XXV. DÉSIRÉ DIHAU (lithographie
de femmes qui s'y voient. Ce qu'on a dû dire de l'œuvre peinte, qu'elle était caractérisée par la distinction dans l'exécution, convient également à l'œuvre lithographique. Ce qu'on a ici sous les yeux, ce sont après tout ce qu'entre hommes de lettres on appelle des "cabots" ; or ils ne donnent aucunement cette impression de relâché dans la tenue et de vulgaire familiarité, qu'on ressent à leur contact dans les coulisses des théâtres et même en ville. Aussi cette part de l'œuvre consacrée aux acteurs et aux divertissements parisiens restera-t-elle comme une création d'un grand attrait. Avec elle nous avons un monde que d'autres n'eussent pu toucher qu'en nous le montrant sous des traits qui eussent été désagréables, tandis que Lautrec sait nous en faire jouir, en nous en présentant une image vraie certainement, mais élevée par le style et la supériorité d'exécution.
Il convient cependant de distinguer, dans les lithographies consacrées par Lautrec aux
acteurs et aux lieux de divertissement parisiens. Il y faut faire deux parts. Dans l'une se trouveront les scènes prises aux cafésconcerts, aux cabarets de Montmartre, au bal du Moulin-Rouge, avec leurs " cabots ", leurs filles et leur public. C'est surtout à cette sorte de productions, représentant un monde relâché en soi, que Lautrec a eu le mérite de donner de l'agrément par le style. Dans l'autre part on rangera au contraire ces acteurs et actrices en renom, que leur manière d'être sépare des " cabots ", ayant comme marque la vulgarité d'allures et le laisser-aller de tenue.
C'est que, sans abandonner la représentalion du monde de Montmartre, qui l'avait d'abord attiré, Lautrec s'était de plus en plus porté vers les acteurs et les actrices célèbres de l'époque. Il en a ainsi représenté un grand nombre en lithographie : La Loïe Fuller, la danseuse, qu'il a enveloppée d'une étoffe flottante lumineuse ; M^^^ Brandès et Le Bargy ; Judic dans sa loge ; Guitry avec Jeanne Gra-