LA SURALIMENTATION
En exposant les avantages que présente, au cours d'un certain nombre d'airections, le nettoiement de la cavité gastrique par le tube, nous avons plusieurs fois fait allusion à l'alimentation artificielle des malades ; ce procédé de thérapeutique complète, en effet, dans un très grand nombre de cas, l'action déjà si utile du lavage, et nous considérons même les deux méthodes comme si étroitement associées qu'il nous semble indispensable de compléter ce que nous avons dit jusqu'ici par une revue rapide des affections qui sont justiciables de ce mode de traitement.
L'introduction des aliments par la sonde permet de répondre à deux indications. On peut simplement faire de l'ahmentation artificielle; on peut également, et c'est souvent la méthode qui rendra le plus de services, faire de la suralimen- • tation, c'est-à-dire faire pénétrer dans l'estomac Technique et permettre l'assimilation d'une quantité d'aliments de beaucoup supérieure à celle que l'on ingère normalement. La technique en est fort simple. L'introduction de la sonde se fait comme ■
pour le lavage de l'eslomac et dans bien des cas mèmp, on fera Jjien de faire passer un peu d'eau dans la cavité gastrique pour s'assurer que celle-ci est propre.
Après ce lavage préalal)le, et sans autre préambule, on verse dans l'entonnoir le mélange alimentaire, suffisamment dilué pour qu'il puisse s'écouler facilement dans l'estomac. Sitôt que les dernières gouttes en ont disparu on retire la sonde. Cette partie de l'opération est un peu délicate, car il s'agit de ne pas déterminer, par irritation de la luette ou de la partie supérieure du pharynx, un réflexe nauséeux qui ferait perdre tout le bénéfice de l'introduction artificielle des aliments. On arrive le plus souvent à empêcher toute espèce de régurgitation en recommandant, comme nous l'avons dit à propos du lavage, au malade de faire des mouvements de déglutition pendant que l'on retire la sonde. Le tube sort ainsi en trois ou quatre temps successifs, correspondant chacun à un mouvement en sens inverse de l'œsophage, et le vomissement des substances introduites est ainsi très facilement évité. Tout au plus le malade est-il obligé de cracher, au moment où sort la dernière portion du tube, une petite gorgée, mélange d'aliments et de salive. Cette régurgitation partielle cesse même de se produire au bout de quelques séances et on voit alors les malades, qui ont acquis l'expérience du procédé, faire tout au plus un seul mouvement de déglutition, au moment où l'extrémité gas-
DE l'estomac
Irique île la sonde est déjà dans la bouche. Ils arrivent ainsi à ne perdre aucune parcelle de ce qu'ils ont introduit dans leur estomac.
Qu'il s'agisse d'alimentation artificielle ou de suralimentation, les lliquides et les produits employés seront forcément les mêmes, les doses seules varieront. Au début, lorsque l'un de nous (M. Debove) introduisit cette méthode en thérapeutique, on se bornait à faire passer par la sonde du lait, du bouillon, des œufs, de la viande râpée, et la seule préoccupation était d'employer un liquide qui passât dans le tube sans difficulté.
Tant qu'il ne s'agissait que de faire absorber à un malade une ration équivalente à celle d'un individu bien portant, ces diverses substances suffisaient, et au delà, aux besoins de la pratique. Mais quand on voulait suralimenter un tuberculeux par exemple, on était obligé de verser dans l'estomac un volume vraiment trop considérable de substances nutritives.
C'est alors que nous avons proposé d'employer et que nous avons employé nousniême des poudres de viande ; comme véhicule, on se servira de lait, si le malade le tolère, de bouillon, dans le cas contraire. On peut ajouter au mélange des œufs battus, en nombre variable, sans diminuer notablement sa fluidité et la facilité de son passage par la sonde.
