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vre politique. N'est-il pas permis aussi de dire qu’une nationalité encore faible, au point de vue du nombre, qui produit de tels hommes n’a rien à envier à ses voisines.
C'est en 1841, le 20 novembre, que Wilfrid Laurier voyait le jour à £zint-Lin. Cet endroit n'était alors qu’une petite paroisse isolée, à 10 lieues au notd de Montréal, et venant à peine de sortir de la forêt. Parmi ses principaux habitants, vivait Carolus Laurier, arpenteur, se livrant entre temps à la culture d’une terre. Homme plein d'énergie, plus instruit que ses voisins, il exerçait sur eux une certaine influence. Personne n'était plus’ et mieux connu que l’arpenteur Laurier par tout le comté de l’Assomption. C’est lui qui y a tracé tou-k tes les lignes des .‘ôtures mitoyennes, séparant les propriétés de cette partie de la province. On le re cherchait à cause de son esprit, de sa bonne humeur constante et de son affabilité qui ont passé à son fil Wilfrid. C’est tout l’héritage—le plus précieux qu'il lui a laissé, et l’héritier a su le mettre en valeu d’une façon merveilleuse,
Le grand-père de Laurier fut aussi un homme au dessus 2 la foule. 11 avait inventé un loch terrestre pour mesurer la vitesse des voitures : le taximètr! d’aujourd’hui avant la lettre.
Au collège de l’Assomption le jeune Laurie commença le développement de sa haute intelli
nce. [l eut comme condisciple Arthur Danseau, un autre esprit d'élite, un génie qui n’a pas pnné toute sa force, faute de l’occasion qui tient nt de place dans la destinée des hommes, et aussi ute du talent oratoire qui lui faisait totalement ‘faut. Laurier sortait du peuple, il ne pouvait int se parer de hautes ascendances, Lorsqu'on t fils de ses œuvres, et d'œuvres comme les sien- $, On n’a que faire d’une noble origine. Mieux aut tenir sa noblesse de soi-même que de ses anres. |
Une fois ses études terminées, Laurier ne crut S qu’il avait ville gagnée et que l’universalité des nnaissances humaines logeait dans sa tête. Hélas, Hop de jeunes gens, frais émoulus du collège, s’imaent tout savoir; cela s'accommode si bien à leur inéantise. Son esprit vite averti lui fit comprene qu'il n'avait en main qu'un outil qu’il fallait iliser. Il mettait en pratique, sans l'avoir connu, vis du chancelier d’Aguesseau à son enfant au rtir du collège : “ Mon fils, vos classes sont finies, S études commencent.”
Tout en suivant ses études de droit à l’Université Gill, il s'occupa d'histoire, d'économie politique, sociologie et de bien d’autres sujets qui demeuent comme autant de mystères Pour ses compaons. Tel il fut alors, tel il sera jusqu’à la fin.
