DESGRIPTIOH DE LA VILLE DE LAUSANNE
de Ja dernière importance. Le petit conseil s'appelle des Vingt-Quatre, qai s'assemble à rordinaire le mardy et le
jeudy pour les affaires de la chose publique. Le bourg- , maistre est le chef de ces deux Conseils; après luy les plus considérables sont le boursier et les cinq banderets ou tribuns du peuple. Nul ne peut venir au petit Conseil s'il n'est natif bourgeois de la ville. U y a une justice inférieuroj laquelle a son juge avec certain nombre d'assistants» qui es jours de lundy et vendredy» jugent des caua^ des bourgeois et autres difficultés de moindre conséquence. Ce juge préside aussi ès procez criminels. Le petit Conseil luy donne quelques conseillers pour assister lorsqu'il instruit le procès, lequel est présenté ensuite devant le Conseil où il est modéré ou confirmé. Ceux de la rue de Bourg ont droit d'assister en la condamnation des criminels, tant rière le Château qu'en la ville, et avant qu'ils ayent donné leur sentence, ils ne peuvent être exécutés. Depuis cette justice inférieure on peut appelier à la Chambre qu'on appelle des 24, et de celle-cy par devant les appellations de la Chambre des Soixante (représentans les Deux-Cents) qui sont en partie du petit Conseil et la pluspart du grand Conseil. On juge icy définitivement jusqnes à la somme de douze cents florins , monoye du Pays de Vaud. Si elle est plus grande, on peut appeler à Berne devant la Chambre des Appellations du Pays de Vaud/.ce changement a été fait il y a déjà longtemps. Auparavant le Thrésorier du Pays de Vaud avec quelques conseillers Berne, venoit à Lausanne de deux ans en deux ans pour vuider les causes d'appel.
Notice de M. F. DE GiNGiNS, président honoraire de la Société d'histoire de la Suisse romande.
Dans un moment où la ville de Lausanne a déjà subi de grands changements et où elle est à la veille d'en éprouver de plus importants encore par des travaux destinés, soit à son embellissement, soit à sa salubrité, soit à rendre la circulation plus commode, il n'est pas sans intérêt de comparer son état actuel à ce qu'il était il y a deux siècles. Le vieux plan que nous avons retrouvé, et qui sera publié à la fin du volume, facilitera celte comparaison : nous l'accompagnerons de quelques renseignements topographiques et historiques indispensables pour l'intelligence de ce plan.
Le torrent qui prend sa source vers l'est, au Chalet-à- Gobet, et qui porte aujourd'hui le nom vulgaire du Flon, s'appelait anciennement le La'us (ou Lauso) et nous croyons que c'est lui qui a donné son nom à la ville de Lausanne ' (Lausonium). Le Flon se grossit de la Loue ou Louve (Lupa), autre ruisseau qui vient du Jorat, du côté de Che-
seaux, et le bruit que font les eaux de ces deux torrens réunis aura déterminé le nom générique de Flon donné à la rivière principalement depuis sa conjonction jusqu'à son embouchure dans le lac.
Les trois collines de la Cité, de Bourg et de St-Laurent formaient trois quartiers distincts plus anciens ; la Palud et le Pont en formaient deux autres qui paraissaient beaucoup plus modernes. Chacun de ces quartiers doit avoir eu, dans le principe, une origine différente; c'est au moins la seule manière d'expliquer les différences remarquables que présentaient les coutumes et les privilèges de ces différens quartiers. La cité était la ville épiscopale, 'tî%^ ^ respirait une athmosphére sacerdotale et cléricale. Le quartier de Bourg était, au contraire, la ville impériale et séculière. St-Laurent, avec ses annexes de la Palud et du Pont, formait la ville municipale et bourgeoise. Les institutions qui régissaient le quartier de la Cité paraissent tirées du droit canonique, et les privilèges de la rue de Bourg sont évidemment fondés sur l'ancien droit germanique ; tandis que le quartier de la ville inférieure offrait dans ses institutions quelques traces du régime municipal des villes romaines. Au XIV^ siècle le plaidt général, composé de ces trois éléments, vint confondre dans une seule institution les coutumes de ces différentes communautés, en réservant à chaque ordre ses privilèges les plus essentiels. Néanmoins la Cité forma pendant plus de 150 ans encore une ville absolument distincte du reste de la communauté : la Cité et la ville inférieure (villa inferior) étaient gouvernés par des magistrats et des institutions différentes, quoique Tune et l'autre fussent soumises à l'autorité de l'évêque, seigneur ecclésiastique et temporel de la ville et de son ressort, comprenant une vingtaine de yillafges des environs.
\ A répoque où le plan ci-joint fut dessiné, c'est-à-dire
PLAN DE 1644 Cl
en 1644, les diffcrfints quartiers réunis de la ville de Lau- / sanue ne formaient qu'une seule communauté divisée en } 5 bannières, sav*»ir: la Cité, la Palud , St-Laurent , le Pont el le Bourg. Une seule enceinte murée l'embrassait •lans tout <on portour. Kn dehors de cette enceinte se trouvaient les fauxbourgs de St-Laurent, du Chêne, d'Etraz, de Martheray et de la Barre ; ces fauxbourgs avaient à peu [»rès l'étendue qu'ils ont aujourd'hui. Mais si la ville n'a pas beaucoup gagné eu circonférence, en revanche, elle a
vastes terrains occupés naguéres par les '•^ïïf^s. .'ouvents, les murs épais, les portes ie'sof. 'ncieniie^eiMi^inte. Cette enceinte crének'f tuiii MM.,. , ou n;»f r'oc munies de
tours hautes et massives, . % herses et pont-levis. A la partie la plus él se trouve la porte de St-Maire, la seule qui subsi^tc encore, ^De là, en suivant extérieurement les murailles de la ville, de l'est à l'ouest, en descendant' le long du chemin de la Barre, on arrivait à la poterne de la Madelaine, puis k celle de Chaucrau ; ensuite venait la grande porte de St-Laurent, d'où l'enceinte tournait au levant en passant derrière les quartiers de St-Laurent et de St-Jean. On trouvait en- .. suite la poterne de Pépinet, puis la porte de St-François, où Tenceinte formait comme un bastion avancé qui entourait l'ancien cloître de Saint-François pour revenir à la porte de Rive ou d'Ouchi (anciennement de Condamine). De ce point les murs suivaient le derrière de la rue de Bourg jusqu'à la porte de St-Pierre, dite aussi de St- Marcel, au coin de l'hôtel du Faucon, d'où, laissant la Caroline en dehors, il revenait vers l'est, à la poterne de St-Martin, qu'occu[)e le grand établissement de M. Mercier. Bemontant ensuite la Grande-Boche par la poterne du même nom au coin de l'hôpital, on arrivait à la poterne •de Couvaloup, à Tangle formé par la ruelle extérieure de
62 l'LAN DE* 1644
ce nom et la rue de la Cilé-Dessous, d'où on remontait à la porte de St-Maire. Au bout de l'Aile de St-Laurent on trouvait une seconde porte, dont Taile s'appuyait à la tour ronde.
Le fauxbourg du Chêne était clos d'une grande porte donnant sur Mont-Benon et d'une poterne au bas du Petit-Chêne, conduisant à Mornex. Au haut de Martheray, Il y avait une grande porte flanquée de deux ailes crénelées et surmontée d'une haute tour carrée. Beaucoup d'entre nous se souviennent d'avoir vu la port^-de Si- François , la dernière qu'on ait abattue , -avec sa voote noire, massive et sombre comrn.^e^jn souterrain/Les toufs des portes de St-Fr«^-9v0is, de St-Pierre où St-Marcel et de St-Lailrent ^v»àient été reconstruites an^ 1445, aux frais lie ia* ville. Ènlre la Cité et la ville inférieure, au haut de h rue de la Mercerie, se trouvait la porte de St-Etienne, d'où partait une muraille intérieure qui, du côté de l'est, suivait la grande roche jusqu'aux escaliers, et de l'autre ceignait le vieux évêché et allait rejoindre l'enceinte extérieure au coin du nouveau collège. Cette seconde enceinte séparait entièrement le quartier de la Cité du reste de la • ville.
