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2. Manuscrits de Lavoisier. — Mémoires sur la vie de Turgot, par Du- PONT DE NEMOURS, in-89, 1782.

srande quantité, il devait se la procurer à ses risques et périls. En temps de paix, il se faisait livrer moins d’un million de livres, et n'avait pas le droit de réclamer l’arriéré dans les années suivantes. La ferme des poudres, n'ayant qu'un bail de six années devant elle, n'avait aucun intérêt à augmenter la récolte nationale du salpêtre dont elle se fournissait surtout à l'étranger. Pendant la guerre de Sept ans, le gouvernement se vit dans la nécessité de payer le salpêtre aux Hollandais jusqu’à vingt-cinq sols, et Le prix de la livre de poudre s’éleva à trois livres; nos finances ne pouvant suffire à l'achat des munitions de guerre, la difficulté de s’en procurer fut une des causes de la paix de 17638. En outre de ces dépenses du Trésor, les privilèges des salpètriers coùtaient des sommes considérables à la nation. Les paroisses devaient leur fournir le logement et les transports gratuits, et leur procurer à vil prix le bois nécessaire à leur industrie. Leur droit de fouille dans toutes les parues de l'habitation les rendaient tellement importuns que les particuliers aimaient mieux se libérer de la fouille en leur payant une redevance, de telle sorte qu’un impôt était levé au profit des salpêtriers en même temps que la récolte du salpêtre diminuait'. Lavoisier estime que les droits des salpêtriers coûtaient aux campagnes plus de 600000 livres : les villages de la Franche-Comté seuls payaient près de 70000 livres. Par les conditions du traité avec la compagnie fermière, par les dépenses de la récolte du salpêtre, il s’ensuivait que la nation, qui aurait dû dépenser une somme annuelle de 300000 livres pour une tourniture d'un million de livres de poudre, payait en réalité six fois plus quand elle prenait la livraison complète, et que,

1. L'administration des gabelles avait aussi à se plaindre des salpétriers qui, sous le couvert de leur industrie, fabriquaient du sel marin et le vendaient en fraude, aux dépens du Trésor.

dans le cas où elle n'aurait pas reçu de poudre, les frais étaient encore d’un million et demi; enfin la récolte nationale du salpêtre allait constamment en diminuant et était réduite en 1714 à 1600000 livres. Aussi les fermiers des poudres et salpêtres, qui avaient le monopole de la vente du salpêtre, des poudres de chasse, de mine et de traite réalisaient d'immenses bénéfices qui atteignaient 30 p. 100 du capital engagé.

Lavoisier rendit compte à Turgot de l’état de la ferme des poudres et lui soumit un plan de régie économique qui devait confier la fabrication de la poudre à des administrateurs agissant pour le compte de l’État. Turgot résolut alors de résilier le bail qui avait encore quatre ans à courir, et établit la régie des poudres par un arrêt du conseil du 30 mars 1775. Quatre régisseurs furent nommés le 30 juin : Babaut.de Glatigny, qui avait appartenu à l’ancienne administration ; Le Faucheux, directeur général de la fabrication sous la compagnie fermière; Clouet, commissaire des poudres à Verdun, et Lavoisier, aussi connu par ses lumières en chymie, essentiellement nécessaires pour ce genre d’administration, que pour l’activité, la capacité, l'honnêteté qu'il porte dans la partie de la régie des fermes dont il est chargé comme fermier général". |

Le Trésor n'ayant pas les ressources nécessaires pour indemniser l’ancienne compagnie de la résiliation de son bail et de la valeur des bâtiments, appareils et matières premières, 1l fut décidé qu'elle serait payée en quatre ans au moyen d’un fonds d'avance de 4 millions que fourniraient les régisseurs. Ceux-ci devaient recevoir un intérêt de 4 p.100 au-dessus de l’intérèt légal, et être remboursés le plus rapidement possible, au fur et à mesure des béné-

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