dun té era be pote Daitn ad santé m
Durant son stage, à Montréal, il devint l'ami d’un singulier personnage, grand meneur populaire pen-l dant quelques années. Ce personnage avait nom Mél déric Lanctôt. Ses premiers agissements dans la politique revêlent l’homme qui veut arriver. Lell temps où il parut semblait favoriser son ambition. L'agitation pour ou contre le projet de Confédéra tion battait son plein en 1864, et les années suivantes. Avec un sens avisé des moyens d'arriver, il fit un choix habile d'hommes en état de servir ses des seins.. Bientôt, on vit à ses côtés une élit: de jeunes avocats de talent, tels que Ludger Lakelle, l’adver saire de Cartier à Montréal-Est en 1867, Laurie et L.-O. David. :
L'Union Nationale fut sa création et son organe N’est-il pas à propos de remarquer que tous © qui, dans notre province, ont l'ambition de détermi ner une scission dans le parti auquel ils appartien nent, se groupent sous un drapeau qui fait appel a sentiment national. Nous avons vu les amis de Lanc tôt sous cette étiquette. En 1872, MM. Jetté, Lange lier, Joly, Fabre, David, se séparaient des Dorion Laflamme et Doutre pour fonder le parti nationale Leur petite armée conquit une partie des suffrage: de la province, et contribua beaucoup à tirer du fet les marrons que les libéraux croquèrent seuls el 1874. ;
Il y a quelques années, n’avons-nous pas vu surgir 1 troisième parti national, encore puissant, dont il ut nous abstenir de parler car, par son actualité, doit échapper aux observations d'un fonctionnaire iblic. Ouvrons encore ici une autre parenthèse ur dire un mot d’une Organisation politique, fonsous les auspices de Lanctôt par Ludger Labelle. la s'appelait le Club Saint-Jean-Baptiste, et avait ur but d’aider le parti national. Ses membres porent le nom de Compagnons et tenaient des séances tes, avec tous les rites de la franc-maçonneet un masque sur la figure. Un jour un memayant proposé que l'on siégerait à l'avenir à vige découvert, sa proposition fut agréée, A la ance suivante, lorsque l’ordre: ‘“ A bas les mas- ,” fut donné, une foule de bons bourgeois, épi- » notaires s'étant reconnus, il s’ensuivit un rire mérique. Il y eut, sous l'éclat de la lumière, une : pression de ridicule qui donna le coup de grâcé fameux Club (1), De Montréal, Laurier passe aux Cantons de l'Est, l'Avenir. Pour la première fois dans sa vie, allait prendre la pleine responsabilité de ses actes. sque là il n'avait joué qu’un second rôle. C'est entrant à la rédaction du journal de feu Eric Do- M, “ Le Défricheur ”, qu'il commença, pour ainsi
1) C’est Hector Fabre, membre lui-même du Club Saintn-Baptiste, qui nous a raconté ce fait. —.
dire, à voler de ses propres ailes. Cette feuille nc jouissait pas d'une réputation enviable aux yeux d clergé. Son fondateur lui avait donné mission de représenter les idées libérales avancées des roug
de 1848 et de 1854 : annexion du Canada aux Etats . Unis, contrôle absolu des écoles par le gouverne ment, magistrature élective. Le jeune rédacteur ne voulut pas répudier la succession de son prédéces seur, et se mit ainsi en fort mauvaise posture auèr yeux de Mgr Lafièche, prélat incapable d’acceptell. aucune transaction avec l'erreur . Aussi le pauvre “ Défricheur ” qui jusque-là n’avait fait que végéte alla bientôt, sous le coup des désabonnements pro voqués par les foudres ipiscopales amassées sur lui grossir le nombre des feuilles mortes de notre pro vince.
Au printemps de la vie, de vingt à trente an souvent l'homme ne porte point ses idées person nelles. Il a subi l'influence d’un entourare quel conque, et du milieu où il a vécu. Parfois, il se re saisit plus tard pour éliminer de son esprit les in fluences étrangères. Tel qui débute dans la vie poli tique comme libéral devient conservateur avec l’âge C'est quelquefois l'inverse qui se produit. Hugo e Lamartine, royalistes au jeune âge, devinrent rép blicains à leur maturité. Thiers avait coutume dl dire qu'on est porté à modifier sa façon d’envisage
les réalités à la suite d’études suivies qui font voir lit
nde sous un nouvel aspect, tout autre que celui l'on avait connu jusque-là. “]] n'y a que l'im. ile qui ne change jamais.” Heureusement l'axiodu célèbre homme d'Etat qui sut s’en servir plus vent qu'à son tour, ne doit s'appliquer que lorsque tourne du mal au bien. I] s'opéra chez Laurier la réflexion, amie de la solitude, une évolution s les idées à suivre au sujet de la politique canane.
