‹ Lausanne dès les temps anciensChapitre 15 sur 44 · NOTRE-DAME DE LAUSANNE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LAUSANNE

Nous possédons plusieurs descriplions de la cathédrale de Lausanne ; MM. Fontaines, Recordon et Levade ont publié leprs travaux dans le temps ; plus récemment MM. Blavignac, Vuillemin, Champseix et Gaullieur ont traité le même sujet. Gliacuue de ces notices a son genre de mérite. Nous avons désiré avoir quelques données sur les principes qui ont dirigé les architectes pour la conception du plan de cet édiflce. Dans ce but nous avons réuni une série de matériaux que nous soumettons aux réflexions des personnes qui s'intéressent à ce gmire de monument.

La BASILIQUE est la plus ancienne construction chrétienne ; l'empereur Constantin donna aux premiers chrétiens les anciennes basiliques romaines; ceux-ci les transformèrent en églises. Nous empruntons la description de ces édifices à M. A. Chéruel, Diclionmirc historique des insiUiUians, mceurs él coutumes de la France. Paris^ 1855.

c Le mot BASILIQUE signifie maison royale, il désignait dans l'origine une galerie soutenue par des colonnes et

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terminée par im hémicycle. Les prêteurs y rendaient la

justice et les avocats y donnaient leurs consultations. Lorsque les chrétiens sortirent des cryptes ou éghses sonterrames, ils prirent pour modèles de leurs nouYeaux temples la basilique romaine. L'évêque siégea à l'extrémité de l'hémicycle à la place qu'occupait le préteur ; il y était entouré de son clergé. Ce lieu se nommait Vapside ou abside. En ayant était Tantel, qui avait la forme d'un tombeau antique ; au-dessous la crypte rappelait l'église primitive des chrétiens. Dans la suite» on coupa la hasilique par deux nefs transversales qu'on appela tramsepts ou croùées. Le chœur se terminait au transsepts ; là étaient placés deux pupitres, nommés ambons, où les diacres lisaient au peuple l'épitreet TEvangile. On les a remplacés dans la suite par un jubé, dont le nom vient de la formule que prononce le diacre avant de lire rËvangile, formule qui commence par ces mots : jube, danune. Dans Téglise primitive» un voile séparait le chœur du vaisseau ou nef (navis); on ne rouvrait qu'au moment de l'élévation. La nef était elle-même subdivisée ; des rangs de colonnes la séparaient des nefs latérales ou has-^)ôté8. Les hommes et les femmes n'étaient pas confondus ; une nef spéciale était assignée à chaque sexe, et des voiles les séparaient. Les néophites n'étaient admis que dans un vestibule nommé porche, et placé à rentrée de la basilique. Les pénitents attendaient dans le même lieu qu'il leur fût permis d'entrer dans le temple. »

L'Eglise de Lausanne réunit ces diverses constructions» l'abside, le transsepts, le jubé, les bas-côtés et le porche; de plus la tour des cloches était en partie séparée d'avec la nef comme dans les basiliques italiennes. Plantin en a bit le premier robservation.

Pour donner une idée générale des conditions sous lesquelles les églises cathédrales ont été bâties» nous avons

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extrait le fragment mmni de rooyrage de M. Viottet-k'

Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, — Paris. 1857.

c Le mot CATHÉDRALE Vient de cathedra, qui signifie

siège, ou trône épiscopal. Cathédrale s'entend comme église dans laquelle est placé le trône de l'évéque du dioeèse. Dans les églises primitives, le trône de révéqnë (cathedra) était placé an fond de l'abside, dsins l'axe, comme le siège du juge de la basilique antique, et l'autel s'élevait en avant de la tribune, ordinairement sur le tom^ beau d'un martyr. L'évéque* entouré de son clergé, se trouvait ainsi derrière l'autel isolé et dépourvu de retable, il voyait donc Tofficiant en face (voyez Autel). Cette disposition primitive explique pourquoi, jusque vers le milieu do dernier siècle, dans certaines cathédrales, le maître autel n'était qu'une simple table sans gradins, tabernacles, ni retables. La cathédrale du monde chrétien, Saint-Pierre de Rome, conserve encore le siège du prince des apôtres, enfermé dans une chaire de bronze, au fond de l'abside. C'était dans les églises cathédrales, dans ce lieu réservé à la cathedra, que les évéques faisaient les ordinations. Lorsque ceux-ci étaient invités par l'abbé d'un monastère, on plaçait une cathedra au fond du sanctuaire. Ce jour-là, l'église abbatiale était cathédrale. Le siège épiscopal était et est encore le signe, le symtmie de la juridiction des évéques. La juridiction épiscopale est donc le véritable lien qni unit la basilique antique à Téglise chrétienne. La ca- Âédrale n'est pas seulement une église appropriée au service divin, elle conserve, et conservait bien plus encore pendant les premiers siècles du christianisme^ le caractère d'un tribunal sacré; et comme alors la constitution civile n'était pas parfaitement distincte de la constitution religieuse, il en résuit!? que les cathédrales sont restées longtemps , et jusqu'au X1V« siècle, des édifices à la fois reli-

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gieux et civils. Un ne s'y réunissait pas seulement pour assister aa service divin, on y tenait des assemblées qoi aTaient un caractère purement politique; U va sans dire que la religion intervenait presque toujours dans ces grandes réunions civiles ou militaires.

