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XXIV. PORTRAIT D'OSCAR WILDE

de l'exécution enlevée des Japonais. La vue de son œuvre le démontre. Il a même une fois procédé en véritable japonais. L'image de Jane Avril, dans la série des lithographies intitulée Le Café-concert, a été obtenue par des coups de pinceau contournés en manière de virgules, selon une formule de la virtuosité japonaise.

Les artistes, qu'ils soient ou non originaux, dépendent de même pour leur développement des conditions du milieu qui les environne et des influences qui agissent sur eux. Si les vrais originaux, les vrais créateurs se distinguent des autres, c'est qu'ils ont seuls la puissance de s'approprier ce qu'ils reçoivent des prédécesseurs ou prennent autour d'eux, en le transformant, de manière à en obtenir quelque chose qui tranche sur ce qui s'est vu auparavant. Après avoir établi la filiation qui l'a produit et les influences qui l'ont pénétré, on retrouve Lautrec très personnel, il a su créer, entre autres, une œuvre

lithographique originale, où vit un monde qui lui appartient.

Chez Lautrec la faculté de la mémoire était très grande, aussi la cultivait-il et savait-il y recourir. Nous l'avons déjà reconnu, lorsque nous avons raconté dans quelles circonstances les scènes de cirque ont été produites. Son œuvre lithographique en est une nouvelle preuve. Il n'eût pu amener la plupart des personnes dont il a donné l'image à venir poser devant lui. Après les avoir attentivement regardées et étudiées, au théâtre et sur les divers lieux où elles se produisaient, il devait donc s'en remettre à sa mémoire pour les fixer, avec leur vraie physionomie, sur la pierre lithographique.

Ses lithographies sont dues, avons-nous dit, à un travail du crayon très libre et très souple, mais ensuite il lui a fallu assez souvent s'y reprendre à plusieurs fois, pour obtenir un tirage qui le satisfît. Tel a été surtout le cas lorsqu'il s'est agi des lithographies à

tirer en couleurs. La tonalité générale à trouver, les couleurs diverses à choisir et à marier, le préoccupaient au plus haut point, et il multipliait les essais, avant d'arriver à Tépreuve définitive. Dans la collection de ses lithographies, qu'il avait personnellement gardée et que la Bibliothèque Nationale a reçue en don de sa mère, il existe jusqu'à dix épreuves d'essai différentes, de certaines lithographies en couleurs.

L'œuvre lithographique est très variée, comme choix de sujets et comme formes de productions, variée comme choix de sujets : on y trouve en effet des sujets d'ordres très divers, analogues à ceux qui ont été exécutés en peinture. Variée comme formes de production, car elle comprend des estampes, des affiches, des illustrations de livres et de leurs couvertures, des annonces de représentations théâtrales, des en-têtes de pièces musicales, des menus de dîners, de pique-niques, etc. Tout en donnant, en lithographie, la même

sorte de sujets qu'il a donnée en peinture, ce n'est cependant que par exception qu'il a répété exactement en lithographie un sujet déjà peint et réciproquement. L'œuvre peinte et l'œuvre lithographique, se côtoient sans se confondre, chacune ayant en majorité ses productions distinctes.

Le catalogue complet, dressé par M.

Loys Delteil, des productions lithographiques comprend trois cent soixante-dix numéros. Ce nombre s'étend à huit pointes sèches, classées avec les lithographies. Cette œuvre, quand on veut juger son auteur, doit peser dans l'examen, par son importance, autant que l'œuvre peinte. Lautrec s'ofire ainsi sous deux faces, peintre et lithographe.

Une grande part des lithographies a été consacrée aux acteurs et à des scènes de théâtre, de cafés-concerts, de bals publics et de bars. Lorsqu'on passe en revue les œuvres de ce genre, on est frappé de la sorte de distinction qu'accusent les types d'hommes et

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