Les principaux édifices publics existants au milieu du XVlIe siècle, et dont quelques-uns subsistent encore aujourd'hui sont: le Vieux -Evéché et la cathédrale de Notre-Dame, l'un des plus beaux édifices gothiques de la Suisse ; l'époque de sa construction et son histoire sont assez connues et nous renverrons les curieux aux ouvrages du chanoine Fontaine, de M. Levade et de M. Recordon; en nous bornant à émettre le vœu que les pierres tumulaires chargées d'inscriptions qui gisent abandonnées hors de l'église, soient replacées dans l'intérieur dont elles corrigeraient la nudité et qu'on remit aussi en place les belles stalles de chœur qui sont encore entas-
sées dans les combles, elles feraient du côté du nord le pendant de celles qui sont restées en place du côté du midi.
Le portail el Tintéricur de l'église étaient anciennement revêtus de marbres précieux, comme nous l'apprend un bref du pape Léon X, adressé en 4513 aux évégaes de Slon et de Bclley, pour obliger Aymon de Montfalcon, évôque de Lausanne, à achever les restaurations qu'il avait commencées depuis plus de 15 ans. Le chapitre s'était plaint au pape que ce prélat, sous prétexte de réparer et d'embellir la cathédrale, avait fait enlever les marbres qui ornaient son portail et les travaux inachevés au grand détriment de rédifice. Ce prélat vieux et infirme était dominé par le népotisme et ses revenus, montant à 15 mille ducats d'or (^^ mille ilorios) se trouvaient absorbés par des dépenses probnes.
Derrière la cathédrale et près de la porte de Couvaloup, on voyait le château dit de Menthon , construit 3° 1378, par Uobert de Menthon, baillif de Lausanne. Ën 156^, après la Réformation , la ville acheta ce château de Bernard de Menthon pour 3200 écus d'or * pour y établir un collège qui y resta jusqu'en 1587, où le nou- # veau collège fut bâti. On prétend qu'à cette époque le château de Menthon fût consumé par le feu, mais le plan atteste qu'il subsitait encore a« 4644 avec son enceinte et ses deux maîtresses tours : aujourd'hui il n'en reste au* cun vestige. Le château de St-Maire, situé à la partie la plus élevée de la colline de la Cité, fut commencé, dit-on, par révoque Jean de Cossonnay, vers le milieu du Xllle siècle» mais sa construction définitive ne date réellement
* Véoa d'or au soleU valait en 1640 qoatre florina huit eola (le florin quatre bats). Maaraerit Beiigier, page 24.
SJém or (de 70 an nuure) valait chacun SO aob tournois ou 2 Vt Uvng ancienne monnaie (Le Bhne),
que du commeDcement du XV^. L'emplacement qu'il occope était rempli par les dépendances de Tantique collégiale de St-Maire, Téglîse primitive de Lausanne, fondée au Vie siècle, par Saint Prolhais, évêque des Aventiciens, sur l'emplacement d'une abbaye encore plus ancienne consacrée à St-Thiers (ou St-Thyrse), qui fut probablement Tun des plus antiques monuments chrétiens de la contrée. Outre réglise de St-Maire, cette coliégiale comprenait une communauté de chanoines réguliers de l'ordre de St-Augnstin. Pendant longtemps ces chanoines avaient été les rivaux du chapitre de la cathédrale de Notre-Dame; mais à cette époque ils se trouvaient réduits à un très petit nombre et fort pauvres ; ce qui engagea Tévéqne Guillaume de Challant à demander, en 1406, à l'antipape Benoit XIU (Pierre, de Lune), la suppression de cette communauté et la réunion à la mense épiscppale des biens de réglise de Sl*Maire, pour construire à sa fdace un cbâteaii et des fortifications, que sa position rendait éminemment propre à la défense de la Cité de Lausanne. Ce château ftit achevé vers l'an 1431. Guillaume de Challant fit placer les armoiries de sa maison en plusieurs endroits de ses • façades; il y transporta sa résidence épiscopaie et y mourut la même année. ~ Le donjon du château de St-Maire, résidence des baillis bernois, fait aujourd'hui, comme chacun sait, partie de la maison cantonale, et ses salles sont utilement occupées par les bureaux de l'administration.
Néanmoins l'évéque Guillaume avait fait rebâtir Fancienne église de St-Maire, convertie en simple chapelle; après la Réforme, cet édifice devint un grenier public, et aujourd'hui il sert de caserne à nos milices. Les armes de Challant se voient encore sur la porte principale avec la crosse épiscopaie et le millésime de 1406.
En redescendant de la Cité par la porte de St-Ëtieone» on trouvait l'ancien araenaU à la place duquel on t bâti
rEglise allemande. Un peu plus haut, le grand hôpital, fondé, an'' par l'évéque Guillaume de Champvent, et rebâti à neuf, 1766, sous le goaTernemeat bernois. 1493, Lausanne fonda un second hôpital hors de Tenceinte de la ville, au lieu dit de St-Roch, derrière la tour ronde de St-Laurent. Cet hôpital, pour lequel le pape accorda 50 ans d'indnlgencé pleinière, remplaça l'infirmerie de la Magdelaine, dont les bâtiments forent vendus. Il était destiné aux vieillards et aux infirmes. Le grand hôpital fut réservé aux passants et aux malades temporaires.
Avant la Réformation, la ville avait 5 églises paroissiales, savoir : 1° Si-Maire , dont les fonts baptismaux furent transportés au XV<» siècle à ia chapelle de la Ste-Groix, dans la cathédrale de N.-D. ; ^ SuPaul, 3» St-Pierre, 4» Si" Etienne et 5° St-Laurent. Le gouvernement de Berne céda ces quatre dernières églises à ia ville, par décret du 1^^ noyembre 1536, et le Conseil de Lausanne décida, le 10 juillet 1539, la démolition des 3 églises de St-Pierre, de StfPaul et de St-Etienne, pour servir à réédilier la halle de la porte de Rive, appartenai^t à l'hôpital de St-Roch, et à relever les mors ruinés de la ville. L'église de St-Laurent ne fut démolie qu'en 1554 et reconstruite à neuf dans le siècle passé.
11 y avait aussi dans la vUle plusieurs monastères qui
subsistèrent jusqu'à la Réforme. Le plus important était celui de St-François, fondé sous la règle de St-Augustin, a"" 1168, par Ardutius de Faucigny, prévôt du chapitre de Lausanne et évéque de Genève. Le pape Félix Y (Âmédée VIIÏ duc de Savoie) fit rebâtir l'église de St-François (a» 1442- 1444), telle que nous la voyons aujourd'hui, et y établit une confrérie de Franciscains. Ce pontife habita même le cloître pendant que le concile de Bâle, transporté à Lausanne, a<> 1448, se tenait dans l'église.
Lee frères prêcheurs de Tordre de St^Dominique s'étabii-
rent à Lausanne, a» 1234, et bâtirent une église et un cou- Tent à la Madelaine. Cette église est la première où la Réforme M préchée à Lausanne (1586) néanmoins on la démolit bientôt ainsi que le couvent.
L'emplacement actnel do manège était occupé par le couvent des frères minèurs (ou Jacobins) attenant à ré|^ et à la porte de St-Pierre. Cette confrérie paraît ne s* être établie à Lausanne que vers le milieu du XIY^ siècle ; révéque Guy de Prangins leur donna, 9P 1379, des vignes en Martfaeray.
L'hôpital et la chapelle de St-Jean étaient une institution religieuse appartenant dans l'origine au chapitre de I^otre- Dame, qui en avait fait don aux pères hospitaliers du Saint- Bernard ; ceux-ci y entretenaient un certain nombre de religieux.
Les églises de St-Paul et de St-Etienne doivrat leur existence à des communautés religieuses d'hommes et de fenunes, sécularisées avant le Xlll» siècle et converties en églises paroissiales.
n y avait len outre à Lausanne phisieurs chapelles comme celles de St-Nicolas et de St-Marcel, qui n'existaient déjà plus à l'époque de la Réforme.
On remarque encore sur le plan de 1644 plusieurs maisons fortifiées et munies de tours. Outre l'ancienne maison de la Poterie, au coin de la Palud et de la montée de St-Lamrent, qui. subsiste encore, on remarque celle qui existait à la place de la maison de Tancien doyen Secretan, dans la ruelle qui de la Madelaine conduit aux Escaliersdu-Marché, en face du vieux Ëvéché. On en voit deux dans la rue St-Jean, Pune au milieu et à droite en descendant, qu'occupe aujourd'hui la maison Holtz ; l'autre, en bas et à gauche, au coin de la montée de l'Hôtel-de-Ville, qu'occupe la maison Van Muyden (aujourd'hui la maison Spengler). Dans la rue de Bourg, do côté du midi, on remar-
qae ki mmum â'Ânbonne (Le Blanc-Golay, anjonrd'hui
Larguier), la maison Vernand et la maison Milliquet, qui tOQles tranchaient sur les maisons voisines parieurs tours m toureUes élancées.
