III. MONTMARTRE. - JANE AVRIL
dans le monde des artistes, mais fort à côté dans celui des filles, qu'il devait aussi fréquenter. Il est un autre homme dont une difformité a empoisonné la vie, Lord Byron. Il était pied-bot et par ce que l'on sait du tourment que cette disgrâce lui a causé, on peut s'imaginer ce que Lautrec a dû souffrir de la conformation, qui a fait de lui une sorte de petit monstre, un nabot.
;Ce ne fut pas par une détermination d'abord prise et un dessein arrêté, qu'il s'engagea dans la carrière d'artiste. Il y fut porté d'une manière accidentelle. Sa mère, établie à Paris, le temps de ses études, lui avait fait suivre les classes du lycée Condorcet. Il se préparait pour le baccalauréat, lorsqu'il vint à fréquenter René Princeteau, un peintre, un méridional, avec lequel son père entretenait des relations. r-
Princeteau était peintre de chevaux. Lautrec qui, on peut dire, dès l'enfance avait reçu de son père le double goût des chevaux et du
dessin, entré en intimité avec Princeteau, se sentit attiré par le genre de son art. Il se mit à côté de lui à dessiner et à peindre des chevaux. Ce qui n'avait d'abord été qu'une fantaisie devint bientôt une passion. Il continua donc assidu auprès de Princeteau, se tenant à son atelier, dans le faubourg Saint-Honoré. Il y rencontra John Lewis Brown, un méridional comme eux, un bordelais, qui n'y était pas seulement amené par la communauté d'origine, mais encore par un goût identique pour la peinture de chevaux et d'élégants cavaliers.
Cependant Princeteau n'avait pas la prétention de pouvoir servir de véritable maître et Lautrec, après avoir poussé son essai d'apprentissage chez lui aussi loin que le permettaient les circonstances, éprouva le besoin de suivre un enseignement régulier. Il avait alors ressenti l'appel de la vocation. Il entra donc dans l'atelier de Bonnat. Il n'y resta qu'un temps assez court et passa dans celui de Cormon (1885-1886). Là il s'appliqua à