‹ LautrecChapitre 23 sur 35 · XXIII. PORTRAIT DE TRISTAN BERNARD (pointe sèche originale · texte numérisé non relu

XXIII. PORTRAIT DE TRISTAN BERNARD (pointe sèche originale

Ingres regarde ia vie, mais se tient attaché aux formes classiques, s'appuyant sur l'antique, remontant jusqu'à la Grèce, aux Panathénées. Son dessin savant et précis laisse voir une certaine rigidité ; le mouvement y a été, dans une mesure, comme négUgé. Chez Degas, l'attache aux formes classiques, encore apparente, est intiniment moins stricte que chez Ingres. Les personnages, pris dans le monde ambiant, révèlent une recherche plus grande du mouvement. On n'a qu'à comparer les ballets de Degas au Bain turc d'Ingres, pour se convaincre de la différentiation survenue dans l'art des deux. En passant de Degas à Lautrec, la sensation du style et du dessin supérieurs, qui a persisté d'Ingres à Degas, persiste toujours et établit bien la filiation que nous avons dit exister entre les trois artistes, mais l'attache au pur classicisme n'est plus visible. Et alors le rendu direct de la vie et, comme complément, la sensation du mouvement deviennent les traits dominants. On

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n'a qu'à mettre à côté les unes des autres les scènes de danse de Degas et celles de Lautrec, qu'à rapprocher les chevaux qu'ils ont peints, pour voir que Lautrec saisit la vie, dans sa souplesse, d'une manière plus immédiate que Degas.

Si d'Ingres à Degas et à Lautrec la marche vers le rendu plus direct de la vie ambiante se manifeste, c'est, après tout, le cours pris par l'école française, au XIX^ siècle, qui en a ainsi décidé. Degas et Lautrec, tout en maintenant dans leur dessin le style de l'art traditionnel, en hommes ouverts à l'esprit de leur temps ont su s'adapter successivement à la transformation que l'école française subissait. Du classicisme pur régnant à l'époque de David et d'Ingres, elle arrivait en effet par le romantisme, le réalisme et l'impressionnisme à une observation de plus en plus souple de la vie.

Au moment où Lautrec survenait, les peintres que l'on a appelés les Impressionnis-

tes faisaient sentir leur action autour d'eux, Lautrec l'a éprouvée. Il s'est donc formé sous une double influence. Il a reçu la continuation du style et du dessin supérieurs par Ingres et Degas et il a dû aux Impressionnistes l'observation tout à fait directe de la vie, le rendu du mouvement dans sa souplesse.

Lautrec n'est pas seulement redevable aux Impressionnistes de la technique aisée et primesautière qui apparaît surtout dans ses lithographies, il l'est aussi aux artistes du Japon. Il les admirait et tenait de leurs œuvres, sous ses yeux. Or ils ont recherché l'expression du mouvement et l'ont obtenue, à un très haut degré, à l'aide d'une exécution rapide, par coups de pinceau, mis de jet, d'une main à la fois hardie et légère. Ce côté caractéristique de leur art, qui avait déjà frappé les premiers Impressionnistes, a encore plus vivement frappé les hommes tels que Van Gogh et Lautrec, venus après eux.

Lautrec a particulièrement su s'inspirer

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