Le nombre des bâtiments civils de la ville de Lausanne était bien plus restreint que celui des édifices consacrés à des usages religieux ou de bienfaisance. La construction de rH^tel-de-Vllle ne date que de Tan 1458. A cette date, le Conseil de ville , par rintermcdiaire d'Arthaud Loys , l'un des deux syndics, passa un marché à forfait avec Jac- 'ques dit de Bressonay, maître maçon, domicilié à Lausanne , pour la construction de cet édifice , au prix de 4 livres 4 sois lausannois par toise de maçonnerie, y corn-., pris les carrons pour les voûtes et la pierre de taille pour les portes et fenêtres. Ce marché fut passé le mercredi avant la St-Jean (1458), dans le réfectoire des frères prêcheurs de la Madelaine, où le Conseil tenait habituellement ses séances; les assemblées générales de la communauté se tenaient en plein air sur la place de la Palud (in platea Villae Paludis, a» 1437), et en cas de mauvais temps on se réfugiait sous la halle. Cependant' rHôtel-de-Ville parait avoir été restauré vers là fin du XVII» siècle, car le Conseil passa, le 14 juillet 1698, un marché avec le fondeur S. Lombard, pour la fonte des deux dragons de cuivre qui décorent son toit; ils coûtèrent 100 écus blancs les deux. La façade antérieure de l'Hôtel-de-Ville est évidemment plus moderne que la façade postérieure. La halle de la Palod est moins ancienne que celle du Pont qui fut construite, a^ 1405, sur l'emplacement de certaines mai- • sons achetées par la ville ; elle fut destinée exclusivement à la vente des grains et farine , des souliers et cuirs. La halle du Pont M réservée au beurre, fromage, harengs saures et autres salaisons. Il y avait aussi une halle à la porte de Rive ou d'Ouchy, dont les revenus af^arte-
naient à l'hôpital de St-Roch; cette halle fut rebâtie en
L'auberge du Lion-d* Or, à la nie de Boorg, est la plas
aDcienne hôtellerie dont les registres de la ville de Lausanne fassent mention (hospitio Leonis in Burgo, a<> 1526); il est assez remarquable qu'à Lausanne toutes les auberges se tronyaient dans cette même me.
Lausanne avait trois foires annuelles qui avaient été octroyées à la ville par l'évéque George de Salaces, par privilège daté du jour de la St-Gali i46i. Deux de ces foires étaient exemptes de droits de ventes et de péages. Cette concession fut ratifiée dans la bulle de l'empereur Frédéric lil, datée de Venise, dn 6 février 1469.
La communauté de Lausanne était très pauvre avant la Réformation ; quelques rentes et la perception des tribus sur les Jai& et Lombards en faisaient tool le revenu. Dans les années 151S et 1513, ces rentes ne s'élevèrent qu'mtre 5 et 600 livres lausannoises. Aussi avait-elle eu souvent recours à des aliénations de ses biens communaux ; c'est ainsi qu'en 1405 (SI déc.) elle vendit, en abergement, avec raulorisatioii de la haute cour séculière, à divers particuliers qui s'étaient cotisés pour cette acquisition, les plaines de Vidy, depuis le Flou à la Cbamberonne, et depuis le bois de Vaud jusqu'au lac. Cet abergement fiit lait pour le prix de 500 florins d'or, sous réserve du parcours dès la St-Jean à la St-Georges pour toute espèce de bétail, excepté les porcs. La ville réserva aussi 80 pieds d'homme de largeur pour le chemin de Vidy et 20 pieds .pour celui dit la Groix-de-Vidy tendant aux patibules. Les concessionnaires étaient francs de lods pour les reventes faites de l'un à l'autre entre leurs héritiers en ligne directe.
La partie située en deçà du Flou, entre la Maladière et le lac, du côté de Cour, fut passée à clôs deux siècles plus
tard, sur un plan présenté au Conseil de ville par le conseiller et hospitalier Abr. Yulliamoz, le 31 mars 1696, pour bonifier cette portion par on système d'irrigation à léclmes et pour y planter des arbres.
La Réformation améliora sensiblement la position financière de la ville de Lausanne. Le gouTernement de Berne Ini abandonna, par décret dn 1« novembre 4536, les couvents de la Madelaine et de St-François, les 5 églises paroissiales de St-Pierre> de St-Paul, de St-Ëtienne et de St- Laurènt, ainsi que la chapelle de Ste-Groix à Notre-Dame. Il lui céda anssi le vieux Evéché^ les abbayes ou prieurés de St-Sulpice, de Bellevaux, de Ste-Calherine et de Montheron dans le Jorat, les moulins de Pépinet et le Chaletk-Gobet, avec tous leurs ornements, meubles, immeubles et revenus, à la charge de pourvoir aux frais du culte évangéiique et de payer ses pasteurs. Le reste des crosses, croix, calices, d'or et d'argent, et autres ornements précieux des églises , furent Tendus à renchère par l'ordre du Conseil de ville, a® 1556, pour refaire les voûtes des maisons et le pont sur le Flon, ruinés par les débordements de ce torrent. On pourra juger de la valeur de ces objets par celle d'une croix en cristallin réservée pour être vendue à N.-Fr. Soigneux, syndic de la ville, pour 100 écus d'or, qu'il paya comptant.
Le gouvernement de Berne donna aussi à la ville (26 août 1552) les bois de Sauvabelin* et de Fiaugères. Les
* Le bois de Sravebelm est siz Jouxte l'eau on soit le Flon, appellé Lans et oertainei Vaux appellées de Daniel devers Orient, et depuis le dit Flon tendant à la taire de Provide, homme Guilkuime Sondai, mouvante de nsm à caoae de notre Chapitre de Laoïaane que fut de feu Vnl^emas Doereli certain Biaoz entre denz et 1» tene de discret Pierre Ynagvièffw mouvante de Belvanz, toiyonn deven la bise, et depaisla tene dn dit Voagnièces à une bœnne ancienne étant an eoln dn dit Senvabélin affrontante an commun et grand chemin et depuis ladite Bœnneà me antre Bonne andenne étant aiqprèi d^in chenil
moulins de Pépinet furent vendiis par acte du 5 juillet 1547» an même N.-Fr. Seigoeiix» bom^aitre de Lausanne, et le 23 janvier 1593, le Conseil de ville abergea la pièce de terrain de la Condemine sous le cloître de St- François» à N. Pierre Loys» seigneur de Marnand» à moitié fmit, moyennant 550 florins d'entrage , et soud la censé annuelle de 10 florins, payables à chaque St-Martin.
Néanmoins le plan ci-joint démontre que pendant plus d'un siècle la Tille de Lausanne ne fit aucune constroction nouvelle, quoiqu'elle eût démoli plusieurs édifices anciens ; c'est que l'entretien de ses murs et fortifications absorbait une bonne partie de ses réyenus.
Le cartoucbe do plan de 4044 représente les armoiries de la ville telles que le Conseil les fit placer, a» 1539, sur la porte de St-François. On y voit deux écussons blasonnés, blason de la ville de Lausanne (coupé d'argent et de gueules), timbrés d'un troisième écusson aux armes impériales» supportés par deux lions et surmontés par la
Joignant saprès des dits Commims et chemin et depnis à une aatre Bœnne ancienne toujours auprès des dits Communs et chemin et depuis la dite Bœnne tendant au grand chemin le dit chemin affrontant à la possession de Jaques Signaud laquelle possession affronte iuid. bois et depuis ieeUe possession an grand chemin et dès le d. gtand demin à la possession des hoirs de feu Fiene FUlon appdfo Martinet, laquelle est- mouvante de notre fief à cause de notre dit Chapitre et en laqueUe avait été autrefois une ThioUeyre et depuis la dite possession à la terre que fut de feu nohle Jean de Montherand laqueUe à présent tiennent les hoirs de feu Frovide Antoine Gavet le tout dOTers Ooddent et depuis icéUe terre àrla terre et possession dud. Glande Bettet entre laquelle possession dud. Claude BeOet et le dit bois de Sanvahelin sont mises deux Bcennes et depuis la dite terre et possessien jnsques à eertsines possessions mourantes du fief de BeUevaux le toutage devers le vent
Signé pour copie Gbobobs Anskl.
Sur Poriginal signé K1001.A8 ZsBHBNOgB.
Extrait du volume de la Bibliothèque cantonale^ F. 1068. Traités divers, etc., de la viUe de Lausanne.
conroDoe impériale. Cependant le gouyernement de Benie
avait ordonné, par décret du ^7 octobre 1567, que l'écusson aux armes de Berne serait accolé à celui de la ville et saimonté de l'aigle impériale.
