‹ LautrecChapitre 18 sur 35 · XX. PORTRAIT DE VAN COCU (pastel · texte numérisé non relu

XX. PORTRAIT DE VAN COCU (pastel

depuis assez souvent employé, mais Lautrec a été le premier à réellement s'en servir et les autres ne l'ont adopté, qu'en voyant le parti qu'il avait su en tirer.

C'est dans le jardin du père Forest qu'il a peint son tableau A la Mie, un homme et une femme attablés. Il a, en peignant son autre tableau du même genre, l'Assommoir, montré des hommes et des femmes de caractère déjà passablement douteux, mais il les a de beaucoup dépassés dans A la Mie. Il est arrivé là à tellement toucher le bas-fond, qu'il n'a pu trouver l'homme même à représenter et qu'il a dû le composer. M. Gustave Coquiot, dans son livre sur Lautrec, dit que, pour obtenir l'homme de son tableau, il a dû faire poser un de ses amis costumé en apache. Il aurait découvert pour la femme une blanchisseuse appropriée. Il est impossible de dépasser cette représentation d'êtres pris à la tourbe d'une grande ville. C'est une réussite tellement complète, qu'elle n'a pu venir que

d'une idéalisation. En effet, Lautrec a élevé ses deux personnages à l'état de types ; dans leur horreur, on ne peut s'empêcher de les admirer. Ils font voir combien Boileau avait raison, lorsqu'il a dit :

// nest point de serpent ni de monstre odieux Qui, par Fart imité, ne puisse plaire aux yeux.

Imité n'est peut-être pas le mot qui conviendrait tout à fait, dans la circonstance, mais quand on cite Boileau, à propos de Lautrec, il ne faut pas y regarder de trop près.

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