Avant la disparition du Défricheur il avait quitté venir pour se fixer à Arthabaska et s'y livrer à ercice de sa profession d'avocat ; c'est là qu'il va ider, une trentaine d'années, se penchant encore les livres, tout en prenant soin de sa santé très aire. La tuberculose le menaçait et à plusieurs rises amena des hémorragies de poumons qui nt craindre pour ses jours. C'est à force de bons s qu'il recouvra la santé.
ux yeux de bien des gens, Arthabaska n’est pas endroit très attirant. Laurier, avec son sentiment beautés de la nature, et Jes côtés poétiques de son rit, trouvait ce Pays ravissant. N'y avait-il pas ine superbe pelouse, des collines à pentes douces, doyantes, une petite rivière serpentant au milieu rives fleuries ? L’imagination aidant, c'était pour un perpétuel enchantement.
ais il y avait dans son âme un penchant vers la itique qui le tenait très fort. II connaissait comme
pas un l’histoire du Canada, de France et de L: Grande-Bretagne. La passion de jouer un rôle dan celle de son pays le hantait sans cesse. Lui, si bieï préparé par ses études, ses connaissances en droi constitutionnel, n’était-il pas appelé à prendre plact au parlement où tant de gens sans préparation préa lable y figurent en trop grand nombre ? Et der rière cette ambition légitime se cachait l’ambitior de servir sa patrie, qui lui semblait bien mal gou vernée. Les affaires de l'Etat lui apparaissaient ; travers le voile plus ou moins clair, plus ou moin trompeur, des idées de ses amis libéraux avancés. I fut élu député en 1871.
La voix qui devait retentir si souvent sur la pla publique et au parlement se fit entendre pour la pre mière fois en 1871 à la législature de Québec. Laurie ne pouvait choisir une plus belle entrée en scène. O! était au début de la session — aux débats sur le dis cours du Trône, terne cette fois-là comme tous se devanciers et ses successeurs. Deux députés amis d Souvernement le commentèrent en répandant for compliments sur la tête de M. Chauveau, premie ministre depuis l’inauguration du nouveau régimd
Après ces deux discours conventionnels vint li harangue du chef de l'opposition, M. Joly. Ce n'éri tait pas un critique redoutable que ce député. De Puis quatre ans, il faisait la guerre au gouverneme le sourire aux lèvres, entremélant ses observatio
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& plaisanteries et de bons mots. Il n’avait pas ce our-là dérogé à sa manière.
M. Joly avait jeté des fleurs sur les bancs minisriels, y glissant, par-ci par-là, quelques épines peu iguës. Puis il avait eu l’air de s’excuser d’avoir té si violent.
C’est au milieu de cette atmosphère embaumée au oint d’être fatigante que le jeune député, jusqu'a- DrS inconnu, se leva pour se livrer à une charge à ond de train contre le ministère et le parti conervateur. Enfin, l'opposition au gouvernement
latait. L’auditoire n’en revenait pas de surprise! amais des accents d’une telle vigueur n'avaient reué la Chambre. Les députés se regardaient ahuris, tonnés. Autant les premiers orateurs avaient ex- Ité les mérites du Souvernement, fait une peinture
agérée de la prospérité du pays, autant le jeune ritique poussa au noir le tableau qu’il brossait de à situation économique et sociale du Canada. De art et d'autre on avait fait de l'outrance. Certes, > Canada ne nageait pas dans un océan de prospéité, mais avait-il fait le naufrage étalé sous les yeux die la députation ? Laurier, en parlant de la situaion “ momique et industrielle de la province, peu rillante en effet à cette époque, alla jusqu’à rap- . eler l’ordre de Papineau à ses amis en 1837, [N'achetons rien de l'Angleterre”, pour demander ux Canadiens d'en faire aussi leur principe direc-
teur. Les causes qui avaient poussé Papineaëi # formuler n’existaient plus en 1871. Il n’y avait à Cune raison alors de faire la guerre à l’Angleter Laurier ne tarda pas, sans doute, à se rendre coms de son exagération.