> A la fin du XII« siècle» l'érection d'une cathédrale était on besoin, parce que c'était une protestation éclatante contre la féodalité. Quant un sentiment instinctif pousse ainsi les peuples vers un but , ils font des travaux qoi, plus tard» lorsque cette sorte de fièvre est passée, semblent être le résultat d'efforts qui tiennent du prodige. Sous un régime théocratique absolu, les hommes élèvent les pyramides, creusent les hypogées de Thèbes et de Nubie; sous un gouvernement militaire et administratif, comme celui des Romains pendant r empire, ils couvrent les pays conquis de routes, de villes, de monuments d'utilité publique. Le besoin de sortir de la barbarie et de Tanarcbie, de défricher le sol, fait élever, au XI® siècle, les abbayes de l'Occident. L'unité monarclûque et religieuse, l'alliance de ces deux pouvoirs pour constituer une nationalité, font surgir les grandes cathédrales du nord de la France. Certes, les cathédrales sont des monuments religieux, mais ils sont surtout des édifices nationaux. Le jour où la société française a prêté ses bras et donné ses trésors pour les élever, elle a voulu se constituer et elle s est constituée.

» Où voyons-nous les grandes cathédrales s'élever à la fin du XIl<î siècle et au commencement du XIII^? C'est dans des villes telles que Noyon, Soissons, Laon, Reims, Amiens, qui toutes avaient les premières donné le signal de l'affranchissement des communes; c'est dans la ville capitale de rUe de France, centre du pouvoir monarchique, Paris ; c'est à Roueii, centre de la plus belle province reconquise par Philippe-Auguste.» •

Digiiizeû by LiOOgle

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Les personnes qui désirent étudier ce qui concerne le s^le gothique trouveront dans la Reme des Deux M&ndes,

juillet 186!2, un mémoire des plus intéressants de M. E. Rman, Nous en extrayons les lignes suivantes:

f Le Style gothique nous apparaît ainsi comme un art purement français. II naît avec la France, au centre même de la nationalité française, dans ce pays florissant et riche qui, se dégageante premier de la féodalité germanique, fut le berceau de la dynastie capétienne, et en recueillit avant tout les autres bénéfices. Ce lut, comme l'a dit M. Violletle-Duc, l'arcliitecture du domaine royal., Soumis à Tinfluenee essentiellement française de la royauté et de l'abbaye de St-Denis, ce pays, aux XI^ et Xlï^ siècles, fut le théâtre d'un grand éveil de l'esprit humain, d'une sorte de renaissance qui se traduisit en poésie par les chansons de geste, en philosophie par l'apparition de hi scoiastique, en politique par le mouvement des communes et l'administration de Suger, en religion par saint Bernard et les croisades.

» L'architecture gothique ou, pour mieux dire, le mouvement de construction d'où elle sortit, fut le produit des mêmes causes. En ce qui concerne les communes, ce ne fut pas sans doute une circonsiunce iortuite qui fit coïncider leur établissement avec la rénovation architecturale. L'Ëglise, à cette époque, avait hérité du forum et de la basilique antiques ; c'était le lieu des réunions civiles, et en effet ce sont des villes de communes , Noyon , Laon, Soissons, qui élèvent les premières cathédrales gothiques.

» Le premier architecte gothique non français dont le nom nous soit connu est Erwin de Steinbach (1277). En Allemagne, jusqu'au siècle, ce style s'appelle c style français, > opus frandgenum, et c'est là le nom qu'il aurait dû garder. Malheureusement la fatalité qui priva la France de la gloire de ses chansons de geste se retrouve ici. L'es-

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prit étroit qui domine à partir de Saint-Louis, les violences de l'inquisition, les malheurs de la guerre de cent ans, éteignent chez nous le génie. Strasbourg et Cologne deviennent les écoles du style que nous avions créé. La France voit à son tour chez elle des artistes étrangers. Le style français passe pour allemand ; l'Italie l'appelle Tudesque, puis, par un contre-sens des plus bizarres, fait prévaloir pour le désigner l'absurde dénomination de gothique. Il faut se rappeler que les Barbares furent surtout connus à litalie par les Goths/Gotico devint synonyme de Barbaro» et une légende représenta les Goths comme des êtres fantastiques acharnés , à la destruction des monuments romains qu'ils venaient marteler pendant la nuit. Dans leur dédain pour cette architecture, qui n'était pas conforme aux ordres grecs et qui leur était profondément antipathique, les Italiens du XVI® siècle l'appellèrent Gotica, et ce nom fbt d'autant plus facilement accepté par la France du XVlIe siècle que le mot gothique avait pris en français, par suite de Tinfluence italienne, une nuance analogue (écriture gothique , les temps gothiques , etc.). De là h prétendre que les Goths avaient inventé ce style, il n'y avait qu'un pas: Vasari le franchit, et aujourd'hui ce nonsens historique n'est pas encore déraciné de l'Italie. >

n ne reste presque pas de documents sur la construction de la cathédrale de Lausanne : on n'en possède pas de descriptions faites dans les anciens temps; nous publions donc avec plaisir les pièces suivantes qui se rattachent à ce sujet :

« En 1849, M. Jules Quicherat fit connaître un manuscrit du fonds de Saint-Germain, à la Bibliothèque impériale, contenant un livre des plus singuliers. C'était, sous une

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