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Jacques Delahante fut taxé à 150 000 livres

généraux avaient encore à supporter le fardeau des croupes et des pensions.

Les croupes étaient des parts d'association attribuées à des personnes étrangères à l'administration de la ferme, que la volonté du roi imposait. Parmi les croupiers, les uns versaient effectivement uné part du fonds d'avance, et, sans être astreints à aucune obligation, aucun travail, étaient appelés à partager les bénéfices du bail proportionnellement à leur mise de fonds; d’autres croupiers, par un sinoulier abus, étaient déclarés débiteurs envers la ferme d’une somme qu'ils ne versaient jamais, et participaient néanmoins aux bénéfices, de telle sorte que le titulaire de la charge était obligé de faire toutes les avances, d'en payer l'intérêt et d'abandonner une portion de ce que lui rapportaient son travail et ses capitaux.

En dehors des croupes, il y avait les pensions que le roi assignait sur les places des fermiers généraux au moment de leur nomination, et dont le montant était quelquefois considérable. L'état des croupes et des pensions resta secret jusqu'en 1774; à cette époque, l'erray, préparant le renouvellement du bail qui expirait dans le cours de l’année, et voulant connaître exactement la situation des fermiers généraux, leur adressa une lettre circulaire confidentielle pour leur demander l’état des croupes et pensions dont leur charge était grevée. L’indiscrétion d’un commis rendit la liste publique; ce fut dans Paris une indignation générale”. On y voyait avec étonnement que le montant des pensions s'élevait annuellement à 400 000 livres, que

1. « La liste des croupes et pensions causa un quanquan prodigieux dans la société de Paris; on y lut, indistinctement confondus, les noms les plus augustes et les plus inconnus; on y vit que, depuis le monarque jusqu’au plus vil de ses sujets, à l’abri des publicains en titre, c'étoit à qui partageroit les dépouilles de la France. » (Mémoires de l'abbé Terray, 11176, p. 281.)

les croupes prenaient les bénéfices de quatorze places de fermiers généraux; le roi avait le bénéfice d'une part tout entière; le dauphin, les sœurs et les tantes du roi disposaient de 50000 livres; la nourrice du duc de Bourgogne touchait 10000 livres ; le médecin de M*° Dubarry, 10000 livres, une chanteuse du concert de la reine, 2 000 livres; l'abbé Voisenon, 3000 livres, ete. Sur soixante places, cinquante-cinq étaient grevées de croupes ou de pensions, et sur les cinq fermiers généraux qui en étaient indemnes, deux avaient, disait-on, acheté cette exemption à prix d'argent. Ce n'étaient pas les seules dépenses extraordinaires que la ferme avait à payer; 1l lui fallait encore donner des étrennes et des gratifications aux ministres, aux intendants, aux cours souveraines ‘; et les frais de contrôle et d'enregistrement du bail s’élevaient à 1600000 livres.

Le bénéfice net que les fermiers généraux retiraient de leurs gestion n’a pas été connu exactement des contemporains. Les Mémoires de l'abbé Terray V'évaluent en 1775 à 100000 livres par an. Ce chiffre ne peut s'appliquer qu'à une période déterminée, car les baux présentaient des différences assez notables dans leur rendement; de plus, ce n’est qu'après leur expiration qu'on pouvait avoir une vue exacte de la situation. Ainsi Paulze, entré dans la ferme générale en 1768, chargé d’une croupe d’un quart et de 22000 livres de pension, avait été obligé d’emprunter 980000 livres; après quatre années d'exercice, il se trouvait en déficit de 51 000 livres sur les fonds lui ap-

1. Sur le chapitre des traites, les étrennes et gratifications aux intendants s'élevaient à 12 000 livres ; sur le chapitre des entrées dans Paris, les intendants et les cours souveraines recevaient 65 000 livres. De plus, les ministres et les cours recevaient, comme étrennes en argent, bougie, vin et tabac, 134 930 livres ; ce qui faisait plus de 210 000 livres d’étrennes et gratifications par an. (Mémoire de Lavoisier.)

partenant, et sa fortune personnelle était diminuée d'un quart”.

Le mémoire de Lavoisier nous révèle les chiffres réels des bénéfices nets pendant plusieurs baux : celui d'Henriet (1756-1762) donne à chaque fermier général un bénéfice annuelde #0 000 livres; celui de Prévost (1762-1768) 55 000 livres, et celui d’Alaterre (1768-1774) un chiffre un peu moins élevé. On voit qu'ils sont loin des chiffres accusés par la rumeur publique : ceux-ci sont vrais du bail de Laurent David, où, d’après les notes de Jacques Delahante, le bénéfice s’éleva en moyenne à 100006 livres. La sixième année donna seule 139000 livres”. Les mémoires sur Turgot, dus à Dupont de Nemours, admettent un chiffre trop élevé (125 000 livres)*.

La ferme générale était obligée d’avoir à son service un nombre considérable d'employés pour les perceptions de toutes sortes qui lui incombaient. L'administration centrale de Paris occupait 591 personnes; la partie des aides, 2 489: les octrois de Paris, 1137, et enfin Les traites, les gabelles et le tabac avaient un personnel de 23993 employés. Le nombre considérable de ceux-ci, dont les appointements s'élevaient à plus de 7 millions, s'explique par le tort que la contrebande faisait à la ferme générale, contrebande d'autant plus difficile à réprimer qu’il y avait toute une ligne de frontières intérieures à surveiller. Les droits, en effet, variaient suivant les provinces, soumises à des tarifs

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