En politique, lorsqu'un pays souffre d’un r + quelconque, il est de mode d’en rendre les pouvoi publics responsables. Bien avant Chauveau, c mait-on, c'était leur apathie, leur négligence qui la saient le flot de notre population s’écouler vers Nouvelle-Angieterre, l'industrie sans encourag ment, l'agriculture stagnante. Et depuis, les reproches sont venus s’abattre sur tous les mini tères.
Le gouvernement Chauveau était-il à l'abri Mb toute critique ? Son chef, homme de lettres le pliit en vue de son temps, n'était pas malheureusemel un homme d’action. Surintendant pendant dou ] ans de l’instruction publique dans notre province, Mer avait consacré toute son énergie à une tâche impolue
tante. L'initiative lui faisait défaut, mais c'était @n: l'injustice de le prendre à partie à raison d’une sit à tion dont il n’était responsable à aucun degré. Ds
La jeunesse souvent ne mesure pas la port À de ses actes, encore moins de ses paroles. En poli: tique on frappe d’estoc et de taille. Plus on est vilbé lent, plus on est acclamé. It
s > Au point de vue de la forme, de l'éloquence, it «laurier fit sensation ce jour-là. Pendant plusieurs termours On ne parla au parlement et à Québec que de omri0n Succès ; et chacun se plaisait à augurer de l’ave-
ir du débutant sous les plus brillantes cou- | r+ *S D'une belle taille, avec u .e tête superbe, son voillasérieur avait aussi impressionné ses collègues. diais les attaques dirigées contre Chauveau porlaïlRient à faux, car elles n'expliquaient nullement la sirs Mation du pays. A tout prendre, la jeunesse du crirague excusait son injustice. Mais attendons. Dans X ans, nous le verrons en pleine puissance de ses ingautes qualités intellectuelles : Je député de 1877
arlera en homme d'Etat dans sa conférence sur le béralisme donnée à Québec. Le discours de 1871
t cependant l'aube des jours radieux dont fut faite a carrière.
Le 14 janvier 1919, Laurier paraissait pour la ernière fois devant un auditoire — ses amis politiues — à une convention des libéraux de l'Ontario, nue à Ottawa. Ce discours, à un moment suprême e sa vie, ne saurait être comparé à celui de 1871. D s'est écoulé près de cinquante ans entre les deux. Aucun rapprochement à faire entre la pensée du butant à l’Assemblée de Québec et le chef du parti béral, arrivé à la pleine maturité de ses belles fa- Ités. On n'avait plus devant soi, à Ottawa, Je
jeune avocat imprégné des idées de Lanctôt et « vétérans du rougisme, parlant leur langage exagé mais l'homme d'Etat qui depuis longtémps avait pl conscience de lui-même et planait au-dessus des qi relles de partis, pour saisir de haut et au loin questions intéressant l'avenir du pays. Pas de ph ses sonores en 1919; enterrés les élans fulgurants 1871 pour faire face au bon sens et à la raison. À cette assemblée, couronnement de sa carriè Laurier se montre, par la maîtrise de son éloque avec cette prééminence reconnue de tous pend plus d’un quart de siècle. Il ne nous appartient p d'apprécier son discours au point de vue de sa po politique, contentons-nous d’observer que, s’adre
sant à des amis pour soutenir et relever leur co :
rage dans un temps de crise, il n’a aucune par. dure, acerbe, à l'adresse de ses adversaires. “Que chacun d’eux garde son opinion, dit-i ceux de ses partisans qui l'ont quitté pour entf Ans le camp unioniste. Il leur reconnait le droit comprendre la situation du Canada autrement «< lui. Leur manière de penser ne relève que de le conscience devant Dieu. Ceux qui étaient naguë ses amis, il est encore prêt à leur serrer la main s@ reviennent au bercail.” Point de haine, aucr .e ment d'aigreur ne marque son discours. On s l'homme dégagé de toute passion Quel contr:
les dénonciations de certains politiciens qui ne praient parler de leurs ennemis que la bouche dédante d’injures! Il est vrai qu'en les lançant, ils quent souvent de sincérité; ils n’y croient pas. à nous rappelle ce député à la Convention qui pstant à un de ses collègues coupable de lui avoir oché en pleine figr--= l’épithète de canaille. “ Je e fâche pas parce que je sais que ce mot en poque signifie seulement: ‘“ Vous ne pensez pas e moi.” Après avoir traité tous les sujets d’un intérêt prirdial pour son parti, sir Wilfrid arrive à la péroon de sa harangue. Sa voix ne faiblit pas, mais sent qu’une émotion lui prête un accent solennel. y a bien des années — elles sont si nombreuses je crains de vous en dire le nombre — je fus lé au commandement suprême du parti libéral.
