X\'. YVETTE GUILBERT
qui transporte, de plaisante façon, la scène du Mont Ida sur le terrain parisien. De plus, Lautrec a fait le portrait, assise au piano, de M™*^ Thadée Natanson, Misia, la femme du directeur de La revue blanche, celui de M. Paul Leclercq, un de ses fondateurs, celui de Romain Coolus, un des principaux écrivains qui s'y produisaient, et celui du secrétaire de la rédaction, Félix Fénéon, placé comme spectateur dans la Danse mauresque, une décoration destinée à la baraque de la Goulue.
Lautrec, qui s'arrêtait sur les êtres de caractère tranché, s'est arrêté sur Oscar Wilde. Il en a fait un dessin à la plume, mis dans La revue Manche de mai 1895, comme illustration à un article de Paul Adam. Il l'a représenté, sur la partie droite d'un programme lithographie, exécuté pour le théâtre de \ Œuvre, le 1 1 février 189e, Romain Coolus, en pendant, sur la partie gauche. Ce soir-là le théâtre donnait de même, en première représentation, une comédie de Romain Coolus, Raphaël, et la Salomé,
d'Oscar Wilde, qui terminait le spectacle. Enfin Lautrec a peint le portrait d'Oscar Wilde, en buste, de grandeur à peu près naturelle et si le dessin à la plume et la lithographie offrent déjà l'image d'un être exceptionnel, le portrait en buste est dans cet ordre d'une réussite complète.
Oscar Wilde, après des années de succès mondains et littéraires, est tombé à Londres dans l'abîme, condamné à deux années de prison, de hard labour, pour la pratique ouverte du vice contre nature. Mais ce vice chez lui ne venait pas d'une simple perversion intellectuelle, d'un goût qui ne fût qu'artificiel. Il était attaché à sa manière d'être physiologique. Ce malheureux homme a été en réalité sous la dépendance d'une de ces inversions de sexe, que connaissent bien les physiologistes et les médecins. C'était une sorte d'hermaphrodite.
Il avait dû ses succès mondains à Londres, où il était devenu l'esthète, le raffiné par excellence, non seulement à ses manières aisées de