On vient de retrouver, tout récemment, dans les combles de la Maison-de- Ville, trois grands tableaux très curieux pour l'histoire du canton de Vaud. L'on est la grande carte de l'Etat de Berne, dressée par Sehaepfius, en 1548, après la conquête du Pays de Vaud, et qui est devenue très rare. On y remarque quelques localités qui ne se retrouvent plus dans les cartes modernes ; on y voit figurer, par exemple, les monastères et les châteaux qui couvraient encore le Pays de Vaud et qui n'existent plus. — L'autre est un plan du ci-devant baillage de Lausanne, dressé en 1678 ; le cartouche porte les armes de la yiUe de Lausanne, surmontées de l'aigle impériale avec tous les attributs de Fempire; savoir» le globe, le sceptre, la couronne et l'épée: ceci prouve que Lausanne, quoique assujettie à la domination de Berne, gardait religieusement le souvenir de ses anciennes prérogatives de ville impériale.
Dans un des angles de ce grand plan du haiilage, on voit un petit plan de la ville de Lausanne, en tout semblable à celui que nous mettons sous les yeux de la Société ; au quatre foces de ce petit plan, on voit les armes des quatre paroisses de Lavaux , figurées dans quatre écussons distincts.
Le troisième tableau, enfin, est un grand plan visuel de la ville de Lausanne, dressé par Daniel Bultet*; il est sans date, mais parait avoir servi de modèle pour la gravure du petit plan, tant de celui de 1644 que de celui de 1678. Ces trois tableaux, nettoyés et réparés, sont exposés à la Maison-de-Viile, dans la salle de la municipalité.
* M. Félix Mareel possède un calque soit relevé de ce plan; il m'a penniB d'en fiôre on donUe qui «at déposé à la Bibliothèque oaato* nale.
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LES DEUX CHATEAUX ptr TbMore VflmoD, éintel, 1886.*
' Chiiemi ée la CMé mm BvMié.
Nous troavops dans les archives de Lausanne que € le 8« jour des Calendes de septembre IMl , Rodolphe m
(Raoul), dernier roi de la seconde race des rois de Bourgogne» donna à TEglise soit à l'évéque de Lausanne (Henri), le eomU de Wauld (Gomitatum Waldensem). •— Sicut ab antiquis terminationibus est de terminatus cum omnibus pertinenciis in stopbariis , in Ëxactionibus , in omnibus usibus et utilitatibus, etc.» etc. »
A ce titre était attachée la souveraineté temporelle de toutes les terres royales situées entre la Veveyse et TAubonne. Enfin en 1079 (ou 1080), l'empereur Hmri IV donna à l'église de Lausanne c pour réparations des dissipations des biens d'icelle, faites par Burkard, évêque du dit Lausanne, confident et favori de cet empereur, savoir:
* Ce mémoire a été connimé par l'Académie^ et Fauteur, «etaèUe* mentpaatevHmiBngaiil à UAdêree, m^ antofiBé obHseamment à en publier Pexftrail Biiivant,
LES DEUX CHATEAUX
Muratum, Lustriacum» Carbarissam, Corise ^ Cubizaca, Leuco» Natres» c'esl-à-dire le vaste territoire des quatre paroisses de Layaax, avec tout ce que le dnc Adolphe avait rière et depuis le fleuve Samina, MoDt-joux, Pont de 6e- Dève^ etc» etc. »
Cette donation fut oonfirmée par Tempereur Conrad II en 1145; c'est à cette époque qu'il prit l'Eglise de Lausanne sous sa protection impériale. Ën devenant puissants, les évêqnes sentirent naturellement le besoin d'avoir un palais dont la position et la grandeur fussent en rapport avec le rang qu'ils occupaient.
11 fallait au chef civil» haut et bas justicier, des cachots pour les délinquants ; au chef militaire des créneaux contre ses ennemis.
Les évéques bàtirent-ils un château dans ce genre-là ?
On le croit* mais personne ne peut l'affirmer* car aucun plan de cette époque n'a échappé au terrible incendie de 1235* qui anéantit tant de pièces d'un si grand intérêt. Le palais épiscopal devint lui-même la proie des flammes, nous dit Guno d'Ëstavayer* l'auteur du cartulaire de Lausanne; mais d'abondantes collectes et les dons offerts par les pays voisins aidèrent l'évêque et son chapitre à rebâtir leurs demeures. Nous conclurons de là qu'en 1235* il existait déjà un palais épiscopal, ce palais antérieur à 19S5 fut probablement élevé dans le XI^ siècle, à la suite des donations de divers rois et empereurs.
* Le document historique le plus ancien que nous possédions de TEvêché est un plan visuel que l'on croit de
* Incendies à LauBAnne:
1216. C&thédrale.
1219. Août. Commence à la Gheneau-de-Bourg et de là à la Git^ eeannae le «Mier de N.-D., le yieu-iBvéclié et 1874 aalma.
ISBBk 18jiifflet,ooiiiiiiiie toute!* Tille, toolev kt éf^îMi, Imvs 81tavent.
LES DEUX CHATEAUX
1595 (?), mais des plus imparfaits et des plus grossiers. Cependant examinoDs-le. Gomme nous FavioDS supposé» TEvéché a quatre tours, mais disposées dans un ordre bizarre; deux d'entr'eiles, d'égale hauteur, occupent le nord; elles sont réunies par un bâtiment étroit» plus large du double à Test qu^à Touest. La tourelle nord-ouest est mise en communication, non pas avec une tour, mais avec
. deux, accolées l'une à l'autre et d'inégale hauteur par un bâtiment semblable à ce dernier et de même largeur à ses deux extrémités.
En effet, celle qui est la plus en vue est bien de même dimension que les deux premières» mais entr^elle et le mur de communication d'ouest, se dresse une quatrième tour, plus étroite et dont la flèche atteint à peine au toit de sa voisine. Cette singulière disposition donne au ebâteau Tapparence d'un donjon irrégulier et dont la
. quatrième tour reste à construire ; ce n'est qu'après un moment d'examen qu'on aperçoit cette quatrième tour» accolée à celle du sud-ouest et lui serrant de soutien. Le principal corps de bâtiment est un rectangle, dont les grands côtés vont du nord au sud, partant de la première tour nord-est et s'appuyant au sud, sur les prières maisons de la me St-Etienne. Le petit côté» an sud» rejoint la double tour et clot ainsi l'enceinte. L'édifice est entouré de jardins à l'ouest et au sud. Voilà la description fidèle du plan de 1595 (?)» lequel est déposé aux archives cantonales.
Mais il existe un autre plan qui n'est pas de beaucoup postérieur au premier, exposé dans la salle de la municipalité de Lausanne. Ce plan visuel date» selon M. de Ginglns, de 4644 ; cette opinion est la plus vraisemblable, car on voit figurer le collège qui ne fut bâti qu'en 1587» par les Bernois. Ce plan» fort bien exécuté» se rapproche du premier à plusieurs égards. On y voit aussi
76 LËS DEUX CHATEAUX
trois tourelles, l'une au nord-est, l'autre au nord-ouest et la troisième au sud-ouest. A côté de cette dernière, on voit encore le pied de la petite tour qui se trouvait daus le plan de 1595, le toit, terminé en flèche» a seul disparu, remplacé par un toit plus petit et plus incliné.
Les tours nord-est et sud-ouest sont pourvues de mâchicoulis, toutes trms sont percées de fenêtres irrégulières. Deux vastes bâtiments rectangulaires occupent les côtés ouest et sud. Au nord, entre les deux tours, pointe faiblement Pextrémité d'un toit. Un couvert, peutrétre celui d*une galerie, partant de la cour, s'appuie à la tour nordest. Enfin, un grand édifice de forme carrée ferme la cour, touchant d'un côté la tour nord-est et de l'autre les premières maisons de la rue St-Etienne. Des fenêtres dissemblables et bizarrement disposées éclairent ses appartements.
Le château est défendu par un mur crénelé au nord, à l'ouest par un fossé; aux pieds du premier et du bord des fossés se déroulent les jardins de l'évéque. Tel était l'Evéché en 1644/
La ville de Lausanne, devemie propriétaire du vieux Ëvê-
ché, voulut utiliser les cachots qui y étaient déjà, elle transforma l'ancien palais épiscopal en prisons publiques, y fit rendre la justice locale et y mit un châtelain.