Avant de mettre en usage la poudre de viande, nous nous étions servi de viande hachée et pulpée ; mais cette préparation est longue, diffi-
LAVAGE
cile, elle expose le malade à contracter le tœnia, elle ne permet pas l'administration de plus de 4 à 500 grammes de substance dans les 24 heures.
La poudre de viande, au contraire, qui n'est autre chose que de la viande dégraissée, séchée, pulvérisée, présente un grand nombre d'avantages. Elle représente, grâce à la perte d'eau qu'elle a subie, quatre fois son poids de viande crue. Sa digestion, grâce à la divisibilité extrême où. elle se trouve, est également supérieure à celle de cette dernière substance. M. Quinquaud a fait à ce sujet un certain nombre de recherches.
On met digérer, pendant 60 heures, en présence de pepsine pure et d'une quantité suffisante d'HCl, 50 grammes de la substance à étudier. La perte de poids donne la quantité de matière digérée. On trouve ainsi les chiffres suivants :
Digeslibilité SUBSTANCE employée QDANTITÉ DIGÉRÉE
de la poudre —
de viande. yiunde hachée humide 8s>-,44
Poudre de viande 9g'', 13
Albumine coagulée Immide. . . . 5g'',40
Viande hachée sèclie Sgr.SO
Poudre de lait 7S'-,9S
La poudre de viande, répondant, comme nous venons de le dire, à quatre fois son poids de viande crue, le chiffre de 9!îf,13 représente en réalité la digestion de SGfc'^Sâ de viande oi'dinaire.
La poudre de lait, dont nous parlons ici, et qui doit théoriquement s'obtenir par dessiccation de ce liquide, débarrassé de ses matières grasses,
DE l'KSTOMAC
préscntorait certainement des avantages presque aussi grands que la poudre de viande. Mais il ne semble pas que jusqu'ici sa préparation soit devenue pratique.
On a également proposé l'emploi de poudre de lentilles. Nous-môme avons montré que l'on pouvait, en chauffant l'amidon à 180° pendant 3 heures, préparer une substance soluble, qui permet l'introduction d'une quantité relativement considérable de matière hydrocarbonée sans être obligé d'avoir recours à une dose d'excipient trop forte. Nous reviendrons tout à l'heure sur l'emploi thérapeutique de ces produits.
Les poudres de viande peuvent être fabriquées soit avec de la viande de cheval ou avec du beefsteack. Il semble que cette dernière soit préférable, comme l'indiquent les chiffes suivants donnés par Robin dans sa thèse :
Azote p. 100 AciJe phosph. p. IC
Beefsteaclc
Viande de cheval.
dgr,66
fquivileiit en phosph. Je chaux
En tous cas, elle ne présente pas, comme la poudre de viande de cheval, l'inconvénient d'une odeur désagréable.
Avant d'employer ces poudres, on fera bien de vérifier leur composition et leur conservation.
lo Au microscope, on trouvera des fibres musculaires striées dont l'abondance permettra de juger le soin qui aura présidé au choix de la
Vérification de la nature et de la conservation des poudres de viande.
LAVAGE
viande et à la dessiccation. Le môme instrument, en permettant de constater la présence de microorganismes en très grand nombre, renseignera sur le plus ou moins bon état de conservation de la poudre.
M. Yvon a montré qu'en déterminant le poids de l'extrait aqueux desséché à lOO», on était renseigné sur l'origine de la viande, celle de bœuf donnant 42 0/0 d'extrait sec, celle de cheval 17 0/0; sur le mode de préparation, puisque les viandes cuites ne fournissent que de 1,5 à 6 0^0 d'extrait.
Une troisième opération consistera à doser la proportion des chlorures contenus dans la poudre, ce qui permettra de se rendre compte si cette poudre a été préparée avec de la viande fraîche ou avec de la viande cuite et lavée.
Lorsqu'on se sera ainsi assuré une fois pour toutes de la qualité du produit employé, on délaiera la poudre de viande soit dans du lait, soit dans du bouillon, soit tout simplement dans de l'eau. Nous verrons, en passant en revue les maladies qui comportent l'emploi de cette substance, quand il y a lieu d'additionner le mélange de bicarbonate de soude ou de principes minéraux analogues.
