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2h LA VIE PRIVÉE.
rallier des adhérents'. Après la mort de Lavoisier, elle édita les Mémoires de chimie dont il avait projeté la publi-
cation *.
Pour satisfaire à toutes les exigences de ses fonctions diverses, et pouvoir se consacrer aux recherches de laboratoire, Lavoisier avait apporté dans l'emploi de son temps sa méthode habituelle. 11 avait décidé de donner six heures par jour aux sciences, le matin, de 6 heures à 9 heures, et le soir, après le dîner, de 7 à 10 heures. Le reste de la journée était employé aux affaires de la ferme générale, de la régie des poudres, aux séances de l’Académie, aux commissions dont il faisait partie ; un jour de la semaine était entièrement consacré aux expériences : « C'était pour lui un jour de bonheur; quelques amis éclairés, quelques jeunes gens fiers d’être admis à l'honneur de coopérer à ses expériences, se réunissaient dès le matin
1. Elle était en correspondance avec Saussure qu'elle convertissait à la doctrine nouvelle : « Vous triomphés de mes doutes, Madame; du moins sur le phlogistique, principal objet de l’intéressant ouvrage dont vous m'avés fait l'honneur de m'envoyer un exemplaire, J’étois autrefois grand admirateur de Stähl, c'est dans ses ouvrages que j'ai puisé ma première notion sur la Chymie, et les objections que l'on avoit élevées contre sa doctrine n’avoient point encore opéré sur moi une conviction parfaite. Mais les préventions les plus fortes doivent céder à la force des raisonnements de M. Lavoisier et de ses savants amis. Lorsque je compare la clarté et la justesse de leurs arguments avec la confusion et le vague qui règnent dans les objections de M. Kirwan, je ne puis pas m'empêcher de penser que malgré la netteté et la précision avec laquelle vous avés rendu ses idées, l'honneur que vous lui avés fait, Madame, de le traduire aura été funeste à sa réputation. etc., etc. » (Lettre de Saussure à Mme Lavoisier, datée de Genève, le 7 novembre 1788.)
dans le laboratoire ; c'était là que l’on déjeunait, que l’on dissertait, que l’on créait cette théorie qui a immortalisé son auteur ; c'était là qu'il fallait voir, entendre cet homme d’un esprit si juste, d’un talent si pur, d’un génie si élevé; c'était dans sa conversation que l’on pouvait juger de la hauteur de ses principes de morale". »
A mesure que sa réputation grandissait et qu'il révolutionnait la chimie en substituant de nouvelles conceptions aux théories alors dominantes, son laboratoire devenait le rendez-vous de tous les hommes éminents dans les sciences. Les étrangers qui visitaient Paris tenaient à honneur d'y être reçus; Arthur Young se présentait avec une lettre de recommandation de Priestley ; celui-ci y était venu au mois d'octobre 1774. On y vit Blagden, secrétaire perpétuel de la Société royale de Londres; Ingenhouz, de Vienne, qui découvrit le rôle de la lumière dans l’action exercée par les végétaux sur l’acide carbonique ; Fontana, conservateur du cabinet de physique du grand-duc de Toscane, connu par ses recherches sur le venin de la vipère et sur la nature de l’air déphlogistiqué et de l’air nitreux ; le chevalier Landriami, réfractaire aux théories nouvelles et devant qui Lavoisier répéta ses expériences Le 20 mars 1788, en présence de Welter *, d'Hassenfratz et de M"° Lavoisier qui a tracé Le récit de cette séance dans le registre de laboratoire de son mari’; l’illustre Franklin, le chimiste allemand Jacquin, défenseur des doctrines de Black contre les attaques de Crantz et de Meyer; l'Anglais Tennant, Jeune et encore inconnu, qui appliqua les découvertes de
2. Welter, né en 1763, mort en 1852, nommé correspondant de l’Institut en 1799, est surtout connu par l'invention des tubes de sûreté, dit tubes de Welter.
