LES PORTRAITS
Il y a eu de tout temps des peintres peignant le portrait d'une manière commune, à la satisfaction de l'ordinaire demande. Il a suffi à ceux-là de donner des images d'une ressemblance superficielle, d'une exécution moyenne, pour contenter leurs modèles. Les peintres peignant le portrait de la sorte se sont succédé à travers les écoles, en une descendance qui, adaptée à la médiocrité de goût générale, se continuera indéfiniment.
Mais il y a eu aussi de tout temps les maîtres peignant le portrait pour en faire de véritables œuvres d'art, des œuvres de grand art. Ici, il n'y a plus de moyenne, de travail
banal, tout apparaît divers. Chaque maître a exécuté ses portraits librement, selon ses dons et dans le sens de son originalité, soit qu'il peignît les gens qui venaient lui demander, en le rémunérant, de reproduire leurs traits, soit qu'il fît poser, d'une façon désintéressée, ceux de ses amis dont la physionomie pouvait lui plaire.
Lautrec n'a point vu de gens du dehors lui demander de reproduire leurs traits moyennant une rémunération. Les portraits qu'on lui doit sont simplement ceux de parents, d'amis, de connaissances. L'art n'a pu qu'y trouver son avantage. Comme ceux qu'il faisait poser appartenaient à son entourage immédiat, qu'il avait eu le temps de les pénétrer et de les connaître, il a pu les bien saisir et en donner non une banale, mais une véritable et supérieure ressemblance. Comme il ne peignait que des familiers ne pensant point à lui dicter des poses convenues, ce que font si souvent ceux qui viennent demander des portraits payés,