jour à l’autre, je sens que je deviens de plus 2plus mûr pour le Ciel. Je passerai, avec Plaisir, r plus jeune que moi la direction du parti que je S à la confiance et à l'amitié de tous les libéraux Canada. Mais tant que Dieu me conservera la Œté dont je :ouis en ce moment, bien qu’elle ne E pas aussi forte qu’autrefois, jc resterai à mon “€ sentant que j'ai encore assez de muscle pour er un bon coup à nos adversaires.
" Je vous déclare encore une fois que j'aurais € heureux de céder ma place à un plus jeune que m, maintenant que je sens le poids de l’âge sur n épaules. Mais le devoir m'appelle de nouveau : combat et je me batterai tant que Dieu m'en donne la force.”
En contemplant le vieux chef, en apparence encc bien alerte sous le fardeau de ses soixante-dix h ans, ses amis pressé. autour de lui ne pouvaient défendré d’une certaine anxiété, partagés entre l’ pérance de le revoir encore et la crainte de le perd Ils sentaient malgré eux comme un adieu défini L voilé sous les paroles du grand homme. C'était dernier écho “ d’une voix qui tombe et d’une arde qui s'éteint.”
Un mois plus tard, il rendait son âme à Dieu.
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€ temps est-il arrivé d'apprécier l'œuvre de rier? Pouvons-nous, dès à présent, prévenir le ement de l’histoire? 11 semble que, sur bien des nts, il soit loisible de devancer l'opinion de la posté, car l'opinion la plus intéressée — celle des temporains — Jaisce entendre que la solution il a voulu donner à la direction du parti libéral tux rapports entre les différents groupes de notre ulation, est la plus logique et la plus équitable il fût possible de trouver. En vain chercherait-on indiquer une autre mieux adaptée aux nécessiaux inéluctäbles vicissitudes de la situation, si illeuse par son instabi'ité, en raison même des flits d'opinion et des doctrines propres à chaque vince, à chaque nationalité. , Durant plusieurs années, avant le règne de rier, il y eut dans l'Ontario une recrudescence Rfanatisme à l'endroit de la province de Québec. ntendre ses dénonciations ridicules, démenties si ment par les faits, il jui fallait se protéger re une hostilité imaginaire. Aussi vit-on surgir ociété des droits égaux, (les “ Equal Righters ”) -
tu.
et la “ Protestant Protective Association.” J. Macdonald dut mettre en œuvre toute son autor et sa haute intelligence Pour enrayer ce mouveme qui parut mourir aux pieds de Laurier, mais qi hélas! n’était que passagèrement endormi. Nous le voyons que trop aujourd’hui.