3. Sous le titre de : Expériences pour tenter la conversion du chevalier Landriani. |
Berthollet sur le rôle décolorant du chlore et créa à Glascow la première fabrique de chlorure de chaux; enfin le célèbre Watt, l'inventeur de la machine à double effet. Guyton de Morveau, avocat général à Dijon, vint à Paris pour la première fois en 1775. Traducteur des œuvres de Bergmann, rédacteur du Dictionnatre de chimie de l'Encyclopédie méthodique, 1 défendit avec ardeur la doctrine du phlogistique jusqu'en 1786, époque à laquelle il revint à Paris pour présenter ses derniers doutes à Lavoisier et se convertir enfin à la chimie pneumatique. Les chimistes et les mathématiciens de l’Académie se donnaient rendezvous aux réunions de l’Arsenal; c'étaient Macquer, un des doyens de l’Académie, qui occupait une situation prépondérante dans le monde scienulfique‘; Darcet, connu par ses recherches sur la porcelaine ; Bucquet, qui collabora avec Lavoisier et fut le maître de Fourcroy”; Cadet de Gassicourt, qui donna son nom au composé arsenical, le cacodyle, longtemps appelé Ziqueur de Cadet; Berthollet, auquel était réservé une glorieuse carrière; les géomètres Vandermonde et Cousin, les mathématiciens Lagrange, Laplace, Monge, le lieutenant du génie Meusmier, qui devint membre de l’Académie, collabora comme Laplace et Monge avec Lavoisier, et fut tué en 1793 au siège de Mayence où il commandait le génie’.
On y voyait aussi les grands seigneurs qui partageaient le goût de l’époque pour les sciences : le duc de La Roche-
1. Ses Éléments de chimie et son Dictionnaire lui avaient acquis une grande réputation. J.-J. Gmelin lui écrivait de Tubingue, le 1er décembre 1753, qu'il faisait son cours d’après les Éléments de chimie théorique et pratique. Macquer mourut en 1786.
2. Bucquet, élève de Rouelle, mourut en 1780, à l’âge de trente-quatre ans ; il était membre de l’Académie.
3. Les ennemis l'honoraient à ce point qu’il y eut une suspension d'armes
pendant les fünérailles de Meusnier. (Vie de Merlin de Thionville, par Jean REYNAUD.)
foucauld, qui avait étudié la formation du salpêtre dans les terrains de son domaine de la Roche-Guyon'; le duc de Chaulnes”, connu par ses recherches sur l'air fixe des cuves de brasseurs ; le duc d’Ayen, président de l’Académie.
Les géomètres et les physiciens de l’Académie, qui assistaient aux expériences de Lavoisier, se rallièrent avant les chimistes à ses théories et furent les premiers adeptes de la doctrine nouvelle.
Le laboratoire de l’Arsenal était toujours un objet d’intérêt pour les savants qui le fréquentaient et y assistaient à des expériences inédites. Ils pouvaient y voir des appareils nouveaux, construits à grands frais par les ouvriers les plus habiles de Paris, des instruments d'une précision inconnue jusqu'à cette époque dans les laboratoires de chimie*. Lavoisier encourageait de sa bourse et de ses conseils les constructeurs d'instruments ; il fournissait à Meigné, son fabricant de baromètres, l'argent nécessaire pour construire un baromètre inventé par celui-ci, et dont le travailexigeait des dépenses au-dessus des facultés d'un artiste; il s’adressait à Fortin pour ses thermomètres, ses balances d’une extrème précision, et pour la construction des appareils qu'il imaginait et qu’on ne pouvait réaliser d’une manière satisfaisante qu'après de nombreux tâtonnements ; il consacrait des sommes considérables à ses recherches, et un contemporain prétend que les seules expériences sur
1. Le duc de Larochefoucauld-d'Enville, né le 1er juillet 1743, député aux États Généraux par la noblesse de Paris, fut des premiers de son ordre à se rallier au Tiers État; il fut assassiné à Gisors, le 14 septembre 1792.
2. Louis d'Albert d’Ailly, d’abord duc de Pecquigny, né en 1741, mort en 1773, prit.le titre de duc de Chaulnes à la mort de son père, qui s'était fait connaitre par des recherches de physique et était membre honoraire de l'Académie des sciences.
3. Fourcroy, article Chimie du Dictionnaire de chimie de l'Encyclopédie méthodique.