Bulletin général de Ihérapculique, Paris, i886, CXI
DE l'estomac
l'extrémité stomacale ne portait pas d'ouverture latérale. Elle était munie d'une soupape s'ouvrant largement de bas en haut. Au-dessus de cette soupape existaient, dans la paroi de la sonde, 16 fentes linéaires. Ces fentes, s'écartant sous la pression du liquide que l'on injectait avec une certaine force, déterminaient la production dans l'estomac d'une véritable douche en pluie. Le liquide ainsi injecté était aspiré par un mécanisme fort simple, dans une bouteille où une poire en caoutchouc avait déterminé la production d'un vide partiel.
Nous devons encore signaler l'appareil récemment construit par M. Frémont. Cet instrument, Tube de Fié-
1^ mont.
qui se compose essentiellement d'un tube analogue à celui de Faucher, porte une poire en caoutchouc placée à une certaine distance de la bouche, comme dans le modèle imaginé autrefois par Poeschel. Cette poire permet d'aspirer, sans grands dangers pour le malade, quelques gouttes ou quelques centimètres cubes de suc gastrique pur. Le tube de M. Frémont peut donc rendre des services lorsqu'on veut explorer le chimisme stomacal, à jeun. Mais en dehors de ce cas particulier il ne nous semble pas qu'il soit notablement supérieur aux autres instruments que nous avons décrits jusqu'ici.
Telle est la série, déjà fort longue, des instruments destinés au lavage de Testomac et dont nous avons eu connaissance. Il se peut que quelqu'un d'entre eux nous ait échappé, mais en tous
LAVA G
cas, il est difficile que ceux que nous ignorons diffèrent sensiblement de ceux dont nous avons parlé.
Le lavage de l'estomac est une opération fort simple. Elle devrait toujours se faire sans difficultés. Cependant, quelquefois, l'état d'émolivité où se trouvent les malades, ou toute autre cause, viennent compliquer momentanément la technique. Il y a donc certaines précautions à prendre, certaines règles à suivre, et nous allons décrire cette technique en détail. Tout ce que nous allons dire se rattache à l'emploi du tube inventé par l'un de nous et dont nous avons donné ci-dessus la description.
Après avoir, si cela est nécessaire, rassuré le malade, après lui avoir montré que la sonde est construite de telle façon qu'elle ne peut le blesser, il faut autant que possible le faire asseoir. Le lavage de l'estomac, lorsque le malade est couché, est en effet un peu plus compliqué que dans la station assise.
On se place devant le patient, et, déprimant la base de la langue avec l'index de la main gauche, on introduit, le plus loin possible, et en la faisant glisser contre la paroi postérieure du pharjmx, l'extrémité semi-rigide du tube. Cette extrémité a pu être enduite de glycérine, de vaseline. Le plus simple est de la mouiller; l'eau
DE l'estomac
suffit à assurer le glissement du tube et le malade n'a pas ainsi de sensation désagréable.
Sitôt la sonde ainsi engagée on retire le doigt de la main gauche et, tout en priant le malade de faire des mouvements de déglutition, on pousse le tube qui se trouve entraîné mécaniquement dans l'œsophage. On continue à le faire progresser lentement, sans brusquerie, en répétant au malade d'avaler et de souffler. Le premier de ces deux mouvements sert à faciliter la déglutition de la salive dont l'accumulation pourrait provoquer des efi'orts de toux; le second assure au médecin qu'il est bien dans l'œsophage. Il permet, en outre, au malade de vaincre la sensation de dyspnée légère qu'il éprouve en général les premières fois qu'il avale la sonde.
Enfin un léger ressaut vous avertit que vous avez franchi le cardia; en même temps la virole métallique situé à 50 centimètres du bout œsophagien arrive au niveau des dents.
Vous faites alors incliner la tète du patient en avant. Cette position permet un reflux plus facile du sang de l'extrémité céphalique vers le cœur. Elle facilite l'écoulement par l'orifice buccal de la salive, toujours plus abondante, au moins les premières fois; enfin le malade respire plus aisément.
On verse alors dans l'entonnoir qui se trouve H l'extrémité distale de la sonde, une certaine quantité d'eau, tiède ou froide, pure ou chargée de principes médicamenteux. Lorsque l'entonnoir,
LAVAGE
tenu jusque-là au niveau de la bouche, est rempli, on l'élève au-dessus de la tète du patient. Quand le liquide est sur le point de disparaître, on abaisse rapidement l'entonnoir, qu-dessous du niveau de la ceinture du malade. On peut, à ce moment, faciliter l'opération en pinçant la sonde au-dessous de sa jonction avec l'entonnoir; on empêche ainsi le liquide de s'écouler trop vite dans l'estomac. Lorsque l'entonnoir est arrivé audessous du niveau de l'extrémité gastrique de la sonde, il ne reste plus qu'à laisser s'écouler l'eau. Celle-ci se vide par un simple mouvement de siphon, en entraînant les parcelles alimentaires, les détritus, le mucus, etc., qui peuvent être contenus dans l'estomac. On renouvelle cette opération autant de fois qu'il est nécessaire pour' que l'eau ressorte propre.
On retire alors la sonde en engageant le malade à faire quelques mouvements de déglutition qui préviennent des régurgitations quelquefois pénibles.
Il est rare qu'il survienne quelque incident désagréable au cours des manipulations que nous venons dedécrire. Cependantcertainsindividusont une telle hyperesthésie de la luette et de la partie supérieure du pharynx qu'ils ont des nausées assez fortes pour empêcher l'introduction de la sonde. Un badigeonnage à la cocaïne, quelques grammes de bromure, pris pendant un jour ou deux avant le lavage, viendront facilement à bout de cette susceptibilité.
DE l'kSTOMAC
Il est arrivé qu'on a introduit le bout du tube Derintroducdans le larynx. Cet accident sera d'autant plus
dans les
rare que le tube employé sera plus volumineux, bennes. Il y a donc intérêt à se servir du plus gros calibre. D'ailleurs l'usage d'une sonde volumineuse est, toutes choses étant égales d'ailleurs, une raison pour que le lavage soit plus aisé. Les réflexes nauséeux sont moins intenses, la tolérance de l'œsophage s'établit plus rapidement et plus complètement.
Lorsque la sonde est d'un faible calibre et qu'elle peut, par suite, pénétrer dans le larynx, les malades suiïoquent, se débattent avec violence; la cyanose apparaît rapidement; bref, les phénomènes sont tellement marqués, tellement bruyants qu'il ne semble pas que des conséquences graves puissent réellement se produire. Elles sont cependant possibles, au moins en théorie. On les évitera à coup sûr en faisant, comme nous l'avons dit, souffler le malade. M. Gouetoux' a publié un cas où cet accident s'était produit. Il s'agissait d'une jeune fille, dyspeptique, un peu nerveuse. Après avoir, assez difficilement, introduit un tube, l'auteur s'étonna de ne pas voir le liquide gastrique refluer dans la sonde, malgré les violents efforts de toux que faisait la malade. Il crut le tube bouché et souffla dedans, avec un soufflet; il se produisit immédiatement de la cyanose, presque une syncope. Le tube fut retiré aussitôt et