Il est à remarquer qu'à Genève on avait procédé de la même manière après le départ de l'évéque, aujourd'hui le bâtiment de Genève sert encore au même usage que celui de Lausanne.
Dans le plan de 1644 nous avons vu que les deux ailes principales de i'Evécbé étaient à l'ouest et au sud ; au nord on n'apercevait guère que l'extrémité de deux toits, à Test, une grosse construction presque carrée reliait la tour nord-est à l'aile sud, à la place même où régulièrement eût dû se trouver la quatrième tour.
* On peut voir Uforme nir le pliu de LMuamie ^oe noiu pablioos.
LES DEUX CHATEAUX
Examinons maintenant si, dans le plan de 1654, tout est eocore dans la même position. On voit immédiatement que non. An nord une nouTOlle aile de bâtiment paraHèle à celle du sud met les deux tours en relation continue. La façade sud elle aussi a subi d'importantes modifications ; Ja grosse construction qui s'élevait à son extrémité orientale a ^paru et une construction semblaUe en tout, même pour la toiture, à celle de la partie occidentale, l'a remplacée. Au milieu de la cour s'élève un clocber mince et élancé, tout récemment construit, puisqu'on n'en apercevait nulle trace dans le plan de 4644.
<ï La terrasse de la Cité, d'où Ton jouit d'une des plus belles VQO des Alpes et du Léman, fut élevée en 1707, sur l'emplacement qu'occupait la portion du vieux Evécbé qui fut démolie, » nous dit M. de Gingins, dans ses notes sur le plan de 1644. Il découle de là qu'au commencement du XVn« siècle, la tour nord-ouest et une partie des bâtiments situés au couchant, n'existaient plus.
A cette époque déjà le tribunal criminel siégeait à l'Evécbé *; à l'appui de ce que j'avance, je citerai le fait consigné dans les archives municipales qu'en mai 1742, le jugement de Bataillard provoqua à l'Evéché un grand scandale. Sous les évéques déjà la justice s'y rendait. La chambre de torture, dépendant de la chambre d'instruction^ se trouvait là où est maintenant la lingerie de l'Evéché. Les instruments de torture furent employés ou du moins conservés jusqu'à la révolution de 1798 (?) ; à cette époque la population de Lausanne se porta en foule à l'Evéché, s'empara des instruments de torture et les brisa. Quelques-uns de ceux-ci ont cependant échappé et se voient encore aujourd'hui dans le local des grandes archives municipales.
* Yoyeila noie eitn^ da mamiieiit Plaatiii,àUiiadecetamele, page 88.
LES DEUX CHÂTEAUX
Sur les ruines du vieil Evêché, s'éleva un large édifice rectangulaire^ sippie et sans ornementation quelconque, de deux étages, moins élevé que celui d'aqoQrdIrai et qui garda le nom d'Eféché quoiqu'il n'eût ni sa célébrité, ni
son importance.
Dans la nouvelle conatroctîon on ménagea àflear déterre
des cellules pour les prisonniers ; le premier étage ne forma jusqu'en 1820 qu'une seule et vaste salle, plus longue que large, bien éclairée: c'était one salle pablique. L'ancienne toar, mise en commmiieatlon avec le nouvel Evéché, fut restaurée elle aussi, les cachots furent maintenus an plain-pied, le premier étage fit partie des appartements dn châtelain, qni transforma la petite chapdie dont la fenêtre donne au midi, en chambre à coucher. Un grenier public occupait les combles du bâtiment.
Ge nouvel édifice n'était élevé que d'un étage au-dessus
de la terrasse de la Cité; mais à l'occident et au midi, il en avait deux.
J'ai examiné avec attention le plain-pied du grand Mtiment et je crois fermement qu'il est formé jusqu'à une certaine hauteur et en plusieurs endroits des murs mêmes de l'ancien Evéché. J'ai été affermi dans cette opinion, en voyant l'épaisseur et la solidité des murs, les fenêtres profondes; ça et là une fenêtre en ogive, bouchée maintenant, mais dont on distingue encore la taille des pierres.
Puis enfin, on voit toujours une série d'arceaux soutenant l'étage supérieur et soutenus par de petits murs, mais il est à présumer que jadis il n'en était pas ainsi. Ces murs sont certainement plus modernes que les arceaux qu'ils supportent; on a d'autant plus raison de le croire qu'un de ces murs est remplacé par une petite colonne, située devant la porte de la lingerie et sur laquelle reposent les bases réunies de deux arceaux.
LES DEUX CHATEAUX
En 4830, on conçut le plan d'agrandissement qui, mis
à exécution, nous a donné TEvêché actuel.
£n conséquence on ajouta deux nouveaux étages à celui qui eiMStait déjà. En même temps l'on construiël Tescalier extérieur qui conduit aux chambre du tribunal.
Tous ces changements avaient été laits dans le but d'établir une école à la Laneastre.
Le rez^le-chanssée, vu depuis la terrasse on premier étage en considérant l'édifice depuis sa base, qui auparavant ne formait qnfune seule cbambre, fut transformé en c^les pour la détention.
La vaste salle du rez-de-chaussée fut remplacée par une pièce parfaitement semblable, mais située au second étage et destinée à servir de chambre d'école pour renseignement mutuel.
Mais cette institution ne donna pas lous les résultats qu'on en avait attendu et après deux ans d'essais, en 18â3, on abandonna, on ne sait pour quel motif, le système Lancastre et on transforma la grande chambre du second étage en salles pour le tribunal, pour le jury et pour les témoins , destination qu'elles ont conservées jusques à aujourd'hui.
Lorsqu'on regarde l'Evêché depuis un lieu propice, depuis le Grand Pont par exemple, on est frappé en voyant le contraste qui existe entre ses divers bâtiments.
En effet, une petite tour à mâchicoulis d'un aspect sombre et d'une architecture antique, vient couper en flanc le grand édifice de construction récente, dont la direction est du nord au sud et dont la régularité rappelle l'art moderne. De cet édifice nous ne dirons rien, nous en avons déjà parlé précédemment.
Quand à la tour qu'il me soit permis d'y consacrer quelques lignes. Cette tour, située à la partie occidentale de Tédifice» est empreinte d'un cachet d'originalité et de vé-
80 LPS D£UX CtiATEàUX
tusté qui captive dès l'abord toute i'atteûtioû de i'obser- Tateor.
Ce qui Pentoore disparaît, H ne voit que cette toar bizarre jusque dans ses détails. Et véritablement elle est bien , faite pour exciter la curiosité ; sa position n'y contribue pas peu: donnoaut le Boorg et la ville basse» elle sonble défier le ravage des années et la colère des hommes.
Cette tour piesqu'isoiée est d'autant plus précieuse qn'ette est le seul bâtiment: de l'ancien Evéché qui soit resté debout, elle date de 1240 à peu près; enfin elle fut bâtie fort peu de temps après le grand incendie de 1235. Dans cette tour et eutre les deux murs qui la relient au reste de Tédifice, on remarque une petite cbaiabre voûtée dont la fenêtre est percée quelques pieds au-dessous des mâchicoulis. On a lieu de croire que cette chambre voûtée était mie des chapelles de l'Evéché et qu'elle' a sorvécu à l'ère catholique ; à cet égard les archives communales renferment un manuscrit du 18 avril 1537, dans lequel on lit :
f Article S. La maison de FEvêché, déclarée apparte-
» nir aux honorés Seigneurs de Lausanne; /a chapelle du > dU Evêché réservée à LL. EE: »
Si Ton examine attentivement les fMun d$ fondement jusqu'à quelques pieds au-dessus du sol, on reconnaîtra • qu'ils font partie d'une construction bien antérieure, soit par leur épaisseur (4 pieds et demi et plus), soit par U
* «Pai trouvé dans le maitiscrit Sterky, qui est la propriété àè M. cte GiogiiUi vue indicailtonaiir la cA^peUe de Si-Nicoka, devervle par qniitre chanoines sais prévOt^ dans le palais du Seigneur 6vdqne; eit-fie FiMien Eviehé?
Ce èhapitre avait b eoUatore de plnaieiirB cures, «nti'snires BeOs* fil», Font, MtifiBt, Méuièrta, Pamy.