La raison, éclairée par les lumières d’un esp large ét prévoyant, a donc fait vivre le Canada, & rant son règne, dans une atmosphère de sereire pr périté. On sent qu’une main ferme autant que n dérée ne cesse de donner le coup de barre qui tie le vaisseau en dehors des récifs et loin des parag dangereux. Le pilote qui le dirige est bien con nul homme politique, à raison des qualités de esprit et de la dignité de son caractère, n’a péné plus avant que Larw-ier dans l'affection du peu canadien. (C'est s.…. :e sentiment universel que posait sa puissance: osons dire sa dictature, « lorsque le peuple sollicite la domination d’un homi et s’y soumet avec enthousiasme, comme il a rech ché celle du grand disparu, c’est bien une dictatu mais combien différente de celle qu'évoque d’or naire ce terme! |
Pendant cinquante ans, trois personnes ont 50 tenu leur rôle, avec grand éclat, sur la scène politiq À côté des figures marquantes de J. A. Macdon de Cartier et de Laurier se rangent sans doute 4
sonnalités de premier ordre, mais soit à cause s circonstances ou de l'absence de cette occasion, cette heure, de cette minute si importante qui ne présente Las pour tous et qui révèle la valeur d’un lividu, elles n'ont pas pesé du même poids sur destinées du pays.
nom de Cartier est devenu Synonyme de cou- Re dans la lutte et de sagesse dans l’action; il raple avec quelle prévoyance cet esprit avisé a su ermer dans l'autonomie provinciale les organes entiels à notre existence nationale et religieuse. Pcdonald a consolidé et complété l’œuvre de ion des provinces, avec le concours d'hommes de | eur comme. Galt, Tupper, Brown et Chapleau.
is l'influence de ces hommes n’a pas été analogue intervention de Macdonald, de Cartier et de Lau- ; elle n’a point dominé leur époque.
à prééminence de Laurier ne lui est pas venue dain, comme, pour ainsi parler, le coup de foude l'amour. Elle r'a pas pris son essor, ni grandi e seule envolée. Non! Sa puissance s’est édifiée, des efforts continus, au milieu d’obstacles à tra- S ‘esquels son talent a fait la trouée en s’impot Ce qui est encore aussi surprenant que sa che ascensionnelle, c’est a persistance de son Stige au point culminant. Quoi de plus perfide E la popularité, cette force qui d’ordinaire laisse
retomber sitôt sur le sol ceux qu'elle élève dans flamboiements d’une gloire fugitive. Certes, le but de Laurier à Québec, en 1871, retentit co l'éclat du clairon; mais ce n’était encore que la initiale d’un talent incomparable. Ce talent de s'affirmer avec une maîtrise révélatrice, d’abord Chambre des Communes lors de son discours (18 sur l'insurrection Riel, mais surtout à sa grande « férence sur le libéralisme, à Québec, en 1877. P d’élan dans la phrase oratoire, avec un style d’ belle tenue littéraire, l’orateur sortait ici des bai lités d'usage, en vue de clore un chapitre de l toire politique du parti libéral canadien et d’en i gurer un nouveau encore imprévu. C'était une ture avec le passé. Il ne s'agissait plus des chim démocratiques qui avaient bercé les rêves, aussi néreux qu'irréalisables, des ultra-démocrates l'Avenir. Le parti libéral allait désormais desce des hauteurs de la cité nouvelle, asile d’une fé! toujours entrevue par les réformateurs de tousile temps, mais jamais atteinte, pour rechercher moyens plus pratiques de pousser le pays dan régions du progrès possible.
Cette conférence coupait les ponts entre les
niers lieutenants de Papineau et le parti libéralllisé
généré. Dès lors, la population canadienne fut surée sur les projets de ce groupe. La lutte €
deux partis en présence pouvait s'engager sur le in absolu de la politique, sans malentendu et sanc ivoque. La conférence sur la libéralisme, par sa ification et sa portée, constituait pour sn auteur brillante prise de possession du commandement parti libéral dans la province de Québec. Elle eut portance et le retentissement d’un manifeste de f d'Etat à tout un peuple.
