‹ Laurier et son temps [microforme]Chapitre 12 sur 32 · M JE JE JE M OO J JÉ · texte numérisé non relu

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Laurier rentra dans l'opposition sans souffrir de diminution ; il restait le grand Laurier comme avant. Paraissait-il quelque part à côté des ministres, tous les regards se concentraient sur lui. Il dominait les autres célébrités de toute la puissance de sa haute intelligence.

La même dignité, la même condescendance généreuse marquaient chacune de ses actions à la direc- & tion du parti libéral. Avait-il à critiquer les mesures du gouvernement, il n’apportait aucune aigreur dans ses observations qui souvent tendaient plutôt à aider le gouvernement qu’à l’embarrasser.

À la session de 1911-12, Laurier reprit son ancien siège de chef de l'opposition et se remit à la besogne avec la sérénité d’autrefois. I] se rendait bien compte que dans la carrière politique il faut s'attendre à des sautes de vent qui déplacent les hommes et le choses. Le passage d’un député de droite à gauche n’est qu’un incident.

La première année du régime de sir Robert Bor den se déroula sans amener de grandes discussion

la même politique, de la réaliser.

rsque le gouvernede l’Angleterre et l'Allemagne, Lau-

er: 1917, tournèrent encore contre sir Wilfrid Laurier, abandonné à la veille de la lutte par les plus influents de ses lieutenants anglais, devenus membres du gouvernement de coalition. Il lui aurait été loisible d'en faire partie, mais une haute idée qui, aux yeux de certains, comportait un grand sacrifice, l’arrêtait. Entrer dans le gouvernement unioniste, c'eut été, pour lui, abandonner la direction de la province de Québec, ou en d’autres termes, renoncer à son appui. Que serait-elle devenue? Elle avait déjà fait bloc contre Ontario et le gouvernement, mais il est difficile de prévoir quelle attitude elle aurait prise hors de son influence? Fallait-il l’abandonner aux menées des agitateurs toujours aux aguets pour la pousser, par les temps de crise, aux agitations dangereuses ?

En demeurant son chef, il barrait la route aux esprits malavisés qui l’aurdient conduite à des écarts dangereux. Ce fut son dernier grand service rendu à notre province.

Les députés de Québec aux Communes ne pouvaient rester indifférents à la situation faite aux Canadiens-français d’Ontario par le gouvernement de cette province, depuis la mise en vigueur du fameux règlement XVII. Il leur sembla à propos, à la session de 1916, de prier l’autorité fédérale d’user de son influence à Toronto pour obtenir le redresse-

ment des griefs de nos Compatriotes. Ce fut M. Ernest Lapointe qui saisit la Chambre de cette question. Dans un excellent discours, suite d'arguments convainquants, et bien présenté, il démontra Ja grande injustice dont nos compatriotes sont victimes. Laurier vint avec son zèle ordinaire appuyer là requête de M. Lapointe.

Dans des phrases, claires, précises, Laurier invoque des arguments tirés de l'histoire du pays pour rappeler à la Chambre que, pendant cent-cinquante ans, les Canadiens-français de l'Ontario ont toujours joui de la liberté qu'ils revendiquent aujourd’hui. Rarement le prince de ja parole s'est tenu dans une sphère plus élevée :

l hauteur du but à atteindre, toute autre préoccupation s'effaçait. Soutenu par son dévouement aux intérêts de ses Compatriotes, et ceux de tout le pays, si intéressés à voir régner l'harmonie entre les provinces, Laurier, dans un éloquent plaidoyer, comme

S où il parut au Parlement (1917 et 1918) le vi

se rent à son siège, traitant e. DS Questions d'intérêt public avec la même force de

dialectique et la même forme impeccable que par le passé. L'âge n'avait encore rien affaibli chez lui. Comme aux jours d'autrefois, il ne pouvait parler sans être éloquent.

À la session de 1917, il eut encore à s'occuper du service militaire. C'était à une question si nouvelle pour nous qui, durant plus de cent ans, n’avions pas eu de guerre sérieuse, qu’il importait, au point de vue de Laurier; de consulter le peuple à ce sujet par voie d’un referendum. Ayant donné au gouvernement tout son appui pour assurer la participation la plus efficace du Canada à la guerre mondiale, il croyait de son devoir de ne pas aller jusqu’à la conscription sans un appel aux électeurs.

En 1918, la même activité, le même sentiment du devoir le tiennent au poste. Il prend la parole une centaine de fois au cours de la session. Aucun sujet ne le laisse indifférent. 11 eüt la tâche difficile de défendre Québec à la suite des émeutes provoquées dans cette ville par des fauteurs de troubles, venus de Montréal, paraît-il, dans le dessein de faire œuvre de désordre. à

C'est sur Saint-Roch, représenté au Parlement depuis plus de quarante ans par Laurier, que se portaient les dénonciations les plus violentes de certains journaux, et il sut en faire bonne justice. Comme

r le M en 1916, sur la question bilingue, c’est la patr'e franlui. D çaise qui se trouvait en jeu. Il fit connaître tous les rler tenants et aboutissants des troubles, en ‘indiquant clairement les Provocations, les fautes de certains iper D policiers. Après ses explications, on vit la vérité avec iou- À précision sous la Pression de sa grande autorité. ons Depuis les élections de 1911, le chef de l'opposioint Æ tion se tint toujours à son Poste, à la Chambre et ujet R dans toutes les assemblées de-son parti, traitant les ver- D questions d’actualité avec la vaillance et Ja pénétion Æ trante vision de ses plus jeunes anné s. I] faisait de e, il M la politique à Ja Gladstone, qui fut le grand objet \ la D de son admiration. | Les débuts de l'année 1919 le trouvèrent au travail . du Æ comme dix ans plus tôt. L’avant-veille de sa mort, une D le 16 février, il assistait à un diner au Canadian ajet W Club, et quelques heures plus tard, il ressentait la de BPremière atteinte de la paralysie qui devait Jui poriées D'ier le coup fatal. C’est le 1 7 février que s'éteignit nus @ la grande voix qui retentissait depuis cinquante ans vre RPOUr tour à tour, émouvoir, instruire et Passionner le peuple. .

entf Longtemps Laurier a Caressé le rêve d’une union OT -

tntre Ontario et Québec

élections de 1911 que le premier coup lui fut porté, et la loi du service militaire obl'zatoire vint en ache. ver la ruine. Quelques semaines avant sa mort, il confait à un ami l'expression de son désappointement et de son chagrin. Sa généreuse et haute conception de nos devoirs ne lui avait-elle pas voilé le fond des choses? La province voisine n’a-t-elle pas toujours nourri à notre endroit une hostilité sourde, soigneusement entretenue par les loges orangistes et appuyée sur les préjugés de race ? John A. Macdonald, dont la belle carrière politique a été soutenue par les} nôtres, convenait qu’en arrivant à l’Assemblée législative, après l’Union (1840), il voyait les Canadiens d'un très mauvais œil. En 1849, n’était-il pas l'ami intime de ces farouches sectaires qui mirent le feu aux édifices du parlement à Montréal ?

À la suite de quelques années de rapports plus intimes avec eux, il dut modifier ses idées sur les Canadiens-français.

M. Ross, premier ministre de l'Ontario, de 1898 i@ 1900, et plus tard sénateur, avoue dans ses Mémoi: res qu'avant d'arriver député à Ottawa il avait L plus fausse, la plus injuste idée des Canadiens dontllf il ne tarda pas de s'affranchir à leur contact.

‘ J'avais des idées fausses et injustes sur les Ca “nadiens. À ma grande surprise, je constatais quel

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