Le gOQfmeinent de Berne conerva eette chapeUe, qui est probiiblement oeUa de St-ïHcolas, à eanse des dnpfts qui y étaîem attachés.
disposithMi des quartiers qui composeat le mnr. Il se peut
que ce soient encore les bases de murs de l'ancien Evéehé. Dans le voismage de oeuxTCi, au bas et à droite de l'escalier gai du grand cenidor conduit à l'étage ioférieur, se troiave une petke eohnne fort ameimne. Elle a eimron 7 pieds de haut, y compris la base (qui est de 4 pied 2 pouces et demi). Son diamètre est approximativemeat.de 1 pied et S pouces. Elle est couronnée par un chapiteau des plus remarquables. Ce chapiteau mesure environ 1 pied et 3 pouces de hauteur, A est séparé du fût par \m nple-Alel road; des quatre faces qui composent le dmpiteau, deux et une très petite partie de la troisième sont encore viables; les deux autres ont été mutilées et cachées par un ouvrage en maçonnerie. Les artistes badigeonoeurs D*ont pas plus respecté ce modèle d';vi gothique que les autres monuments de ce genre; ils l'ont orné d'une croûte si épaisse de plâtre qu'en certains endroits les contour^ du sa|et disparaissent comptètementr Les charmants détails et les hors-d'œuvi es grotesques dont l'architecture gothique abonde ont sans doute été recouverts.par le badigeon répands avec une si grande générosité.
Lorsqn'en 1830, la coHimune de Lausanne fit construire l'escalier extérieur qui mène aux salles du tribunal, on rencontra» à 8 pieds de profondeur, une voûte en forte maçonnerie. L'architecte, M. Descombes, la fit couper et l'on trouva une excavation, servant probablement de cachot ou de cave à l'ancien Evêché.
Or, d'après les anciens plans, la tour maîtresse» du nord, occupait cette place-là; il est donc probable que celte voûte se trouvait à la base de la tour.
Les parois de ce caveau semblaient à première vue formées de cailkmx ordinaires, mais il l'en était point ainsi, car, ayant voulu fortifier ces murs afin de rendre les fondements plus solides^ M. Descombes découvrit un^ petite
LES DEUX CHATEAUX
eoUmne enchâssée dans d'autres matériaQx. Il la fit enlever
et transporter dans son jardin où on la voit aujourd liui (au jardin du Pavillon), maison Tachet, près du poids du foin.
Cette colonne, de forme octogonale, a environ 6 pieds et demi de haut sur 1 pied et demi de diamètre; elle est serpentée en relief par une liane {je ne sais si ce terme est techbique, mais il me paraît exprimer assez fidèlement ce dont il s'agit ici), qui se continue sur chaque face en formant de nouveaux, dessins. Cependant ces dessins sont peu variés et peuvent se réfluire à deux : a) des lignes un peu arquées, traversant toutes les faces de Toctogone, et b) une seconde ligne formant des nœuds et des replis sans nombre.
La vieille tour de TEvéché porte encore sur sa façade
orientale (nord-ouest) les armes de Guillaume de Challand, armes qui se retrouvent aussi sur la porte de la caserne no i, sur deux des façades du château SC-Maire et dans
l'intérieur de la tour de rEvéché, au-dessus d'une vaste cheminée* .
n y a encore une p&rte en style ogival par laquelle on pénètre dans la vieille tour; cette porte présente tous les
caractères d'une vieille construction. On peut le croire du moment où elle fait partie de la tour qui, comme nous l'avons avancé plus haut, appartient probablement au XIII^ siècle. Celte porte, liaute d'environ 13 pieds, a été murée pour en établir une plus petite en bois, mais elle oiïre maigré celà une embnsure de plus de â pieds et demi.
Au-dessus de la porte de bois, on remarque encore Fépaisseur (1 pied 2 pouces) d une fenêtre dont le fond a été muré. Tout cela a l'air fort ancien et je crois ne plus m'écarter beaucoup de la vérité en lui assignant pour date celle de la tour qui subsiste aujourd'hui.
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LB8 DfiUX CHATEAUX
A la page 255 du manuscrit Planlin nous trouvons une note ainsi conçue : Mémoires $t o^tmalioiM emcifiMini de certainê malfai~ (mars qui oui été très justement châtiés , etc. Dès le 2 octobre 1702
au 50 avril 1703, on a fait subir le dernier supplice h vini^'l-liuit malfaiteurs originaires des villages situés autour do Lausanne, à part un vieUlard de 80 ans qui a été décapité, tous les autres ont été brûlés ou roués vili à ta Tzamberonnaz, soit à Vidi. Un autre a été roué vif en Plan près Vevey, et deux autres ont subi le même sort à Romanel, ils ont été consolés par les pasteurs Plantin et Bergier.
L'extrait suivant donne une idée des mœurs de cette époque :
t Le 18 décembre 1702 , on a roué et ensuite étranglé vif sur la roue Abraham G...., de PuUy; en même temps on a brûlé vif Estiemie T parce quMI n'a pas voulu confesser d'être brigand, quoique soutenu tel , mais simplement empoisonneur de sa belle-sœufi poison qui causa pourlanl la niurl île sa belle-mère, mais par accident, à cause qu'elle mangea d'une soupe où il y avait de la larine empoisonnée par le dit T,...; celui-ci était aussi de Pully et détenu aussi bien que le dit G.... par la Seigneurie de Lausanne à rEvèehé* Tai consolé le dit G.... Il y a eu ceci de remarquable louchant T...., c'est qu'il a été endurci d'une telle manière que personne ne Ta jamais pCi disposer h souffrir la mort qu'il mèrilail (au moins avant ce que nous allons dire). Etant dans le feu, au milieu de plusieurs flammes de feu effroyable, Dieu a voulu qu'il soit demeuré tout son temps, à soufiir des tourments inexprimables , jusques-là , qu'il était consumé et grillé quant à la plus grande partie de ses membres , ayant les mains tellement calcinées que les os éioyenl hlaiu s eoimne ceux qui ont demeuré plusieurs heures dans le feu. S étant cependant jeté dehors du bûcher ardent, malgré la résistance du bourreau, qui le repoussait toujours avec une gvande perche^ et étant sorti, tout monstrueux et horrible qu'il était , il ne laissa pas de pouvoir encore entendre et môme parler^ ji]S(|iie-là <iiie m'en étant approché, il me dit qu'enfin il connaissait la justice de son supplice, qu'il demandait pardon à Dieu et à la justice, el qu'il la suppliait qu'on l'assommât avant que d'étro rejeté au £bu , ce qui fut accordé par la noble justice, «I ansuite il fut réduit en cendres. *
84 LES DBtrx ClUTBAUX
OeSIRTATION.
Il faut remarquer que tous ces malfaiteurs nommés ci-devanl ont été aux prisons du Château ^ ou de celles de rEvéché empruntées du Château, eiceptés ceux que f ai distingués el dont j'ai dit, qu'ils avaient été pris de la part de la Seigneurie de Lausanne.
En êuitê, W faut remarquer que la plupart de ces malheureux ont confessé leurs crimes, plutôt par les exhortations qui lui ont été adressées par Messieurs les pasteurs et ministres, que par tes tourments de la torture; M. le vénérable pasteur Plantin a été le premier qui a réussi eu cela , H*, le vénécable pasteur Bergier a suivi, j*y ai aussi réussi.
Que si l'on souhaite de savoir quels Seigneurs baillifs il y avait l\ Lausanne , il faut se souvenir que ça été pour le plus grand nombre Monseigneur Niçolaz Tschaerner, qui est brigadier au service des Holkndois; ce qui sur la fin, ça été Monseigneur Sigismond Steiger. Sur quoi il fout observer que ces deux Seigneurs baillife n'ont jamais été présents, quand on a condamné ou fait mourir les susdits criminels, mais que ça toujours été, pour ceux qui dépendaient du château^ noble et généreux Abraham De Crousaz^ colonel et lieutenant baltival , . en qualité de procureur fiscal de LL. fit pour ceux qui dép«idaient de la ville ou de TEvéché, ça élé ou sage et provide Jean-I>1erre Faillettaz , juge ordinaire de la justice de la Cité de Lausanne , ou noble et généreux Abraham de Martigny, Seigneur Banderet de la Cité.
le souscris assure que les choses sus écrites se sont véritableiiient
passées et arrivées, comme je l'ai écrit, que si l'on souhaite d'en savoir plus amplement l'histoire , on pourra la tirer des archives du Château de Lausanne ou de celle de due ville, où MM. les secrétaires de Tallents et Gouriat, qui ont écrit les procès de tous les surnommés malfaiteurs, les laisseront , comme c*est la coutume des secrétaires des villes comme est Lausanne. Fait ou copié loul ce que dessus, rayant tiré de mon original, ou livre de mémoire, ce 25™* de juin Kiille sept cent et quatre.
(Signé) V. BupFAT, ministre et réfent en la qi^iriéme classe du Collège de Lausanne.
