‹ LautrecChapitre 17 sur 35 · XIX. LA TOILL.TTE (musée du Luxembourg · texte numérisé non relu

XIX. LA TOILL.TTE (musée du Luxembourg

r éditeur, servant de couvertures et d'en-têtes aux compositions musicales de Désiré Dihau. Ondet vendait cette dernière sorte d'exemplaires un franc. Sur l'un des en-têtes, Lautrec a mis le portrait de Désiré, jouant de son basson.

Il a encore peint le portrait de Désiré, assis, lisant un journal, et celui du frère aîné Henri debout, les deux en plein air, dans le jardin du père Forest. Il a peint, en 1890, un portrait de Mlle Dihau, qui était professeur de chant et de piano, jouant du piano. Plus tard, en 1898, il est revenu à la peindre encore au piano ; cette fois elle donne une leçon de chant à une dame debout près d'elle. Comme autre musicien, un soir, à l'Opéra, il a croqué Dancla, le premier violon de l'orchestre.

Les portraits fournissent un excellent critérium pour juger Lautrec. Ils viennent surtout montrer, que, si par goût, il a d'abord représenté le monde de Montmartre, il ne l'a pas

fait, comme certains auraient pu le penser, par manque d'aptitude à rendre un monde d'un autre ordre, que si ses dispositions de jeune homme aimant le plaisir l'ont porté vers ces êtres en qui se manifestait la vie joyeuse, il était tout aussi apte à saisir et à rendre n'importe quelle autre sorte de gens, vers lesquels une impulsion différente au début eût pu le conduire.

Les portraits qu'il a peints le prouvent sans conteste. On n'a qu'à voir ceux qui représentent des femmes du monde, des bourgeoises, telles que sa mère, M'"^ KorsikofT, M^^^ Dihau, M™^ Margouin modiste, ou des hommes graves, pour reconnaître qu'il les a aussi bien réussis, dans leur genre, que ceux qu'il a exécutés de la Goulue, de Jane Avril, d'Alfred la Guigne, et autres figurants des cafés-concert et des bals de Montmartre.

Lautrec l'esprit en éveil devait faire une part à la peinture de plein air. L'attrait qu'il ressentait pour l'art de Manet et de Renoir,

où elle tient une si grande place, eut d'ailleurs suffi à l'y porter. Il était plongé dans la vie agitée de Paris, il ne se sentait en rien attiré par la campagne, il n'a point peint de paysages ; aussi tout en voulant se livrer à la peinture de plein air, n'a-t-il nullement pensé à changer pour cela ses habitudes et à se rendre aux champs. La lumière et le décor à trouver dans un jardin parisien devaient le satisfaire. Il n'a pas étendu très loin ses recherches, pour découvrir ce qui lui convenait en ce genre. Il ne s'est pas même éloigné de Montmartre.

Il y avait près du boulevard de Clichy, à l'endroit où s'élève maintenant l'Hippodrome, un jardin occupé par un photographe qu'on appelait le père Forest. C'est là que Lautrec a peint ses tableaux de plein air. Ce sont surtout des portraits de femmes anonymes, arrangés de telle façon que certains sont devenus ce qu'on pourrait appeler des tableaux de genre : la Femme à l' ombrelle, la Femme au chien, etc. Il

a cependant aussi fait, dans le jardin du père Forest, quelques portraits d'hommes et de femmes connus, ceux des frères Dihau, comme nous venons de le dire, celui d'une artiste de ses entours, à Montmartre, de Suzanne Valadon, fait deux fois, sous formes différentes, celui de Cipa Godebski, fumant sa pipe.

Lautrec s'est servi de divers moyens pour l'exécution de ses tableaux. Les grands ont été peints à l'huile, sur toile, mais ceux de moindre dimension, d'un caractère qu'on pourrait appeler particulièrement intime, ont été peints sur carton et alors souvent à la détrempe. Dans ce cas le fond n'a pas toujours été recouvert, même il a pu arriver que le carton, au milieu de la partie peinte, soit, par places, demeuré visible, montrant son gris, qui joue alors un rôle comme couleur, dans l'ensemble du coloris. Les tableaux de plein air ont été peints sur carton et les personnages s'y détachent devant des bosquets ou sur un feuillage légèrement traité. Le carton a été

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