Quelle que soit l'affection que l'on veuille traiter, on aura soin, les premières fois, de ne pas donner, en une seule dose, une quantité trop forte de poudre de viande. 25 grammes suffisent pour un premier repas, et ce repas ne devra
1)K l'ksTOMAC
d'abord avoir lieu qu'une fois dans les 24 heures. Peu ;\ peu, on arrivera à faire supporter au malade 400 h 500 grammes de poudre, qui seront alors absorbés en plusieurs prises dans la journée, car il vaut mieux ne pas verser dans l'estomac un volume do liquide supérieur à un litre à la fois.
L'alimentation artillcielle est surtout indiquée "^^{.^(-"igu^^J} quand il existe des vomissements incoercibles, vomi s se -
, . ments inco-
que ceux-ci soient de nature hystérique ou qu ils ercibies. soient placés sous la dépendance d'une affection organique des viscères abdominaux ou thoraciques. Nous avons déjà vu que, dans ces cas, le lavage constituait une ressource précieuse; l'alimentalion artilicieile permet de compléter cette action bienfaisante et d'introduire dans l'estomac des aliments qui y séjourneront alors que leur ingestion par la bouche était suivie par un rejet immédiat.
Gomment expliquer que l'estomac, qui ne pouvait tolci'er un verre de lait, puisse impunément recevoir une nourriture beaucoup plus abondante, du moment que les aliments auront été introduits par la sonde? Cela vient-il du dégoût qui accompagne l'ingestion des aliments et qui serait alors la cause principale des vomissements, cause que supprime l'emploi du tube ? La brusque distension de l'estomac par l'introduction en une fois d'un litre de liquide serait-elle suffisante pour faire disparaître un réflexe que provoquent de petites doses arrivant successivement? Nous
LAVAGE
savons que lorsqu'on applique le laryngoscope avec une certaine fermeté de main, on ne provoque pas de réflexes, tandis que ceux-ci deviennent intolérables si le contact de l'instrument est hésitant. En est-il, dans ces cas de vomissements nerveux des aliments, comme de certains médicaments qui, à l'état normal, provoquent des nausées et qu'il suffit de mettre dans une capsule pour les rendre parfaitement supportables?
L'interprétation que nous pourrions donner serait toujours théorique ; qu'il nous suffise d'avoir maintes fois constaté le fait et de savoir que beaucoup d'auteurs ont pu, comme nous, s'en assurer.
On a prétendu que le succès de ce moyen thérapeutique était dû à la simple suggestion. Cela est difficile à admettre quand on voit le même procédé réussir aussi bien contre les vomissements des tuberculeux que contre ceux des hystériques.
Cette alimentation artificielle est d'ailleurs un des seuls moyens dont on dispose pour venir à bout des vomissements hystériques, et elle con stitue, par sa simplicité même, un progrès marqué sur le fatras qui encombrait autrefois la thérapeutique de cette affection. Voici à titre de comparaison la série des remèdes administrés par M. Bouchard {Mouvement médical, 1873, juin) ' dns un cas de ce genre : faradisation, vésicatoires
1. Thèse de Henri Hervé de Lavaur. Paris, 1883, n° 79, page 35.
DE l'estomac
sur le creux épigastrique, sinapismes, magnésie, Colombo, bicarbonate de soude, potion de Rivière, belladone, atropine, hyosciamine, eau de laurier-cerise, noix vomique, strichnine, glace, i-hum, chloral, bains simples, bains sulfureux, douches froides, injections sous-cutanées de morphine et d'atropine. — La malade ne guérit pas. Elle aurait probablement vu céder ses vomissements, comme cela est arrivé si souvent depuis, si, à cette époque, le lavage eût pu être employé.