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LES DEUX GHATBàUX 85
N. B, De ces malbeuieux vingt et trois élant élevés sur des rouée ions à la Tzamberoniiaz , soit Yidi , ceux qui ont des météries vonines dans ce lieu, en craignant la puanteur et l'infection, ont pré*
senté requête à LL. EE. pour quMIs fussent tous consumés par le feu ; c'est aussi ce qui a été accordé; eu égard aussi à ce que ces malheureux étoyent des spectacles d'horreur, qui rendaient épouvantable le passage de Vidi; cette fricassée s'est faite par le bourreau 5 ou 4 mois après que les derniers furent rompus.
Ainsi ect.
(Signé) V. BuFFAT, ministre et régent de la quatrième
classe du Collège de Lausanne.
Nous avons vu dans le chapitre précédent qu'ua terrible incendie consuma en 1^ la ville de Lausanne presque toot entière, sans en excepter la cathédrale et le palais
épiscopal.
L'embrasement de la ville de Lausanne fut pour ses habitants une cruelle conséquence de leur imprudence ; Tex-
périence leur vint enfin, mais à quel prix ? le sinistre remplit les adultes de frayeur et ies«^neillards de découragement
L'éréque ne se crut plus à rabridùfeu et de ses ennemis
dans l'ancien château ; il se construisit une nouvelle habitation, k la fois isolée et inexpugnable, ce fut le doiyon de St*Maire.
Une autre circonstance amena ce dénouement. Depuis assez longtemps les bourgeois étaient en désaccord avec les évéques ; une alliance qui ne plaisait pas à l'une des parties, létaux d'une monnaie changée par l'évôque, ou un impôt extraordinaire levé sur les bourgeois, toutes ces
86 LES DEUX GHATEàUX
questions, bien que résolues par le Plaicl-Général, donnaient cependant lieu à longues discussions, parfois guerre
s'en suivait, jusqu'à ce qu'un prince voisin inlerposAl sa médiation ; ainsi en 1282 les bourgeois de Lausanne, excités par Philippe de Savoie^ s'assemblèrent sans ordre de l'évêque, s'imposèrent entr'enx et mirent des gardes aux portes. Guillaume de Ghampvent crut tout apaiser en lançant un monitoire ; mais il eut précisément l'effet contraire. Les bourgeois, de plus en plus irrités, attaquèrent révéque dans son ciiâteau de la Cité et le chassèrent de la Tille. Ce ne fut qu'après deux ans de guerre civile que Guillaume de Champvent put rentrer dans sa résidence épîscopale, grâce à l'intervention de Rodolphe de Habsbourg. En présence de tels faits , on conçoit que le besoin d'un château plus fortifié et dans une meilleure position se soit fait sentir.
En 1267, Jean de Gossonay, digne et respectable évéque de Lausanne» après avoir généreusement aidé les bourgeois de cette ville à reconstruire leurs demeures , jeta les premiers fondements du donjon épiscopal ou Château St-Maire, ainsi nommé à cause de sa proximité de l'église de ce nom. (La base sur laquelle il repose est du roc , ainsi que le prouve un rapport du maisonneur consigné aux archives municipales : a Au «lois de janvier 1789 un ébou-
> lement de terrain ayant eu lieu derrière le château» Von » sonda le sol et à 74 pieds de profondeur on rencontra
> le roc.) »
Quelqu' activité que Jean de Gossonay déployât» il ne pût l'achever et ses successeurs n'y travaillèrent que mollement. ()[) peut même supposer qu'ils ne s'en occupèrent pas du tout, en voyant les charges de toute espèce qui leur incombèrent: d'une part à la suite des guerres contre le comte de Savoie, guerres dont le résultat fut le plus souvent contraire aux intérêts de révéque. Effectivement
LES DEUX CHÂTEAUX
il vit ses terres ravagées et dut même parfois payer un tribut; c'est ce qui arriva, par exemple, sous l'épiscopat • de Pierre d'Oron, qoe M. Pellis qualifie de < fléau de son Evôcbé; » îl n'y a U rien d'exagéré, puisqu'après loi et de son vivant déjà, le clergé et l'Evêché de Lausanne tombèrent dans une pauvreté extrême et le peuple fut réduit à la misère ; d'autre part, la guerre ne sévissait pas seulement extra itiurosy mais aussi entre la ville et l'évêque. entre celui-ci et son Chapitre. C'est ainsi que nous voyons éclater, en iâ88, une déplorable rivalité entre le Chapitre etI'Evéque à l'occasion du commandement. Les chanoines portèrent leur plainte devant le pape Clément VII, qui, par une buUe datée d'Avignon, aflranchit les chanoines de l'autorité des évéques ; mais pour ne pas trop blesser ce dernier, il ordonna en même temps que le clergé séculier et régulier de Lausanne serait soumis dans sa personne et dans ses biens à l'autorité épiscopale.
Le Chapitre, devenu indépendant, voulut faire une soumission immédiate au St-Siége , mais effrayé des préparatifs de l'évêque , il demanda et obtint la protection du comte de Savoie, Amédée VIL Ce nouvel aliment de discorde irrita les partis et provoqua une lutte qui ne finit qu'en 1393, alors que Tévéque, Guillaume de Meothonay, rétablit toutes choses sur l'ancien pied, fit la paix avec les chanoines et les détermina à enlever de leurs maisons les armes de Savoie, eu renonçant à la protection intéressée de cette famille.
A l'avénement au siège èpiscopal de GmUmme de Chai' land (ou Ghallant) , le château se trouvait construit jusqu'aux tourelles et menaçait de rester longtemps encore dans cet état. Le nouvel évéque, riche, jeune et plein d'énergie, activa les travaux de bâtisse, ranima les chantiers déserts, fit terminer les murailles de défense et voulant unir l'agréable à l'utile traça dans l'intérieur des murs
88 LES DEUX CHATEAUX
plan de magnifiques jardins. Enfin , après 20 ans de traf aux coDsécaUls, GoiUaume de CbaUand eût la satisfaotion de Tbir termîDé le châteao Sl-Haire. C'étail en 4485, selon M. Pellis. M. de Gingins estime que ce ne fut qu'en 1431 que le château fut terminé ; Guillaume y transporta sa résidence épiscopale et y moamt la môme année.
Quelques années pins tard, en 1449, c le concile de Bâle
> confirma l'union et l'annexion, précédemment accordée
> et faite par l'antipape Pierre de Lune, appelé Benoît
> XIII, du Prieuré de St-Maire , ordre des chanoines régu- » liers de St-Augustin, à la mense épiscopale, pour y faire
> un château et des fortifications poiur la défense de la
> ville de Lausanne. »
L'évôque a tiré les pierres de deux carrières. Tune située sous Montbenon et l'autre à la Barre.
Les anciens documents parlent bien du doi^n de St- Maire, mais sans en donner de description, ni de plan. Aussi, malgré nos recherches, n'avons nous pu nous procurer qu'un plan de 1644. Je vais en donner ici une description aussi exacte que possible.*
Sur le point culminant de la colline de la Cité se dressait, solide comme le roc qui lui sert de base» un vaste bâtiment carré, à trois étages, percés chacun de trois doubles fenêtres. Jusque-là une molasse grise et fine a seule servi de matériaux , aussi est-on d'autant plus frappé par un nouvel étage en briques rouges, qui, courant autour de l'édifice, semble le ceindre d'une couronne à quatre fleurons. Cet étage empiète assez sur le niveau général de la façade pour permettre d'utiliser les mâchicoulis dont il est dentelé. De petites tourelles minces, élancées, et de méine matière, occupent ses quatre angles. D'étroites meurtrières devaient probablement remplacer les fenêtres
* On peut en voir la forme sur le plan ^ue nous publions à la fin du volume.
LES DEUX CHÂTEAUX
qu'on y a dessinées dans le plan que uous esquissons. Un
toit, tenniné par une double flèche» surmonte Tédifice. Ces tours, ces mâchicoulis, sont déjà de puissants moyens
de défense ; mais c'est peu de chose auprès du large fossé qui coupe toute communication à l'orient et au midi.
Les dépendances du château, saToir: des remises, des bûchers, des écuries, et un second jardin occupent la partie sud de la cour. Un petit passage y a cependant été réservé pour communiquer avec les bâtiments du Chapitre. Do côté du couchant une longue suite de bâtiments, représentant de nouveaux bûchers, puis le logement des officiers, enfin un couvert long et étroit est jeté sur le péristyle où se réumt la cour criminelle, il vient s'aptniyer aux dépendances immédiates du château. Du même côté part d'entre les deux tourelles une sorte d'appendice ou bâtiment principal; il semble avoir été construit en même temps que ce dernier, si l'on examine la continuité qui existe entre les deux toitures.
