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Éloge de Malesherbes, par Dupin, in

sement et avaient la véritable direction des affaires, comme Jacques Delahante, Paulze, de Crisenoy, Borda, d’Arlincourt, Lavoisier, etc., on comptait des financiers enrichis dans toutes sortes de spéculations, et dont on attribuait à tort la fortune scandaleuse à des bénéfices indûment prélevés sur l'impôt'. C'étaient ces protégés de la cour qui oecupaient la société parisienne du bruit de leurs fêtes, du luxe de leurs hôtels et de leurs petites maisons, et de leurs larsesses envers les beautés du théâtre. Tels étaient les trois frères Bouret, entrés dans les fermes par la protection de M"° de Pompadour”, et dont le plus célèbre, Michel Bouret, enrichi par des spéculations sur les blés, finit par mourir dans la gène après avoir dépensé en ruineuses folies plus de 42 millions de livres; Roussel, qui gaspilla 42 millions, fit banqueroute, et fut renvoyé de la ferme en 1768; Grimod Durfort, fermier général en 1721, qui dépensa 200 000 livres à embellir l'hôtel de Chamillart dont il s’était rendu acquéreur ; Grimod de La Revynière, célèbre par ses hôtels de la rue Grange-Batelière et des Champs-Elysées; La Poplinière, mort en 1762, dont Marmontel disait : « Jamais bourgeois n’a mieux vécu en prince. » À côté des fermiers généraux, d’autres financiers, que le public confondait avec eux, rivalisaient de prodigalités : Saint-James consacralt 100000 écus à la décoration d'un seul salon de son hôtel; Beaujon dépensait 200000 livres par an pour que de jolies femmes, les berceuses de M. de Beaujon, vinssent le soir, autour de son lit, lui conter des histoires ou lui chanter des chansons jusqu'à ce qu’il fût gagné par le sommeil.

1. L'état des bénéfices réalisés dans les fermes, que nous.connaissons d'après le mémoire de Lavoisier, prouve que les fortunes immenses de certains financiers n'avaient pas été obtenues dans cette administration.

2. Bouret d'Erigny avait épousé une parente de Mme de Pompadour.

el

Certes, ces hommes protégeaient largement les artistes

et les gens de lettres; ils avaient le goût des choses de

- l’art, des beaux livres, des statues, des tableaux; ils ont

trouvé des apologistes qui ont tracé d'eux un portrait élo-

sieux et brillant, mais qui ont oublié de mettre en parallèle

de ces luxueuses existences le dénûment profond du peuple écrasé par les agents du fise.

Il n'est pas étonnant qu’en présence des souffrances de la nation les fermiers généraux aient été enveloppés dans le sentiment de haine qui atteignait les financiers, les traitants, c'est-à-dire tous ceux qui avaient des traités de finance avec l'État, fournisseurs des armées, banquiers de la cour ou percepteurs des deniers publics. Dans toutes les classes de la société c'était un cri unanime de réprobation contre les fermiers généraux, depuis la boutadede Voltaire : « {1 y a dans Persépolis quarante rois plébéiens qui tiennent à bail l'empire de Perse et qui en rendent quelque chose au monarque ‘, » jusqu'aux paroles enflammées de l’auteur du Tableau de Paris : « Je ne puis passer devant l'hôtel des Fermes sans pousser un profond soupir... Je voudrais pouvoir renverser cette immense et infernale machine qui saisit à la gorge chaque citoyen... La ferme est l’épouvantail qui comprime tous les desseins hardis et généreux. Puissent les assemblées provinciales miner ce corps financier, auteur de tant de maux et de tant de désordres?! »

Avec le règne de Louis XVI et l'administration de Turgot, la compagnie des fermiers généraux s’épura et mérita les éloges des contemporains : « Les fermiers généraux, distingués par leur éducation, ne sont plus les financiers d'autrefois, » disait Necker, dans son Compte rendu

1. Vision d2 Babouc. — Cet opuscule est de 1746, époque à laquelle il y avait 40 fermiers généraux.

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