L'idée d'appliquer le lavage et l'alimentation AUmentaiion
. artiticielle et
artificielle au traitement des hystériques qui suralimentavomissent, ne fut pourtant que le résultat des siques^.^'^'''' succès obtenus par l'un de nous (M. Debove), précisément contre ces mêmes vomissements, chez les tuberculeux. Nous en arrivons ainsi, après avoir envisagé l'alimentation artificielle seule, à parler en même temps de la suralimentation.
Chez ces malades, dont il faut avoir soin de nettoyer l'estomac avant d'introduire le repas par la sonde, on voit rapidement les phénomènes généraux, et, chose plus intéressante, les altérations locales s'amender, puis disparaître, si la maladie n'était pas arrivée trop près de sa période ultime.
Cette modification se produit en suivant une marche à peu près régulière. Pendant les premiers temps du traitement, on ne note pas gi-ande amélioration, il semble qu'il faille une .
LA VAGIi
certaine mise en train. Cependant les doses de poudre de viande, la quantité de lait et d'œufs introduite journellement augmentent. Au bout d'une dizaine de jours, on note une augmentation de poids d'abord légère, puis bientôt de plus en plus considérable, et qui peut atteindre quatre ou cinq kilogrammes en six semaines ou deux mois.
En même temps, la diarrhée se supprime, les sueurs nocturnes disparaissent, les forces reviennent. L'expectoration devient de moins en moins abondante, la toux disparaît et, avec elle, une des causes des vomissements, qui deviennent aussi, et cela dès les premiers jours, absolument exceptionnels. Non seulement les malades s'améliorent, non seulement ils engraissent, mais encore ils acquièrent un appétit considérable dont ils étaient, très peu de temps auparavant, absolument privés. L'un de nous a eu l'occasion de soigner à Bicêtre un individu qui, du 3 janvier au 28 mars, passa de 46 à 62 kilogrammes, et qui, recevant par la sonde 200 grammes de viande crue, 200 grammes de poudre de lentilles, 200 grammes de poudre de haricots, 10 œufs et 3 litres de lait, se plaignait de souffrir de la faim et mangeait en plus le 4^ degré du régime hospitalier. Nous avons dit ailleurs, et l'on sait que la fièvre est, d'une façon générale, une contreindication à l'emploi de la suralimentation. Cependant, si lafièvre tuberculeuse, celle qui accompagne l'envahissement du poumon et la progression des
DK l'estomac
lésions, n'estpas justiciable de ce trailenient, mais constitue une raisonde s'en abstenir, il n'en est plus lie même de la lièvre hectique, due à la résorption des produits des cavernes. Celle-ci diminue, eneflct, quand le malade a été suralimenté pendant quelque temps, et cette baisse de température est facile à comprendre quand on suit les modifications des bruits stéthoscopiques. Le volume des excavations diminue, en effet, d'une façon certaine, les bruits de gargouillements, les signes physiques, liés à la présence des sécrétions, disparaissent.
La dyspnée cesse également; cette disparition tient également au retour des forces dont nous avons déjà dit un mot, et cà la suppression des sécrétions bronchiques dont nous venons de parler. On voit facilement celles-ci passer d'une abondance suffisante pour remplir de un à deux crachoir par vingt-quatre heures, ù quelques crachats muqueux insignifiants.
L'ingestion de viande, de lait, d'œufs en aussi grande quantité (21) pouvait faire craindre l'apparition de l'albuminurie. Celle-ci est cependant exceptionnelle. D'ailleurs les urines témoignent de l'activité des combustions et il n'est pas rare de voir la quantité d'urée atteindre des chiffres extrêmement élevés. Un malade absorbe par jour 300 grammes de poudre de viande. L'urée passera de 27 à 70 grammes sous l'influence du régime; elle pourra même atteindre 100 et 110 grammes sans que ces chiffres, que l'un de nous (M. Debove) a eu plusieurs fois
LA.VAGE
l'occasion d'observer, constituent rien d'extraordinaire.