Les armes de Guillaume de Challand se voient encore en plusieurs endroits de la façade.
Une petite fontaine occupe à peu près le centre de la grande cour. Cette fontaine fut établie peu de temps après l'achèvement du château, et cela aux firais de la ville de Lausanne, comme le prouve un titre déposé aux archives municipales et ainsi conçu: « Le 25 octobre 14.82, la fon^ » taine du château est déclarée devoir être, pour une fois i seulement fournie, conduite et établie par la ville de ï Lausanne et devoir être dès lors maintenue par l'évêque, » à ses ft*ais et sans pouvoir arrêter les eaux des fontaines » de la ville ; tout cela est sous le titre de c Prononciation» » iMte par les ambassadeurs des illustres villes de Berne » et de Fribourg, sur des grands différents élevés entre » le révérend seigneur Benoit de Montferrand, évêque de > Lausanne et la Communauté de cette ville» etc., etc« »
LES D£UX CHATEAUX
Après la mort de Challaud, arrivé en ses successeurs cûDtiouèreDt à habiter le donjoa jusqu'au moment 00 Sebastien de Mantfaueon (Mont-falcoD) s'enfdit do château dans la nuit du 22 au 23 mars 1536, par un couloir secret percé dans le mur de sa chambre et aboutissant hors de la ville*. Les Beroois s'emparèreol alors do cbàtean et y établirent un baillif.
Le plan de 16-44 ne nous montre que l'extérieur du châteaUf l'intérieur pourtant vaut bien la peine qu'on s'en occupe. J'en eusse déjà parié depuis longtemps, mais le manque de plan et d'indications précises m'y a fait renoncer. Grâce aux démarches de M. Rodolphe Bianchet» j'ai pu obtenir un document d'une antiquité assez raisonnable. C'est un plan intérieur et extérieur du château St-Maire et de la maison du chapitre, levé par J.-P. Deiagrange, par ordre de sa magnifique seigneurie baillivale, le générai Hacbreth» en mai 1733. (Aux archives cantonales.)
Faisons d'abord une description rapide de ce plan , ensuite nous le comparerons à celui de 1644, afin de connaître les changements que le siècle lui a lait subir.
Remarquez au nord ce grand bâtiment presque carré, traversé dans toute ^ longueur, du couchant au levant, par un large corridor, sur lequel s'ouvrent six portes don-
uant accès aux appartements aujourd'hui occupés par les
bureaux des Départements de l'Intérieur et par celui de Justice et Police. Au fond un escalier tournant conduit au premier étage, dont la distribution est à peu près la même
que celle de l'étage inférieur. C'est le château St-Maire. 11 .est entouré à l'occident et au midi d'un large fossé,
* J'ai fifité cette pièce avant ^on y fit des réparations ; le passage secret qni descendait dàns répaissenr du mnr était à gauche de la grande cheminée. En montant le Gliemia*Neaf on observait une onve^ tore voûtée, c'était le lien de sortie où aboutissait ce passage secret dont noQS venons de parler. Blanchet.
LES DEUX CHATEAUX
aa milieu duquel on aperçoit un petit jet-d'eau. Le château est relié à la série de bâtiments représentant le péristyle de la Cour criminelle, la chambre des officiers et les bûchers, par trois petites constructions , dont deux sont adjacentes à l'édifice et dont la troisième est séparée par un pont. A Torient, une enceinte crénelée et une double porte défendent l'entrée de la grande cour. Entre celle-ci et le mur d'enceinte sont les remises et un premier jardin. Un second jardin se trouve à Toccident, entre la maison du Chapitre et la cour do château.
Nous venons de voir que la grande cour était fennée au nord par les fossés, à l'est par le jardin et à Fouest par
plusieurs petits bâtiments.
Il nous reste à examiner ce qui la limite an sud.
Ce sont en premier lieu les bûchers et les écuries entre lesquels on a conservé l'ancien passage allant à la maison du Chapitre. Puis, derrière ces bûchers, s'échelonnent jusqu'à la maison du Chapitre trois maisons appartenant à des.
, particuliers.*
Là s'arrêtent les dépendances du château (on de l'é-. véque) et commence la maison du Chapitre ainsi que ses
appartenances.
Elle est distribuée delà manière suivante: A l'occident, la chambre des harnais et celle de torture, communiquant
à la chambre de justice, au vestibule et aux prisons.
Plus bas, en allant au midi, nous rencontrons parallèlement placées la grande et petite cuisine , la cour de la maison et la loge pour la seringue. Enfin les dépendances, savoir : une entrée pour la maison do chapitre, une grange, et des écuries rejoignent la grande rue de la Cité, en ve-
* Aujourd'hui encore on trouve devant l'ancienne maison du Chapitre, le bâtiment où se réunit la Commission des forêts , l'ancienne maison Qindroz, èk présent le café Bise et la maison Gaulis.
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LES DfiUX GUAIfiAUX
nanl s'adosser aux trois maisons particulières dout nous afODS précédemment fait mention.
Rapprochons ce plan de celui de 1644. Nous verrons sans peine qu'ils ne diffèrent qu'en fort peu de cliose. Ainsi, en 1733, nous trooTons deux nooreaux bfttîHients, on bûcher et une remise, appuyés aux murs intérieurs du premier jardin et empiétant sur la cour de tout l'espace qu'ils occupent
Reportons-nous a une époque plus rapprochée de la nôtre, en 1798.
Là, des témoins occulaires se sooyiennent d'avoir va le château non point tel qu'il était en 1733, mais cependant organisé tout différemment qu'aujourd'hui. Au dire de ces personnes, les fossés n'existaient plus; ils avaient donc été comblés entre 1733 et 1798. Quant à la date précise, je n'ai pu la retrouver.
Puis une grille et une porte de Ibr avaient remplacé
l'ancien mur de circonvallation.
Dès lors le château St-Maire et ses dépendances subirent une foule de changements.
En 1803, on construisit la salle du Grand Conseil sur l'emplacement occupé auparavant par le jardin, les écuries de Pévéqne et le bâtiment du Chapitre.
Une médaille fut frappée à cette époque représentant d'un côté : le péristyle du local des séances du Grand Consul et pour exergue : c Première assemblée du Grand Conseil du canton de Vaud — 14 avril 1803. > De l'autre côté est un aigle tenant entre ses serres l'acte de Médiation, pom* exergue: c La Suisse pacifiée et réorganisée. >
Cette belle médaille est gravée par Andrieu.
En 1836 (ou 1830) le gouvernement fit élever l'appendice qui relie le château â la porte St-Maire et qui est occupé actuellement par le Commissariat des guerres.
LES DBint CHÂTEAUX
De 4836 à 1840 se fit le bâtiment où se tiennent les
séances du Tribunal d'appel.
£q 1845 on déblaya la grande cour et on abattit Tancien péristyle de la Cour criminelle et la grille d'enceinte» ponr commencer les travaux dont nons voyons aujourd'hui les résultats: la terrasse du cbàteau et les beaux degrés qui y conduisent.
Une seule pièce a conservé son caractère primitif» c'est la chambre de VEvêque, située au premier étage, recevant le jour de deux fenêtres tournées l'une au couchant, la seconde au midi. C'est une salle à peu près carrée. Je dis à peu près, en effet la forme quadrilatère est distraite de sa régularité par deux petits cabinets, formés par les profondes embrasures des fenêtres; ces deux cabinets servaient probablement d'oratoires. Cette chambre qu'on s'est plu à orner de meubles, de tapisserie et de vitraux peints à l'antique, présente quelque chose de fort remarquable, dont l'authenticité du moins ne peut être révoquée en doute, ce sont les armes des Èfont-falcon, placées en relief au milieu du plafond, divisé lui-même en caissons, dans chacun desquels les deux lettres A M (Âymon de Montfaucon) se trouvent, plus la devise: Si qm fata sinant.
Il ne faut point s'élonner trop de ce que cette chambre ait peu changé. Après la nuit du 22 au 23 mars 1536, le bailli bernois la transforma, ou plutôt lui donna comme nouvelle destination celle de ehamhre du trésor. Le gouvernement vaudois s'en servit aussi pour le même usage, jusqu'à la création de la Banque cantonale. La chaire de VEvêque, vrai chef-d'œuvre de sculpture, a été enlevée de , cette chambre où était cependant sa place naturelle.
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