X. MONTMARTRE. — LA CLOWNESSE
leur physionomie, vient d'une exécution supérieure, qui comporte le style en même temps que la sincérité. Lautrec a mis partout la marque de sa race. Il a uniformément laissé voir l'empreinte d'un homme venu d'une suite d'aïeux où la filiation avait établi le raffinement. La distinction dans l'exécution, telle est la caractéristique de son art.
Lautrec, se tenant en plein Montmartre, avait son atelier rue Tourlaque, il était familier avec les habitués du lieu, il faisait société avec les filles, les fréquentant dans leurs maisons et les recevant dans son atelier, mais il ne faudrait pas croire qu'il se fût personnellement modelé au contact et qu'il eût pris l'apparence du milieu où il vivait. La même distincfion, que nous avons dit exister dans son art, venue du fond de sa nature, subsistait et se retrouvait quand même dans sa personne. Cet homme au physique difforme, ne pouvant qu'inspirer de l'éloignement ou de la pitié aux femmes et aux hommes de son
monde, excitait l'intérêt au milieu des artistes et prenait rang, non seulement par la valeur de son art, mais par la tournure de son esprit. Il avait une parole facile, imagée, et, de temps en temps, laissait échapper un trait où se révélait sa vision pénétrante d'artiste. Il joignait à un laisser-aller et à une licence de parole, très grands, pris dans les ateliers parisiens, la verve et l'accent d'un méridional. Ce comique, ce sarcasme, qui dans toute une partie de son œuvre se manifestent par un côté caricatural, ressortaient en conversation par des mots singuliers, qui rendaient son commerce attirant. Au milieu du monde mêlé où il se mouvait, avec toute la liberté de langage et de conduite qu'il se permettait, il demeurait d'une grande politesse. Il était reste royaliste, ayant conservé le fond d'idées d'un légitimiste. Ceux qui le fréquentaient se redisaient ses origines aristocratiques et sa descendance nobiliaire et quoique, en homme sachant vivre, il n'en parlât pas, il était certainement satisfait qu'on ne pût