Action de la Lorsqu'on cherchera par ce procédé de la suration sur la limcntation à guérir, ou au moins à améliorer un
nutrition. , , , ., /. , .
tuberculeux, il ne faudra jamais négliger de se rendre comptede l'eiret du traitement et de l'état du malade par des pesées fréquentes. On sera alors surpris et de la rapidité avec laquelle l'augmentation a lieu, et en même temps de la fragilité extrême, si nous osons employer cette expression, de l'amélioration, au moins au début. Une diarrhée, une indigestion légère, feront rapide- • ment perdre tout ou partie du bénéfice obtenu. Il suffira de prendre quelques précautions, de remplacer momentanément le mélange de poudre de viande par du lait seul pour venir à bout de ces perturbations et pour voir la courbe graphique, par laquelle on pourrait représenter le poids du malade, reprendre sa marche ascensionnelle.
Que la nutrition soit profondément améliorée par cette absorption d'aliments éminemment assimilables, cela ressort très nettement de ce que nous venons de dire. Mais M. Quinquaud, dosant l'acide carbonique exhalé par le poumon, a donné une preuve de plus des modifications profondes que subis.^ent les échanges des malades suralimentés. Nous lui empruntons les deux tableaux suivants.
PHTOIQUE AU 2" DEGRÉ. — ANOREXIE. — POIDS DE CO^ DANS 50 LITRES d'air E.KPinÉ
Avant le traitement lgr,40 à -tg^uO
UE l'estomac
40 jour du trail' SOgi" de poudre de viande.
lg'-,80
So au 70
lOOtf • —
So au 120
i3û au 180
yg^iîO
190 au 230
200gi' —
t!4o au 2'Jo
2oOg'- —
PHTISIQUE AU 3° DEGnÉ. — CO^ DANS iiO LITRES d'aIU EXPIUli
Avant le traitement
Ig'-^IO
Du lor au 30 jour du traitement
TOgi-.
igr.se
Du 80 au 90 —
lOOg'-
igi-.eo
Du 90 au 140
lg'-,75
Du 140 au 170 —
lg'-,92
Du 17e au 210 —
2gr. »
Du 210 au 230 —
On voit combien ces modifications sont considérables, et aussi comme elles se produisent vite. Mais pour obtenir un résultat, il faudra faire durer le traitement pendant longtemps et ne pas s'arrêter quand, l'appétit revenu, les vomissements devenus exceptionnels et l'augmentation de poids pourraient diminuer l'intérêt que le malade prend au traitement, du fait même de l'amélioration ressentie. On pourra certainement ne plus demander au sujet traité une si grande rigueur dans l'intensité de sa suralimentation; on pourra le laisser manger à sa guise, mais il faudra exiger que pendant longtemps encore il introduise dans son estomac tous les matins une centaine de grammes de poudre de viande. Ce n'est qu'à cette condition que les résultats se maintiendront. Conire-indica-
Lorsque le tube digestif est non seulement suralimentaintolérant, mais malade, quand par exemple le . siques.*
sujet a des ulcérations intestinales étendues, on fera bien de s'aljstenir, ou tout au moins ne devra-t-on pas espérer de succès bien brillant.
Nous avons déjà dit que la fièvre qui traduit la progression incessante des lésions devra être considérée comme une contre-indication. II en sera de même lorsque ces lésions seront assez avancées pour que, même si elles étaient guéries, il ne puisse rester une quantité de parenchyme suffisante pour assurer l'hématose.
En dehors de ces cas il est rare qu'un obstacle quelconque vienne s'opposer à la mise en œuvre du traitement que nous préconisons et empêcher une amélioration du malade qui sera d'autant plus certaineque l'on commencera la suralimentation à une époque plus voisine du début de la maladie. On fera d'ailleurs sagement, chaque fois que ce sera possible, d'associer au traitement par le gavage celui qui consiste à aérer constamment les tuberculeux. C'est avec cette formule : suralimentation et aération continue, que l'on doit, semble-t-il, obtenir les succès les plus réels et les plus durables. . i
Aiimentaiion Mais nous sommes loin des affections de
artificielle et
suralimenta- l'estomac. Cependant nous avons eu l'occasion, pepiiques.^*^ bien fréquemment répétée, de mettre en œuvre l'alimentation par la sonde, dans le traitement des dyspepsies. C'est par l'étude des résultats | obtenus et par leur interprétation que nous voudrions clore ce chapitre.
