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LA FIN D’UN GRAND HOMME

L’émotion fut grande, dans le pays tout entier, lorsque, le 17 février 1919, les journaux annoncèrent que sir Wilfrid Laurier avait été frappé de paralysie et que sa mort était proche et certaine.

Rien ne faisait prévoir un dénouement aussi subit, car l’avant-veille, samedi le 15, il était à son bureau comme d’habitude et même, à une heure, il assistait à un déjeuner donné par le “Canadian Club”, et disait quelques mots avec sa facilité ordinaire. Cependant, dans l’après-midi, vers cinq heures, un étourdissement l’avait fait tomber à côté de son pupitre et, dans sa chute, il s’était blessé au front ; ayant recouvré ses forces, il prit le tramway pour se rendre à sa demeure. Il ne dit pas un mot, avant le lendemain matin, de ce qu’il lui était arrivé, mais on remarqua, dans la famille, qu’il avait l’oeil hagard et qu’il paraissait affaissé.

Ce fut le lendemain, dimanche matin, vers midi, en s’habillant, qu’il eut la forte attaque qui le jeta dans le coma et le laissa sans connaissance pendant plusieurs heures. Dans l’après-midi et au commencement de la soirée, il se sentit mieux et put parler à Soeur Marceline lorsqu’elle fut appelée à son chevet. C’est la religieuse qui l’avait soigné lors de l’opération qu’il avait subie deux ans auparavant, et il lui était

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fort reconnaissant des services qu’elle lui avait rendus dans cette circonstance. Lorsqu’il l’aperçut, il la regarda en souriant et lui dit : “Tiens, c’est l’épouse du Divin Epoux qui vient assister un grand pécheur.”

Plus tard, vers n heures, entendant dire qu’on voulait faire venir un prêtre, il ouvrit les yeux et dit : “C’est bien, mais je ne suis pas aussi malade que vous pensez, seulement je me sens faible.” Ce furent ses dernières paroles, sauf ce qui a pu se passer entre lui et le prêtre qui lui administra les derniers sacrements. • Un peu après minuit, une forte hémorrhagie du cerveau le jetait dans le coma et, quelques heures plus tard, il expirait au milieu des larmes de ceux qui l’entouraient.

Le télégraphe annonça partout la fatale nouvelle et partout éclata une immense douleur, le deuil fut universel et tous les journaux du pays, sans exception, exprimèrent les regrets les plus vifs et firent, en termes émus, l’éloge du défunt. Riches et pauvres, grands et petits, amis ou adversaires, jeunes et vieux, manifestèrent leur chagrin de la façon la plus touchante et proclamèrent que la patrie venait de perdre le plus grand, le plus noble, le plus aimé de ses fils.

De partout, de la France, de l’Angleterre et des Etats-Unis comme de toutes les parties du Canada arrivèrent par centaines des télégrammes et des lettres de condoléance, des témoignages de regret, d’estime et d’admiration, des tributs floraux et des offrandes de messes par milliers.

Tous les journaux du Canada sans exception,

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anglais et français, libéraux, conservateurs, unionistes et nationalistes rendirent hommage aux talents, aux qualités de coeur et d'esprit du défunt, à la dignité et à la probité de sa vie, aux services qu’il avait rendus au Canada, à l’éclat qu’il avait jeté sur le nom canadien.

Jamais homme public au Canada ne fut l’objet d’une manifestation aussi universelle et éclatante de regrets et de sympathie.

La mort le révélait dans toute sa grandeur et faisait voir le vide qu’elle créait au sein de la nation.

Cinquante mille personnes défilèrent autour du cercueil qui contenait la dépouille mortelle du défunt, soit à sa demeure ou à la Chambre des Communes, où elle fut transportée et exposée en chapelle ardente au milieu de tributs floraux dont la disposition artistique fut fort admirée. Nuit et jour la foule à flots pressés ne cessa d’envahir le muséum afin de contempler, une dernière fois, les traits si populaires du grand homme.

Le gouvernement, voulant répondre au désir du peuple et rendre au défunt un hommage public de son estime, résolut de lui faire des funérailles d’Etat et de l’inhumer dans le cimetière catholique de la capitale. Les citoyens de Montréal, de Québec, de Saint-Lin et d’Arthabaska réclamèrent l’honneur de posséder le corps du défunt, mais le projet de l’inhumer à Ottawa finit par l’emporter pour plusieurs raisons qu’il n’est pas nécessaire de faire connaître.

L’iionorable Li.-O. David

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