‹ LautrecChapitre 2 sur 35 · II. LE COCMliR DE 1-IACRF., i8Si (dessin · texte numérisé non relu

II. LE COCMliR DE 1-IACRF., i8Si (dessin

née Tapie de Céleyran. Son père était un gentilhomme pénétré à un haut degré des mérites de sa race, plein des idées particulières de la classe noble, à laquelle il appartenait, telles qu'elles ont pu le mieux se conserver dans un centre de la province. Il avait été officier de cavalerie dans sa jeunesse et, ayant alors contracté le goût des chevaux, trouvait son plaisir dans l'équitation. Il trouvait aussi du plaisir à dessiner et, comme dessinateur, ne manquait pas d'un certain talent. Il n'était tenu que par le soin cà donner aux terres, qui constituaient sa fortune, étranger aux soucis d'affaires, tels que peuvent les connaître les gens de la classe bourgeoise, au-dessus de laquelle il se jugeait fort élevé.

Rien n'eût pu faire prévoir que le fils unique d'un tel père fût destiné à embrasser la carrière d'artiste, surtout pour y développer la forme d'art qui a été sienne. Lautrec, élevé dans les traditions et les idées de sa classe, ne se fût probablement jamais consacré à l'art, il

se fût engagé dans une tout autre voie, sans un accident, qui devait faire de lui un homme difforme.

Vers l'âge de treize ans, il eut les deux cuisses cassées. Les cuisses affaiblies se soudèrent mal et lui rendirent pour toujours la marche difficile. Ses jambes, à partir de l'accident, cessèrent de croître. Il devait rester toute sa vie disproportionné, le haut du corps assez développé mais porté par des jambes tronquées. Pour ajouter à cette disgrâce, il était myope et avait de grosses lèvres. Nous savons comment Lautrec reconnaissait sa déformation et ce qu'il en pensait, par les portraits-charges de lui-même qu'il a crayonnés.

Tel qu'il se voyait, il devait être amené à fuir son milieu, se sentant réellement humilié parmi les hommes désinvoltes et les femmes élégantes qui le composaient. De nature sensible, sa laideur physique explique que du monde aristocratique, où il ne pouvait être qu'un objet de pitié, il ait versé non seulement

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