Nous éliminerons tout de suite ce qui a trait à ^
DE l'estomac
l'ulcère, à robstriiction pylorique,- à la dilatation d'origine mécanique. Dans les deux derniers cas, l'alimentation artificielle ne peut en rien aider aux résultats obtenus par le lavage. Dans le premier, lorsque le malade est suffisamment docile ou suffisamment habitue h la sonde pour que l'on n'ait pas à craindre des elïorts de vomissements et les fâcheuses conséquences qu'ilé pourraient entraîner, l'alimentation artificielle pourra rendre des services. Autant le lavage a peu de chose à faire dans l'ulcère rond, autant l'alimentation avec une substance aussi facilement digestible, et susceptible d'être administrée sous un aussi petit volume que la poudre de viande, pourra rendre des services. Il n'est pas rare de voir les malades qui sont porteurs d'un ulcère se tuberculiser, surtout lorsque les douleurs les ont amenés à s'alimenter d'une façon tout à fait insuffisante. L'aUmentation artificielle, la poudre de viande rendent alors des services inappréciables.
Nous avons montré combien peu le tableau clinique de la dyspepsie répondait aux modifications que la sonde permet de constater dans les fonctions chimiques de l'estomac. Nous avons aussi souvent insisté sur la fréquence des causes nerveuses dans l'étiologie de ces troubles digestifs. Sur dix malades que l'on interroge, neuf au moins répondront qu'ils ont commencé à soufi"rir de l'estomac à l'occasion d'une fatigue, d'un surmenage physique, d'un chagrin, d'un traumatisme moral. A partir de ce moment ils sont entrés
LAVAG E
dans un cercle vicieux dont le mécanisme est facile à comprendre. Après avoir, parce que leur état général était mauvais, souiïert de l'estomac, ils ont cessé de s'alimenter suffisamment et leur état général s'est ressenti de celte alimentation insuffisante. Ainsi ils ont mal à l'estomac parce qu'ils ont des ennuis et parce qu'ils sont fatigués; ils sont fatigués et ils ont des idées noires parce qu'ils ont mal i!i l'estomac.
Chimiquement ils seront hyperchlorhydriques, normaux, ou apcptiques. Au point de vue moteur ils auront de la dilatation de l'estomac, ou des coliques gastriques. Cette dilatation ne devra pas seulement être diagnostiquée par le clapotage; nous avons en effet déjà dit que ce signe pouvait être dû à tout autre chose qu'à la présence du liquide dans l'estomac. Il nous est en effet arrivé de le constater chez des malades où cette cavité gastrique était vide. Le meilleur, le seul signe pathognomonique de la dilatation est la présence des aliments, le matin, à jeun, dans la cavité gastrique.
u dyspepsie Les souffrauccs dont se plaignent les dyspepmoinsaulanl tiques peuvent durer depuis longtemps. On leur batlon géné- flura donué, et ceci dépendra des symptômes dont iffimilt ils auront surtout accusé l'intensité, toute la série
iiic iici V eux '
(ju'unemnia- deg médicameuts indiqués dans les formulaires;
die de l eslo- ^
mac. ils auront suivi tous les régimes, et n'auront, à
leur grand désespoir, pas vu s'amender les maux qui les accablent. C'est qu'en effet la dyspepsie est bien moins une maladie de l'estomac, que
DE l'estomac
l'expression d'un trouble de l'état général. Lors même que l'exagération secondaire de l'acide chlorhydrique, que la stase prolongée et les fermentations putrides des aliments provoqueraient des altérations et des souffrances d'origine réellement stomacale, il faudrait encore chercher à améliorer l'état général.
