes prises, prononcés en faveur de relations plus troites entre le Canada et les Etats-Unis, Déjà, en 854, les deux pays s'étaient entendus pour la preère fois sur un accord Commercial qui, après sa conclusion, fit couler l'or américain par tout le Ca- On espérait bien chez nous (1€ ces excellentes reations d’affaires se prolongeraient au-delà de dix , période fixée pour leur durée. Malheureusement, ir 1861, les Etats du Sud des Etats-Unis s’insurèrent contre ceux du Nord qui visaient l'abolition séaie l'esclavage existant alors au sud du Potomac. se singulière, étant donnée la cause «u conflit, R° ©’mpathies du Canada allérent du côté des inurgés. Washington ressentit vivement cette faute. PAussi, en 1864, le gouvernement ainéricain refusa 8e renouveler le Traité de réciprocité, M En 1877, Georges Brown fut délégué à Washing- 1 pour opérer un Tapprochement entre Jes deux M5 Il revint à Ottawa faire un rapport sur l'échec fil avait éprouvé. Tupper, chargé en 1879 d’une Mission analogue à celle de Brown, ne fut pas

plus heureux. Que les Etats-Unis fussent revenu à des idées plus libérales, en 1911, c'était un succès que nous devions acclamer.

A Washington, le Congrès avait donré son ad.

hésion au traité. Cet accord était bien anodin: il ne comportait qu’une entente pour l'échange des pro duits naturels, sans toucher à ceux de l’industrie Il n’eut pas l’heur de trouver grâce devant Toronto qui visait dès lors à la mainmise sur toutes les af. | faires du pays; ‘ce que cette viile a obtenu à la suite des élections de 1911 et conserve encore.

Dans l'Ontario, sur 86 députés à choisir, cett province n’en donna que 13 au gouvernement. Com ment expliquer cet immense écart? Les ‘ Farmers'R de cette région avaient autant à bénéficier du traité de réciprocité que les autres habitants du Canada! Ils avaient dû subir aux élections d’autres influence que celles des affaires? Hélas, le fanatisme toujour en fermentation chez nos voisins, arrivait alors à st paroxysme; on avait pu le croire affaibli; il né s'était guère agité pendant les douze premières a nées du régime Laurier. Fallait-il encore souffrir 2 premier rang politique un Français et un catholique Est-ce que l'impulsion gouvernementale devait et core venir de ce Québec haï et méprisé? Mais le pres tige de Laurier n'avait pas subi une baisse à l'Oué seulement. Sous l’influence d’un nationalisme exal

sa majorité de 39 dans la députation de Québec était d

du projet d’une marine Canadienne, qui auraient dû aider Laurier dans l'Ontario étaient exploités contre lui chez nous. =

Chose pénible à Constater, des journaux canadiens et des feuilles anglaises, entre autres le “ Times ” ont conclu de l'accord

qui avait suggéré re les deux pays?

que c'est lord Grey iladelphhie, en 1910, à la suite d'un entretien

mauvais parti que certains journaux cherchaient à faire à Laurier et à ses amis au sujet de l'accord manqué, déclarait ce qui suit :

“Afin Ge bien vous convaincre que le Canada est d’un loyalisme et d’une fidélité à toute épreuve envers l’Empire, permettez-moi de vous dire que sir Wilfrid Laur:er, que certains esprits ici se sont habitués à tenir . - suspicion, était parfaitement corvaincu que l’adoption de la convention douanière qu’il proposait serait une source de force pour ke Canada et l’Empire. A ses yeux, l'admission en franchise des produits de la ferme, des pêcheries et des forêts dans un marché protégé de près de cent millions d’habitants, et cela au prix de l'admission réciproque de produits similaires des Etats-Unis semblait un avantage économique qu’il avait l’impe rieux devoir d'obtenir pour son pays, dès qu’un her reux concours de circonstances eüt mis la chos à sa portée. Je n'ai pas à me prononcer ici sur la ve leur du système; mais il n’impliquerait nullement un manque de loyalisme envers la mère patrie 1 l’affaiblissement du lien britannique.”

Lord Grey aurait pu ajouter, pour porter le coif de grâce à cette étrange accusation, que ce f Laurier et ses amis qui, en 1897, ont accordé à Grande-Bretagne un tarif de préférence de 12% s ses importations, préférence portée plus tard à 33% N'était-ce pas une faveur singulière de la part (

ces prétendus annexionnistes, faveur destinée à le commerce anglais à lutter con américaine au Canada ?

Mais l'opposition à Laurier puyait encore sur une autre question. La haute finance, l’industrie Surtout, et

certaines compagnies de chemin de fer tenaient ce raisonnement. ‘“ La ré-

ciprocité avec les Etats-Unis, c’est bel et bien en ce qui concerne l'échange des produits agricoles entre les deux pays, mais ce n'est là qu’une amorce qui 4 amènera, comme suite du Premier traité, un échange 1

isins. Adieu alors à |

aider tre l’impor::tion

dans l'Ontario s'ap-

er, comme M. White, en, le sénateur Jones, béral, passèrent à gaué de Réciprocité cachait ne tenait pas sur pied.

Taux dissimulaient dans radicale que Toronto dire l’extension de la ustriels. Au reste, si vait demandé au pays omiques avec les Etats- Jours été temps et possible de com-

resserrer nc:: relations écon Unis, il aurait tou aître ce projet.

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