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MADAME LAURIER

Madame Laurier a plus d’un point de ressemblance avec son mari. Comme lui, elle est douce, bienveillante, modeste, bonne pour ses parents, pour ses amis, pour tout le monde, et ne recule devant aucune fatigue pour aider ceux qui s’adressent à elle, à obtenir l'emploi qu'ils sollicitent, la faveur qu'ils demandent. Elle donne alors l’assa ‘t aux places fortes du gouvernement avec une énergie et une impétuosité qui forcent les ministres à capituler.

Elle se plaît à favoriser les musiciens, les artistes, achète et fait acheter leurs compositions, ouvre des souscriptions pour leur permettre d’aller compléter leurs études en Europe, se rend à Montréal ou à Québec pour assister à des soirées organisées à leur profit.

Elle est généreuse sans exagération, économe Sans avarice, pieuse sans affectation, gaie et rieuse avec réserve, franche et sincère dans ses affections. Les compliments, les éloges, les hommages et les honneurs ne lui tournent pas la tête, elle les reçoit, les juge et les pèse à leur juste valeur, Comme son mari, elle les reçoit par bienveillance et les accepte sous bénéfice d'inventaire, l’encens ne les grise pas

plus l’un que l’autre.

Elle aime les fleurs, les enfants, les oiseaux, toutes les créatures, toutes les bêtes du Bon Dieu, elle les

entoure de soins délicats et assidus. Elle a des larmes Pour toutes les souffrances, des sympathies pour tous les êtres faibles, malheureux.

“Ma femme est une vraie Madeleine, disait Laurier; un oiseau qui meurt, un chien qui se fait écraser une patte lui font verser des larmes.”

prête à suivre son mari Partout, à l'accompagner jusqu’au bout de la terre. C'est elle qui s'occupe de tous les détail: ennuyeux du voyage, qui devient premier ministre pour l'occasion, gouverne et pilote son . mari, veille sur sa bourse, son repos et sa santé, le protège contre les importuns et les imposteurs, tient note des visites reçues et des visites à faire, et règle la dépense.

Elle a beaucoup de bon sens, de jugement et de prudence, sait se taire et parler à propos, et ne cherche pas à se donner de l'importance et à se rendre intéreéssante, en tenant des Conversations qui seraient plus ou moins indiscrètes.

C'est en résumé une femme de coeur et de jugement, digne de la confiance et de l'estime de tous ceux qui la connaissent, une femme que la vanité, Ont pas envahie dans la haute position où le talent de son mari l’a portée.

La mort de son mari, de l’homme qui pendant cinquante ans a été l'objet de son admiration, de son amour et de son dévouement, l’a profondément affligée, mais elle a traversé cette épreuve avec une force d'âme admirable.

Le dix-neuf novembre dernier (1918), le 77ème anniversaire de la naissance de Laurier m'inspirait les réflexions suivantes :

Laurier ! Tout court... sans titres... car les titres, malgré leur valeur relative, n’ajoutent rien à l'éclat de son nom.

Demain, 20 novembre, il aura vécu 77 ans et il entrera dans sa soixante-dix-huitième année. Il recevra avec reconnaissance, mais sans illusion, les félicitations de ses nombreux amis, leurs souhaits de bonheur et de longue vie. Je dis “sans illusion”, car plus que personne il s'explique difficilement comment, avec une faible cons.itution, il a pu jouir d’une longue vie et conserver sa vitalité physique et intellectuelle, mais il se demande si cela peut durer ainsi encore longtemps. Il aime la vie, car elle a été bonne pour lui, et il en rend grâce à Dieu, mais il craint toujours qu’elle ne lui apporte, en se prolongeant, les faiblesses du vieil âge. Une vie inactive et inutile, sans travail et sans études ne lui dit rien; il voudrait disparaître en pleine possession de ses facultés intellectuelles, avant d’être désemparé par les influences délétères de la vieillesse. Ses voeux seront exaucés, il a vécu de façon à vivre longuement, à jouir d’une heureuse et active vieillesse; il a accumulé les forces qui lui ont

permis de survivre à Presque tous les hommes de sa génération, de devenir le doyen des membres du Parlement. De tous les hommes qui composaient la Chambre des Communes en 1874, il reste seul et auj l'en est l'étoile Ja Plus brillante, l'orateur le plus parfait, la Personnalité la plus attrayante. Sa noble Carrière est une leçon et un exemple, elle est Ja démonstration éclatante de Ja force de résistance d’une vie sage et laborieuse, doi i ncipes d'ordre supérieur, Par une raison droite, un jugement sûr, un tact admirable, le sens inné du devoir et de l'honneur.

La raison, l'imagination et le sentiment vivent chez lui en bonne intelligence, ils se corrigent, se contrôlent mutuellement et produisent cet équilibre intellectuel et moral si nécessaire à l’homme d'Etat, à l’homme politique. Ajoutons à cela le caractère le plus bienveillant, Je plus affable, le plus inaccessible à la haine, à Ja jalousie, à l'orgueil et à la vanité ; l'extérieur le plus imposant, la physionomie 1a plus distinguée, l'éloquence Ja plus raffinée et on aura la raison du grand rôle qu’il a joué dans notre monde politique, et de sa Popularité dans toutes les classes de notre société,

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