aurier a donné lors de cette conférence la prere preuve de sa haute compréhension de la polie canadienne et des intérêts de son parti. Jusqu'à oment les libéraux porta nt le fardeau écrasant Programme politique des radicaux de 1854 : élecdes juges par le peuple, enseignement laïque,
imdblition des dimes, enfin annexion du Canada
Etats-Unis ; autant de changements ou de réfors qui répugnaient au plus grand nombre des Canas-français. Il y avait aussi le sentiment d’une ilité latente au clergé parmi les rouges. Ceux-ci endant s'étaient en général débarrassés des idées i-cléricales, Dans cette conférence, Laurier rom-
définitivement au nom des libéraux nouveau € avec les rouges de l’école de 1848 et de 1854. it le partage entre les idées du jour et celles du
‘alsé, énonçant clairement ses visées et ceiles de ses
Après avoir jeté au rancart le credo rouge, La y substituait le nouvel évangile en quelques ph claires et précises.
“ Mais je m'adresse à tous mes compatriotes j tinctement, et je leur dis: :
“Nous sommes un peuple heureux et libre nous sommes heureux et libres, grâce aux ins tions libérales qui nous régissent, institutions nous devons aux efforts de nos pères et à la sag de la mère patrie. La politique du parti libéra de protéger ces institutions, de les défendre et d®& Propager, et, sous l'empire de ces institutions, de velopper les ressources latentes de notre pays. 7 est la politique du parti libéral : il n’en a pas d’au
Il importait aussi de signaler le danger que fa courir à la province de Québec la formation parti catholique, comme quelques hommes aussi que peu clairvoyants le voulaient, Laurier n’y qua pas, et il le fit avec un Courage sans pareil. après avoir déclaré, ce qui était de la plus haute portance, la position que devait prendre le clerg face des partis, il admettait franchement le droi prêtre d'intervenir dans la politique, tout en sign: d’une façon générale le danger de cette interven
Les passages de sa conférence sur ce sujet si cat sont à retenir. Les voici :
Je suis loin de trouver opportune l'intervention clergé... Je crois au contraire que le prêtre a à perdre, au point de vue du respect dü à son ctère, en s'immisçant dans les questions ordis de la politique. Cependant son droit est inestable. ”
signalait avec précision le danger que ferait ir à notre province la formation d’un parti olique, tel que le rêvaient certains conservateurs és, sous l'inspiration du journal “ Le Nouveau nde ”,
D Je ne suis nas ici Pour faire parade de mes senti.
s religieux, mais je déclare pour les cro les faire 1
sur votre pays des
de prévoir les consé-
ces? Vous voulez organiser tous les catholiques e un seul parti, sans autre lien, sans autre base la communauté de religion: mais n’avez-vous éfléchi que, par le fait même, vous organisez la ation protestante comme un seul parti, et qu’aau lieu de la paix et de l'harmonie qui existent Rrd’hui entre les divers éléments de la popula-
gp
tion canadienne, vous amenez la guerre, la £ religieuse, la plus terrible de toutes les guerres ? core une fois, conservateurs, je vous accuse à la du Canada de ne comprendre ni votre pays ni
époque.”
Il avait donc dissocié les libéraux du jour d’ les derniers tenants du rougisme. ‘Tout en geant les .0ommes de 1848, très imprégnés des des révolutionnaires de F rance, il ne se génait de leuridire de dures vérités, “ Nos jeunes réfo teurs, non contents de vouloir révolutionner pays, saluaient avec enthousiasme chaque révol nouvelle en Europe.” Et plus loin, revenant su tendances des fondateurs du rougisme, il ajo “On ne peut aujourd'hui, en relisant le progra de l’ Avenir, s'empêcher de sourire, en retro avec un si grand bon sens quelquefois tant de positions absurdes ou impossibles.”
L'excuse des visionnaires de 1848, c'était leu nesse. Ils étaient dans leur vingtième année. sant sans doute à son discours de Québec (187 avait l'air de dire “ Je sais ce que l’on peut fa cet âge.”
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