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CHAPITRE II

Le mariage de Lavoisier. — La mort de son père. — Mme Lavoisier. Les occupations de Lavoisier, ses amis, ses relations, son caractère.

Les fonctions de Lavoisier l'avaient mis en relations avec le fermier général Paulze qui sut promptement apprécier le mérite de son jeune collègue, et, bientôt fut heureux de lui donner sa fille en mariage.

Jacques Paulze, avocat au parlement, était entré dans le s fermes comme adjoint, puis avait été nommé titulaire, en 1768, par ie contrôleur des finances Laverdy, en remplacement de Daugny, démissionnaire ‘. Financier habile et probe, 1l tint souvent tête à l’abbé Terray dans les questions d'affaires. Intelligent et instruit, il fut directeur de la Compagnie des Indes; c’est lui qui réunit et fournit à l’abbé Raynal, son commensal, les documents qui servirent à écrire la célèbre Histoire philosophique des Deux-Indes. Xl avait épousé, en 1752, à Montbrison, M'° Claudine Thoynet, fille d'une sœur de l'abbé Terray, alors simple conseiller-

1. C’est Daugny qui fit élever l'hôtel qui sert aujourd’hui de mairie au IXe arrondissement, rue Drouot.

clerc au parlement. Quelques années après, 1l était resté veuf avec trois fils, Balthazar, Christian et Joseph-Marie, et une fille, Marie-Anne-Pierrette, née en 1758*.M""° Paulze n'avait pas treize ans quand Terray, devenu contrôleur général, cédant aux instances de la baronne de La Garde, qui avait une grande influence sur lui, se mit en tête de marier sa petite-nièce à un comte d'Amerval, gentilhomme âgé et sans état, frère de M*° de La Garde. Paulze ne craignit pas, au risque de compromettre sa fortune, de résister aux volontés de son oncle, le tout-puissant contrôleur des finances, dont il dépendait comme fermier général. Après une première réponse dilatoire, 1l lui écrivit la lettre suivante, qui fait honneur à son caractère :

« Lorsque vous m'avez parlé, mon cher oncle, du mariage de ma fille, je n’ai regardé ce projet que comme fort éloigné, et j'ai dû penser qu’il serait assorti par l’âge, le caractère, la fortune et°les autres convenances ; je ne trouve aucun de ces avantages. M. d'Amerval a cinquante ans, ma fille n’en a que treize ,1l n’a pas 1 500 francs de rente, et ma fille, sans être riche, dès ce moment peut en apporter le double à son mari; son caractère ne vous est pas connu, mais il ne peut convenir à ma fille, n1 à vous, ni à moi; j'ai encore là-dessus des renseignements certains. Ma fille a pour lui une aversion décidée ; je ne lui ferai certainement pas violence. »

De son côté, M*° de La Garde s’efforçait de gagner la jeune fille et de triompher de son opposition, en faisant briller à ses yeux la prochaine sortie du couvent et l'éclat d'une présentation à la cour. M'!° Paulze avait la plus grande répugnance pour M. d’Amerval, fo! d’ailleurs, agreste et dur, une espèce d'ogre, disent les mémoires du

1. Baptisée, le 20 janvier 1758, à la paroisse de Saint-André de la ville et bailliage de Montbrison.

temps’. Terray fut d'abord vivement irrité contre Paulze, et lui témoigna son mécontentement en le menaçant de lui retirer la direction du département du tabac. Michel Bouret, alors fermier général, prit avec chaleur la défense d’un collègue dont l’activité et l’intelligence étaient si nécessaires à la compagnie : « Je suis fâché, dit-il à Terray, qu'il vous ait déplu, mais sa conduite vous plaira aux fermes, et ses talents vous mettront en état de faire un bon bail ; il est le seul homme en état de rétablir l’ordre dans différentes parties des fermes”. » Le contrôleur général, cédant aux instances de Bouret, laissa Paulze à la tête de son département ; mais 1l n’en persista pas moins dans ses projets de mariage. Paulze, redoutant de nouvelles sollicitations, se résolut à marier sa fille le plus tôt possible pour la soustraire aux poursuites de d'Amerval, et songea à l’unir à Lavoisier. Le mariage fut décidé au mois de novembre 1771. Tous les amis et les parents de Paulze lui adressèrent les plus chaudes félicitations ; Trudaine de Montigny le complimente de son choix; M°”° Caze, sœur de M"° Paulze et par conséquent nièce de l'abbé Terray, écrit à Paulze en faisant allusion aux projets du contrôleur général : « Quel bonheur pour ma nièce d’avoir échappé au danger qui l’a environnée ét d’être aujourd’hui au moment d’un établissement où elle trouve avec vous tous les avantages et les augures du plus parfait bonheur. Elle est si formée, si raisonnable, que je ne doute point qu'elle ne fasse le bonheur de son mari. »

Devant cette décision, toute la famille se demanda quelle conduite tiendrait l'abbé Terray, dont les volontés étaient dédaignées ; assisterait-il au mariage de sa petite-

1. Mémoires de l'abbé Terray, ou plutôt sur l'abbé Terray, p. 102. Ce pamphlet est de 1776.

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