‹ LavoisierChapitre 14 sur 150 · Lettres de Caze et de Terray de Rozières à Paulze · texte numérisé non relu

Lettres de Caze et de Terray de Rozières à Paulze

Arents, sc.

€ en far =

Re: À AS Qi \ END-S JP \'ATRELE SNS \ Ÿ TS NS

général des finances ; Terray de Rozières; Montigny, maître des requêtes; Bouret, Douet, Grimod de La Reynière, Danger, Faventines, Puissant, Gigaut de Crisenoy, Delahante, Didelot, fermiers généraux, etc. L'Académie était représentée par d'Alembert, Cassini de Thury, Bernard de Jussieu’. Parmi les dames se trouvaient la duchesse de Mortemart, la marquise d’Asfeld, la comtesse d’Amerval, M*° de Chavigny, M"° de Rozières, ete. ; c'était toute une compagnie choisie d'hommes distingués et de femmes élégantes. Le notaire, trouvant sans doute M°"° Punctis et M"° Lalaure * de trop mince condition, ne les a pas énumérées dans la liste des témoins ; mais M'"° Punctis, qui assurait à son neveu 50 000 livres au jour de son décès, réclama comme donataire l'honneur de signer le contrat avant tous les témoins, quelque haut placés qu'ils fussent, et apposa sa signature immédiatement après les jeunes époux et les pères ; de même pour M°° Lalaure, qui assurait dès à présent à son petit-neveu une part dans sa succession. Paulze n'avait pas à ce moment une grande fortune ; les premières années de sa gestion comme fermier général lui avaient laissé un déficit plutôt qu’un bénéfice ; aussi ne donnait-il à sa fille qu'une dot de 80 000 livres, sur lesquelles 21 000 étaient payées comptant; le reste devait être versé dans l'espace de six années. On ne peut accuser Lavoisier d’avoir fait un mariage d'argent ; il était beaucoup plus riche que M" Paulze. Du côté maternel, il possédait plus de 170 000 livres ; son père lui donnait en le mariant 250 000 livres en avances d’hoiries:; mais il avait

1. Guettard voyageait alors en Italie: il avait envoyé de Rome ses félicitations à son jeune ami.

2, Marie-Marguerite Frère, mariée à Nicolas Lalaure, avocat au parlement et censeur royal en jurisprudence, était grand'tante de Lavoisier. Nicolas Lalaure a publié plusieurs ouvrages de droit.

10 T'ÉREÉLAMVIE PRIMUE

emprunté près de 1 million pour faire les fonds d'avance de la ferme générale ; il y était alors intéressé pour Ja moitié d’une charge et y avait placé 780000 livres. Après le paiement des intérêts des sommes empruntées, sa place d’adjoint à la ferme devait lui rapporter environ 20 000 livres.

Le mariage fut célébré le 16 décembre 1771 dans la chapelle de l'hôtel du contrôle général des finances, rue Neuvedes-Petits-Champs, par le curé de la paroisse de Saint- Roch. Les témoins de Lavoisier étaient deux parents éloignés : M. Hurzon, chevalier, intendant de la marine de Provence, et le fermier général Jacques Delahante, écuyer, secrétaire du roi; du côté de M'"° Paulze, ses deux grandsoncles maternels, le ministre Terray et son frère Terray de Rozières. |

Lavoisier avait alors quitté la demeure de la rue du Four-Saint-Eustache, où s'était écoulée sa jeunesse. Son père, qui avait dû se retirer des affaires pour des raisons de santé et céder sa charge de procureur au Parlement, avait acheté, rue Neuve-des-Bons-Enfants, une maison que les jeunes époux vinrent habiter, et où ils restèrent jusqu à l'époque de la nomination de Lavoisier à la régie des poudres.

Peu de temps après le mariage de son fils, Lavoisier père, qui habitait tantôt au Bourget, tantôt à Paris, chercha à acquérir une charge qui püt conférer à son fils les privilèges de l’anoblissement. Il y avait. alors plus de quatre mille charges qui procuraient la noblesse héréditaire, soit immédiatement, soit après une ou deux générations : « Ce sont aujourd'hui, dit Necker, les charges les moins honorifiques et les moins utiles qui multiplient davantage les anoblissements, parce qu'aussitôt qu’on les a possédées le temps nécessaire pour transmettre à ses enfants les droits qui y

sont attachés, on cherche communément à s’en défaire’. »

Le père de Lavoisier acquit un des offices les plus recherchés de l’époque, celui de conseiller-secrétaire du roë, maison, finances et couronne de France, qui, avec le titre d'écuyer, transmettait la noblesse héréditaire. Trois ans après, il fut frappé d’apoplexie à sa maison de campagne du Bourget, et mourut le 15 septembre 1775, avant d'avoir atteint sa soixantième année : il fut inhumé deux jours après dans le chœur de l’église.

Lavoisier eut un violent chagrin de cette mort prématurée. Sa correspondance de jeunesse nous a montré quelle affection profonde unissait le père et le fils, quelle intimité et quelle confiance présidaient à leurs rapports :

« Vous connoiïssés, écrit-il à une de ses tantes, et vous avés été souvent témoin de la tendre amitié qui nous avoit toujours unis, et de la confiance qu'il avoit eue en moi dès mon enfance. Vous devés juger, en conséquence, combien sette séparation a été cruelle. Comme il n’a fait que du bien et qu'il n'a jamais fait de mal à personne, il jouit sans doute de la récompense des justes, et j'espère que son esprit de droiture, d'équité et d'intégrité me servira de guide après sa mort, comme il m'a servi d'exemple et de modèle pendant sa vie”. » Et à M. de Tressan*, il écrivait deux jours après : «C'est moins la perte d’un père que j'ai à regretter dans ce moment, que celle du meilleur de mes amis. L'union, la tendresse, la confiance réciproque qui régnoient entre mon père et moi depuis ma plus tendre enfance avoient fait jusqu’à ce moment le bonheur de mes jours. »

Page 1