Qu'on nous permette une comparaison. Longtemps on a considéré les ovaires comme malades dans l'hystérie. On les a même enlevés pour guérir la névrose. Cette erreur était d'autant plus justifiée que ces ovaires étaient douloureux, spontanément et à la pression, et qu'ils semblaient être le point de départ des troubles généraux dont se plaignaient les malades. Quelquefois on a trouvé une légère altération de ces organes. Celle-ci justifiait la théorie admise sans qu'il vienne à l'idée que pour réagir à pareille cause, il fallait un organisme malade tout entier
Un beau jour on a constaté chez l'homme des zones hystérogènes et douloureuses dans des régions correspondant à l'ovaire chez les femmes. L'un de nous (M. Debove) a attiré l'attention sur les faits de ce genre. On en a conclu que l'ovaire jouait un rôle accessoire dans l'hystérie, que la névrose était seule en jeu, seule responsable des douleurs et des excitations dont elle n'avait, pendant longtemps, semblé être que la conséquence. Eh bien I il semble que les dyspeptiques neurasthéniques souffrent de leur estomac comme les hystériques souffrent de leur ovaire. C'est l'état
LAVAGE
général, la déséquilibralion nerveuse qui esl tout; l'estomac n'est que très indirectement responsable.
Dans ces conditions, il était à prévoir que la suralimentation serait un excellent moyen de rétablir l'équilibre nécessaire. Et en effet, sur la série des 54 malades exîaminés. par l'un de nous avec M. Mathieu, et dont nous avons déjà souvent parlé, nous avons uniformément appliqué le régime suivant : Matin et soir gavage avec SO grammes de poudre de viande et 10 à 15 grammes de substances alcalines (bicarbonate de soude, craie préparée, magnésie calcinée), 3 litres de lait, pain à discrétion. Nous avons alors constaté que, chez les malades dont l'estomac ne digérait plus, chez les apeptiques, les alcalins favorisaient la réapparition de l'acide chlorhydrique en même temps que, sous l'influence de l'alimentation forcée que représentait le régime auquel nous les soumettions, nos malades s'amélioraient au point de vue général. En revanche, si cette amélioration générale était tout aussi marquée chez les hyperchlorhydriques, les alcalins, chez eux, contribuaient très évidemment à abaisser le taux exagéré de l'acidité gastrique.
En réalité, sous l'influence du régime excessivement tonique auquel ils étaient soumis, nos dyspeptiques tendaient à revenir à l'état normal." Les fonctions sécrétoires des glandes gastriques subissaient l'effet curateur de cette amélioration générale, et il suffisait que le malade, mieux
DK l'estomac
alimenté, engraissât quelque peu, pour lui voir reprendre un état d'âme et d'estomac plus voisins de la normale.
Ce que nous venons do dire suffit à faire comprendre tout le parti que l'on peut tirer de l'alimentation artificielle et de la suralimentation, pratiquées avec ou sans lavage de l'estomac.
TABLE DES MATIÈRES
CIIAPlTRli PREMIER
Paragraphe I. — Historique 1
La brosse stomacale 2
Casimir Renaiit. — Le lavage dans les empoisonnements ^
Le lavage de l'eslomac en Italie. 5
La gastrite traitée par le lavage 0
Les travaux de Kussmaul 1
Inconvénients de la pompe f
Le siphon ^\
Appareil d'Adamkiewicz IS
Tube Faucher 1'^
Sonde à double courant d'Audhoui. " 18
Tube Debove ^9
Appareil de Ruault 22
Tube de Frémont 23
Paraghaphe II. — Technique 24
L'introduction du tube dans le larynx. 27
Enroulement du tube dans la bouchfi 'i8
Danger de la présence d'un ulcère 29
La tétanie
Contre-indications au lavage. 32